Né le 3 août 1967 à Paris, Mathieu Kassovitz grandit dans une famille de cinéma : son père Peter Kassovitz est réalisateur d'origine hongroise, sa mère Chantal Rémy monteuse. Il apparaît enfant dans un film de son père avant de tourner en 1990 son premier court métrage, puis de réaliser en 1993 son premier long, Métisse. Deux ans plus tard, il écrit et réalise La Haine, chronique de vingt-quatre heures dans la vie de trois jeunes de banlieue, qui lui vaut le prix de la mise en scène à Cannes en 1995 et trois César, dont celui du meilleur film. Il poursuit avec Assassin(s) en 1997, avant de connaître un grand succès commercial avec Les Rivières pourpres en 2000, qui attire l'attention des studios américains. Il tourne alors aux États-Unis Gothika avec Halle Berry, puis se consacre à un projet personnel de science-fiction, Babylon A.D., dont le tournage difficile laisse des traces. Son dernier long métrage en tant que réalisateur, L'Ordre et la Morale, sort en 2011 ; il poursuit depuis une riche carrière d'acteur, notamment dans la série Le Bureau des légendes.
Kassovitz cite volontiers le cinéma de Spike Lee, en particulier Do the Right Thing, comme une influence déterminante sur ses deux premiers longs métrages et sur sa manière de filmer les tensions sociales urbaines. Son environnement familial, baigné dans le cinéma dès l'enfance grâce à son père réalisateur, le pousse naturellement vers la mise en scène. Son engagement personnel sur des sujets de société, notamment les violences policières et le rôle des médias, infuse directement des films comme La Haine et Assassin(s).
Le cinéaste privilégie une mise en scène dynamique et nerveuse, portée par une écriture précise des dialogues et un sens aigu du rythme, hérité en partie du cinéma américain. Il n'hésite pas à aborder des sujets controversés, qu'il s'agisse des violences urbaines, de la fascination médiatique pour le crime ou des questions coloniales, quitte à susciter la polémique. Sa filmographie oscille entre le cinéma d'auteur français et des productions plus internationales et spectaculaires, sans jamais renoncer à une forme d'engagement social.
La Haine reçoit le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1995 ainsi que trois César, dont celui du meilleur film, du meilleur montage et du meilleur producteur en 1996. Mathieu Kassovitz obtient par ailleurs le César du meilleur espoir masculin en 1996 pour son rôle dans Regarde les hommes tomber, et le César du meilleur acteur en 2003 pour Amen. de Costa-Gavras. L'Ordre et la Morale reçoit quant à lui une nomination aux César en 2011.
Vincent Cassel est l'acteur le plus associé à sa filmographie, des Rivières pourpres à La Haine, où il incarne l'un des trois personnages principaux. Jean Reno l'accompagne également sur Les Rivières pourpres, tandis que Christophe Rossignon produit plusieurs de ses films. Il retrouve à plusieurs reprises le réalisateur Jacques Audiard en tant qu'acteur, notamment dans Regarde les hommes tomber et Un héros très discret.
Les tensions sociales et raciales dans les quartiers populaires, ainsi que les violences policières, structurent une large partie de sa filmographie depuis La Haine. La fascination médiatique pour la violence et le crime, explorée dans Assassin(s), revient comme un motif critique récurrent de son œuvre. Les questions de mémoire coloniale et de vérité face aux institutions, abordées dans L'Ordre et la Morale, prolongent cet engagement dans ses films les plus tardifs.