Né le 3 juillet 1930 à Mito au Japon, Kinji Fukasaku grandit durant la Seconde Guerre mondiale, une expérience marquante qui influencera durablement son regard sur la violence et l'autorité. Il débute au studio Toei dans les années 1960 en réalisant des films de yakuza, avant de connaître une reconnaissance critique majeure avec la série Combat sans code d'honneur entamée en 1973, chronique désenchantée du crime organisé japonais de l'après-guerre. Il participe également à la réalisation des séquences japonaises de Tora! Tora! Tora! en 1970, superproduction américano-japonaise sur l'attaque de Pearl Harbor. Il poursuit sa carrière avec des films de genre variés, entre science-fiction et drame historique, avant de connaître une consécration internationale tardive avec Battle Royale en 2000, film choc mettant en scène des adolescents contraints de s'entretuer, qui devient un phénomène culte à travers le monde. Il meurt le 12 janvier 2003 à Tokyo, peu après avoir entamé le tournage de la suite du film.
Fukasaku revendique l'influence directe de son expérience d'adolescent durant la guerre, notamment un épisode traumatisant où lui et ses camarades d'usine ont dû se réfugier sous les corps de leurs collègues tués lors d'un bombardement, expérience qui nourrit sa vision profondément désabusée de l'autorité et de la solidarité forcée. Il cite également l'influence du cinéma noir américain et du western pour son traitement stylisé de la violence et des codes d'honneur criminels. Son regard critique sur la société japonaise de l'après-guerre, marquée par la corruption et la trahison, irrigue l'ensemble de son œuvre.
Sa mise en scène se distingue par une caméra à l'épaule nerveuse et un montage syncopé, rompant avec l'esthétique plus posée du cinéma japonais classique, pour restituer le chaos et la brutalité de ses récits. Il privilégie une violence crue et désenchantée, dépourvue de toute glorification, qui distingue son cinéma de yakuza des productions plus romantiques du genre. Sur Battle Royale, il conserve cette énergie tout en y ajoutant une dimension satirique mordante à l'égard de la société japonaise contemporaine et de sa jeunesse.
Kinji Fukasaku n'a pas reçu de récompense occidentale majeure de son vivant, mais il a été honoré à plusieurs reprises par l'Académie japonaise du cinéma pour l'ensemble de sa carrière. Battle Royale lui a valu une reconnaissance internationale posthume considérable, devenant un film culte étudié et cité par de nombreux cinéastes occidentaux ultérieurs. Il a également reçu un hommage spécial de plusieurs festivals internationaux pour sa contribution majeure au cinéma de genre japonais.
L'acteur Bunta Sugawara, star de la série Combat sans code d'honneur, reste indissociable de la période la plus emblématique de sa filmographie. Son fils, le scénariste et réalisateur Kenta Fukasaku, a coécrit le scénario de Battle Royale et a repris le tournage de sa suite après sa mort. Il a également collaboré à plusieurs reprises avec le studio Toei tout au long de sa carrière japonaise.
La désillusion envers l'autorité et les institutions, qu'elles soient criminelles, militaires ou étatiques, traverse l'ensemble de son œuvre, du cinéma de yakuza à Battle Royale. La violence comme révélateur de la vraie nature humaine, dépouillée de tout artifice moral, constitue également un motif central de son cinéma. Le conflit entre générations, en particulier la défiance de la jeunesse envers un monde adulte jugé corrompu, occupe enfin une place centrale dans Battle Royale, son œuvre la plus universellement connue.