Lucie Borleteau est une réalisatrice et scénariste française née le 14 mai 1981 à Lyon, figure discrète mais estimée du cinéma indépendant français des années 2010 et 2020. Formée à l'école de cinéma La Fémis, elle commence sa carrière en réalisant plusieurs courts métrages remarqués dans les festivals, dont "La Traversée" (2009) qui remporte le prix du jury à Clermont-Ferrand. Son premier long métrage, "Chevalier" (2014), drame intimiste sur une femme qui embarque comme matelot sur un navire de commerce, impose immédiatement sa singularité et lui vaut une première reconnaissance critique, étant sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Elle poursuit avec "L'Apparition" (2018), film mystérieux porté par Vincent Lindon et Galatea Bellugi, qui confirme son talent pour dépeindre les zones grises de l'humain. Son troisième film, "Féminin féminin" (2021), chronique d'un groupe de femmes en maison de repos, marque un tournant vers des sujets plus sociaux. En 2024, elle présente "Les Liens du sang" au Festival de Locarno, un drame familial qui confirme sa maîtrise du récit complexe et de la direction d'acteurs. Parallèlement, elle enseigne la réalisation à l'école de cinéma de Lyon.
Lucie Borleteau cite parmi ses influences majeures les cinéastes français comme Claire Denis et Catherine Corsini, dont l'attention aux émotions et aux corps a profondément marqué sa propre vision du cinéma. Elle reconnaît aussi l'influence du cinéma belge, notamment les œuvres des frères Dardenne, pour leur capacité à conjuguer réalisme social et profondeur humaine. Le cinéma d'Andrea Arnold, en particulier "Fish Tank" et "American Honey", a nourri son approche du regard féminin et de la direction d'acteurs. Elle s'inspire également de la littérature française contemporaine, en particulier les romans de Christine Angot et Camille Laurens, pour leur exploration des relations amoureuses et des non-dits familiaux. Le cinéma de Kelly Reichardt, en particulier "Certain Women" et "First Cow", occupe une place importante dans ses références, pour sa rigueur formelle et sa justesse émotionnelle. Son travail se veut héritier de cette tradition du cinéma féminin contemporain, qui refuse les conventions au profit d'une exploration audacieuse de l'intime.
Le cinéma de Lucie Borleteau se caractérise par une approche intime et sensorielle, privilégiant l'observation des corps et des espaces sur l'explication psychologique. Elle travaille souvent avec des cadres serrés et une lumière naturelle qui valorise les décors réels et les paysages. Sa direction d'acteurs, particulièrement avec les interprètes féminines, repose sur la confiance et la complicité, créant un espace de liberté où chacun peut apporter sa sensibilité au projet. Le ton de ses films oscille entre drame intimiste et mystère, avec une retenue qui n'exclut jamais la profondeur émotionnelle. Elle accorde une importance particulière au son, les bruits du quotidien devenant des éléments narratifs à part entière qui enrichissent l'immersion sensorielle. Sa mise en scène, d'une grande rigueur formelle, refuse les effets gratuits et privilégie la justesse du cadre et du jeu d'acteur.
Lucie Borleteau a reçu plusieurs distinctions dans le circuit du cinéma indépendant français, témoignant de la reconnaissance critique de son œuvre. "Chevalier" a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2014 et a remporté le prix Louis-Delluc du premier film. "L'Apparition" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Venise en 2018 et a reçu un accueil critique enthousiaste. En 2022, elle a été nommée au César du meilleur réalisateur pour "Féminin féminin". "Les Liens du sang" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Locarno en 2024 et a reçu le prix spécial du jury. Elle a par ailleurs reçu le prix de la relève cinématographique lors du Festival du film français de Cabourg en 2015. Bien que moins médiatisée que certains de ses contemporains, elle jouit d'une reconnaissance solide parmi les professionnels et les critiques spécialisés.
Le directeur de la photographie Sébastien Buchmann travaille avec Lucie Borleteau depuis ses débuts, apportant une contribution essentielle à l'identité visuelle de ses films par son travail sur la lumière naturelle. L'actrice Galatea Bellugi, révélée par "L'Apparition", est devenue sa collaboratrice privilégiée, apportant sa sensibilité unique à ses personnages féminins complexes. La monteuse Tina Baz, collaboratrice de longue date, contribue à façonner le rythme particulier de ses films, fait de retenue et de précision. Le compositeur Grégoire Hetzel signe régulièrement les musiques de ses réalisations, créant des partitions minimalistes qui s'intègrent parfaitement à l'esthétique sonore de ses films. La productrice Miléna Poylo défend ses projets avec conviction depuis "Chevalier", permettant la réalisation de films exigeants dans un contexte industriel souvent difficile.
Les femmes et leurs parcours, dans toute leur complexité et leurs contradictions, constituent le cœur de l'œuvre de Lucie Borleteau, qui explore avec sensibilité les destins féminins contemporains. Les relations amoureuses et familiales, dans toute leur complexité et leurs non-dits, traversent ses films, montrant comment les secrets et les silences structurent les liens entre générations. La question de l'identité et de l'appartenance, particulièrement dans la France contemporaine, nourrit ses personnages, souvent tiraillés entre désir et contraintes sociales. Les espaces clos, qu'ils soient navires ou institutions, occupent une place essentielle dans ses récits, devenant des personnages à part entière qui reflètent l'état intérieur des personnages. Le mystère et l'inexpliqué, sous leurs formes les plus subtiles, sont abordés avec acuité, montrant comment ils structurent les relations et les destins. Enfin, la résilience et la capacité de reconstruction face aux épreuves de la vie constituent le fil rouge de ses personnages, toujours animés par une forme d'espoir discret mais tenace.