Né le 1er janvier 1971 à Strasbourg, Olivier Babinet se fait d'abord connaître comme scénariste et réalisateur de la série Le Bidule, diffusée sur Canal+ à partir de 1999, dont il est l'un des créateurs aux côtés d'Isabelle Ribotta, Didier Richarth et Olivier Laneurie. En 2008, il signe son premier court métrage de fiction en 35 mm, C'est plutôt genre Johnny Walker, qui multiplie les récompenses en festivals, du prix spécial du jury à Clermont-Ferrand au grand prix de Nice. Il passe au long métrage en 2010 avec Robert Mitchum est mort, coréalisé avec le photographe Fred Kihn et porté par Olivier Gourmet, présenté à Cannes dans la sélection Acid puis distribué dans une quinzaine de pays. Dans le même temps, il mène pendant plusieurs années un travail de terrain avec des collégiens d'Aulnay-sous-Bois, dans un quartier où la moitié des familles vivent sous le seuil de pauvreté, les accompagnant dans la réalisation de courts métrages fantastiques et de science-fiction. Cette immersion débouche en 2016 sur le documentaire Swagger, présenté à Cannes en sélection Acid, qui rencontre un accueil critique très favorable et décroche une nomination au César du meilleur film documentaire. Il explore ensuite des registres plus fantaisistes avec Poissonsexe (2019), coécrit avec David Elkaïm et interprété par Gustave Kervern et India Hair, avant de revenir à l'adolescence avec Normale en 2022, adaptation de la pièce Monster in the Hall du dramaturge David Greig, réunissant Benoît Poelvoorde, Justine Lacroix et Steve Tientcheu.
Le parcours d'Olivier Babinet est marqué très tôt par le travail collectif et l'écriture de plateau, hérité de ses années à écrire et réaliser Le Bidule pour Canal+ aux côtés d'une bande de complices. Membre du collectif d'artistes We are Familia, il puise une partie de son inspiration dans la scène musicale et le clip, ayant réalisé des vidéos pour des groupes comme Cheveu, Zombie Zombie, Tomorrow's World ou Mathieu Boogaerts, ce qui nourrit son goût pour l'expérimentation formelle. Sa rencontre prolongée avec les adolescents d'Aulnay-sous-Bois constitue une inspiration déterminante : c'est en les écoutant raconter leurs rêves et leurs fantasmes qu'il conçoit l'idée de mêler documentaire, science-fiction et comédie musicale dans Swagger. Son travail de contributeur pour le magazine new-yorkais Chalet, où il publie sous forme d'épisodes un journal semi-imaginaire intitulé Desire and Desillusion, témoigne aussi d'un goût pour l'autofiction et le récit fragmenté qui infuse une partie de son cinéma.
Olivier Babinet cultive un cinéma qui refuse de choisir entre les genres, mêlant volontiers documentaire, fiction, science-fiction et comédie musicale au sein d'un même film, comme le manifeste avec éclat Swagger. Il privilégie une approche presque ethnographique de ses sujets, en particulier lorsqu'il filme des adolescents, cherchant à capter une parole brute et spontanée plutôt qu'un discours préparé à l'avance. Cette attention portée à l'imaginaire des jeunes se traduit visuellement par des incursions oniriques et fantastiques qui viennent rompre la trame réaliste de ses récits. Sa collaboration avec le directeur de la photographie finlandais Timo Salminen sur Swagger contribue à donner au film une texture visuelle soignée, à la fois documentaire et esthétisée. Dans ses films de fiction comme Poissonsexe ou Normale, il conserve ce goût pour l'excentricité et l'humour noir, tout en abordant des sujets de société avec une sincérité désarmante.
Si Olivier Babinet n'a pas encore remporté de César, plusieurs de ses films et collaborateurs y ont été distingués : Swagger est nommé au César du meilleur film documentaire en 2017, tandis que India Hair, actrice principale de Poissonsexe, est nommée dans la catégorie Révélation aux César 2021. Son court métrage C'est plutôt genre Johnny Walker cumule de nombreux prix de festivals en 2008 et 2009, dont le prix spécial du jury de Clermont-Ferrand et le grand prix de Nice. Robert Mitchum est mort remporte le grand prix du festival Premiers Plans d'Angers et une nomination au meilleur premier film du Raindance London Festival. Swagger est par ailleurs récompensé à l'international, avec notamment une mention spéciale au Festival dei Popoli de Florence et le prix du meilleur documentaire au International Labor Film Festival de Buenos Aires. Normale, son film le plus récent, remporte en 2022 le prix du meilleur film au Festival de Giffoni en Italie, décerné par un jury de six cents adolescents venus du monde entier.
Le photographe Fred Kihn accompagne Olivier Babinet dès ses débuts au long métrage en coréalisant avec lui Robert Mitchum est mort. Le scénariste David Elkaïm cosigne l'écriture de Poissonsexe, collaboration saluée par une nomination partagée au festival Sexfish pour le meilleur scénario. Le directeur de la photographie Timo Salminen signe l'image de Swagger, apportant son expérience de collaborateur historique du cinéaste finlandais Aki Kaurismäki à ce documentaire français. Sur le plan de l'interprétation, Gustave Kervern et India Hair portent Poissonsexe, tandis que Benoît Poelvoorde retrouve le cinéaste pour Normale aux côtés de Justine Lacroix et Steve Tientcheu.
L'adolescence et le passage à l'âge adulte traversent une grande partie de son œuvre, de Swagger à Normale, avec une attention particulière portée à la manière dont les jeunes se racontent et s'inventent des histoires pour échapper à leur quotidien. Les quartiers populaires et les questions de classe sociale occupent une place centrale, notamment dans Swagger, tourné auprès de collégiens d'un territoire durement touché par la pauvreté. Le corps, la sexualité et la différence sont explorés avec une liberté ludique dans Poissonsexe, tandis que la marginalité et le harcèlement scolaire structurent le récit de Normale. Enfin, le brouillage des frontières entre réel et imaginaire, entre documentaire et fiction fantastique, constitue une signature qui traverse presque tous ses films, du Bidule jusqu'à ses derniers longs métrages.