Né le 17 juin 1936 à Nuneaton, dans le Warwickshire, Kenneth Charles Loach est le fils d'un ouvrier devenu agent de maîtrise. Après des études de droit à Oxford et deux années dans l'armée de l'air, il se tourne d'abord vers le théâtre comme comédien avant de devenir, en 1961, assistant metteur en scène à la télévision britannique. Il réalise plusieurs épisodes de la série policière Z Cars en 1964, puis marque les esprits avec le téléfilm social Cathy Come Home en 1966. Sa rencontre avec le producteur Tony Garnett est déterminante et le mène à son premier long métrage pour le cinéma, Pas de larmes pour Joy, en 1967. Il connaît un premier grand succès critique et public avec Kes en 1970, présenté à la Semaine de la Critique de Cannes, avant de se consacrer en grande partie à la télévision durant les années 1970, notamment avec la série Days of Hope sur la classe ouvrière britannique. Il retrouve le cinéma dans les années 1990 avec Raining Stones, Ladybird Ladybird, Land and Freedom ou My Name Is Joe, qui installent durablement sa réputation de cinéaste social auprès du public français comme international. En 2006, il obtient la Palme d'or au Festival de Cannes pour Le Vent se lève, consacré à la guerre d'indépendance irlandaise, puis une seconde Palme d'or en 2016 pour Moi, Daniel Blake, portrait d'un chômeur britannique confronté à l'administration. Il poursuit son œuvre engagée avec Sorry We Missed You en 2019, sur la précarité des livreurs ubérisés, puis The Old Oak en 2023, salué d'une mention spéciale du jury œcuménique à Cannes.
Fervent défenseur de la classe ouvrière, Ken Loach construit son cinéma autour d'une dénonciation constante des excès du libéralisme économique et des inégalités sociales qui traversent le Royaume-Uni depuis son enfance dans une ville industrielle du centre de l'Angleterre. Son engagement politique, affirmé dès ses débuts à la télévision britannique, nourrit directement le choix de ses sujets, qu'il s'agisse de la lutte des classes, du chômage ou des conflits historiques comme la guerre d'indépendance irlandaise.
Loach est reconnu pour un style inlassablement réaliste, hérité de son passage par la télévision engagée des années 1960 et 1970, qui privilégie l'authenticité des situations et des acteurs souvent peu professionnels. Depuis Carla's Song en 1995, la quasi-totalité de ses films sont écrits par le scénariste Paul Laverty, une collaboration qui a façonné la cohérence thématique de son œuvre tardive.
Ken Loach est l'un des rares cinéastes à avoir remporté deux fois la Palme d'or au Festival de Cannes, pour Le Vent se lève en 2006 et Moi, Daniel Blake en 2016, le plaçant aux côtés de Francis Ford Coppola, Shōhei Imamura, Emir Kusturica, Bille August, les frères Dardenne, Michael Haneke et Ruben Östlund parmi les cinéastes doublement palmés. Sur treize sélections cannoises, ses films ont cumulé sept prix au total, dont trois Prix du jury pour Secret défense, Raining Stones et La Part des anges, un Prix d'interprétation masculine pour Peter Mullan dans My Name Is Joe, et un Prix du scénario pour Paul Laverty grâce à Sweet Sixteen.
Le scénariste Paul Laverty est son collaborateur le plus fidèle depuis 1995, ayant écrit la quasi-totalité de ses films jusqu'à The Old Oak. Le producteur Tony Garnett, rencontré à ses débuts à la télévision, a également été déterminant dans le lancement de sa carrière cinématographique.
La précarité économique et sociale, la lutte des classes et les difficultés du monde ouvrier britannique traversent l'ensemble de son œuvre, de Cathy Come Home à Sorry We Missed You. Les conflits historiques, en particulier la guerre d'indépendance irlandaise abordée dans Le Vent se lève, occupent également une place importante dans sa filmographie, tout comme la dénonciation des dysfonctionnements administratifs et des politiques d'austérité, centrale dans Moi, Daniel Blake.