Née le 27 août 1977 à Sidi Bouzid, en Tunisie, Kaouther Ben Hania étudie de 2002 à 2004 à l'École des arts et du cinéma de Tunis, où elle réalise plusieurs courts métrages remarqués, dont La Brèche. Elle poursuit sa formation à la Fémis puis à l'université Sorbonne-Nouvelle à Paris, tout en travaillant pour Al Jazeera Documentary Channel. Son premier long métrage, Le Challat de Tunis, sorti en 2014, ouvre la section ACID du Festival de Cannes et connaît un succès international notable pour une satire sociale tunisienne. Elle signe ensuite Zaineb n'aime pas la neige, documentaire tourné durant six ans entre la Tunisie et le Canada, révélé en 2016 à Locarno. En 2017, La Belle et la Meute est sélectionné dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes et remporte le prix de la meilleure création sonore. Son film suivant, L'Homme qui a vendu sa peau, avec Monica Bellucci, est sélectionné à la Mostra de Venise en 2020 et nommé à l'Oscar du meilleur film international en 2021. En 2023, Les Filles d'Olfa, dispositif hybride entre documentaire et fiction, concourt en compétition officielle à Cannes, où il obtient l'Œil d'or, puis est nommé à l'Oscar du meilleur film documentaire en 2024. Elle poursuit avec La Voix de Hind Rajab, présenté à la Mostra de Venise 2025 où il obtient le Lion d'argent, avant d'être sélectionné pour représenter la Tunisie aux Oscars 2026.
Son enfance à Sidi Bouzid, ville d'où est parti le Printemps arabe, nourrit un regard politique aigu sur les rapports de pouvoir dans la société tunisienne post-révolutionnaire. Elle revendique une approche féministe transnationale, attentive à l'enfance, à la violence faite aux femmes et aux différentes formes de patriarcat. Son travail pour Al Jazeera Documentary Channel a également façonné sa maîtrise du réel, qu'elle continue de mêler à la fiction dans la quasi-totalité de ses films.
Kaouther Ben Hania est reconnue pour son goût du dispositif hybride, brouillant sans cesse les frontières entre documentaire et fiction, comme en témoigne Les Filles d'Olfa, où des actrices professionnelles viennent incarner les scènes les plus douloureuses vécues par une famille réelle. Elle privilégie une immersion patiente auprès de ses sujets, refusant de filmer des personnes qui n'auraient pas véritablement consenti à se livrer. L'humour et l'ironie surgissent souvent chez elle aux moments les plus inattendus, tempérant la gravité de sujets aussi sensibles que l'extrémisme religieux ou les violences faites aux femmes.
L'Homme qui a vendu sa peau lui vaut une nomination à l'Oscar du meilleur film international en 2021, faisant d'elle la première réalisatrice tunisienne sélectionnée dans cette catégorie. Les Filles d'Olfa remporte l'Œil d'or du meilleur documentaire au Festival de Cannes 2023, avant d'obtenir le César du meilleur film documentaire et une nomination à l'Oscar du meilleur film documentaire en 2024, faisant d'elle la première femme arabe à recevoir deux nominations aux Oscars. En 2025, La Voix de Hind Rajab obtient le Lion d'argent, Grand Prix du jury, à la Mostra de Venise.
Elle retrouve l'actrice tunisienne Hend Sabri, qui interprète Olfa Hamrouni dans Les Filles d'Olfa. Elle a également collaboré avec Monica Bellucci sur L'Homme qui a vendu sa peau, l'un de ses films les plus internationaux.
Les rapports entre femmes et hommes, souvent marqués par la domination patriarcale, structurent l'ensemble de son œuvre, du Challat de Tunis à La Belle et la Meute. La violence institutionnelle faite aux femmes, notamment à travers le système judiciaire tunisien, occupe une place centrale dans plusieurs de ses films. La porosité entre réalité et fiction, utilisée comme outil de vérité plutôt que d'artifice, complète enfin sa signature de cinéaste.