Né en 1972 à Chiraz en Iran, Mohammad Rasoulof étudie le montage et la sociologie avant de réaliser son premier long métrage, Le Jour où je suis devenue femme, coécrit en 2000, puis Les Enfants du soleil et Iron Island, qui installent sa réputation de cinéaste engagé dans le cinéma indépendant iranien. Il connaît ses premiers déboires avec les autorités iraniennes dès 2010, date à laquelle il est arrêté aux côtés de Jafar Panahi et condamné pour propagande contre le régime, avant de voir sa peine allégée en appel. Il poursuit malgré tout son travail avec Au revoir en 2011, Les Manuscrits ne brûlent pas en 2013 puis Un homme intègre en 2017, qui lui vaut le prix Un certain regard au Festival de Cannes. En 2020, il remporte l'Ours d'or à la Berlinale pour Le Diable n'existe pas, tandis qu'il purge une peine de prison en Iran pour son travail cinématographique, ne pouvant se rendre en personne récupérer sa récompense. En 2024, après une nouvelle condamnation à huit ans de prison et une flagellation, il fuit clandestinement l'Iran à pied à travers les montagnes pour rejoindre l'Allemagne, où il achève et présente Les Graines du figuier sauvage, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes et récompensé du prix spécial du jury. Il continue depuis l'exil de développer des projets portant sur la société iranienne contemporaine et la répression qu'elle subit.
Le cinéma social iranien porté par des figures comme Abbas Kiarostami et Jafar Panahi, dont il partage à la fois l'esthétique et le destin judiciaire, constitue une influence structurante pour l'ensemble de son œuvre. Sa propre expérience de la répression, entre arrestations, interdictions de tourner et condamnations répétées, nourrit directement le contenu politique de plus en plus frontal de ses films les plus récents. Son intérêt pour les mécanismes de la peine de mort et de la violence d'État en Iran, central dans Le Diable n'existe pas, témoigne d'un engagement cinématographique assumé au péril de sa liberté personnelle.
Rasoulof privilégie un cinéma de la clandestinité, tournant souvent sans autorisation officielle avec des équipes réduites et des moyens limités, ce qui confère à ses films une urgence et une authenticité particulières. Il sait construire des récits chorals ou à sketches, comme dans Le Diable n'existe pas, qui interrogent la complicité individuelle avec un système répressif à travers plusieurs points de vue. Sa mise en scène, sobre et réaliste, privilégie la force du témoignage et de la dénonciation sur l'esthétisation, sans pour autant renoncer à une réelle maîtrise formelle.
Mohammad Rasoulof remporte l'Ours d'or du meilleur film à la Berlinale en 2020 pour Le Diable n'existe pas, l'une des plus hautes distinctions internationales du cinéma d'auteur. Il reçoit également le prix Un certain regard à Cannes en 2017 pour Un homme intègre, ainsi que le prix spécial du jury à Cannes en 2024 pour Les Graines du figuier sauvage, film pour lequel il obtient aussi une nomination à l'Oscar du meilleur film international.
Jafar Panahi, avec qui il partage à la fois un parcours artistique et une expérience de la répression judiciaire iranienne, constitue une figure fraternelle et solidaire de sa carrière plutôt qu'un collaborateur direct sur ses films. Il travaille à plusieurs reprises avec des équipes techniques iraniennes clandestines, contraintes à l'anonymat pour éviter les représailles des autorités. Depuis son exil, il développe également de nouvelles collaborations avec des producteurs et techniciens européens, notamment allemands et français.
La peine de mort et la complicité individuelle avec les mécanismes de répression d'État constituent le cœur thématique du Diable n'existe pas, l'un de ses films les plus marquants. La surveillance, la censure et l'oppression exercées par le régime iranien sur les artistes et les citoyens ordinaires traversent l'ensemble de sa filmographie récente. La transmission générationnelle de la peur et de la résistance, explorée notamment dans Les Graines du figuier sauvage à travers une cellule familiale, constitue enfin un motif central de son œuvre la plus personnelle.