Né le 3 janvier 1976 à Medan en Indonésie, Joko Anwar étudie l'ingénierie aéronautique à l'Institut technologique de Bandung avant de s'installer à Jakarta, où il devient journaliste au quotidien anglophone The Jakarta Post après avoir essuyé plusieurs refus de sociétés de production. Sa rencontre en 2002 avec la réalisatrice Nia Dinata change le cours de sa carrière : il lui montre un scénario qu'il a écrit, ce qui débouche en 2003 sur sa collaboration à l'écriture d'Arisan!, immense succès qui remporte cinq récompenses aux Citra Awards. Il réalise son premier long métrage en 2005 avec la comédie romantique Joni's Promise, avant de s'imposer comme l'un des cinéastes les plus intelligents d'Asie du Sud-Est selon le critique Tony Rayns grâce au film noir Dead Time: Kala en 2007. Il connaît ensuite un succès colossal en 2017 avec Satan's Slaves, remake d'un classique de l'horreur indonésienne de 1982, qui devient le film le plus vu de l'année en Indonésie avec plus de quatre millions d'entrées et relance durablement l'industrie horrifique locale. Il poursuit avec Impetigore en 2019, sélectionné à la Mostra de Venise, ainsi qu'avec la suite Satan's Slaves: Communion en 2022, premier film indonésien projeté en salles IMAX. Il continue de multiplier les projets entre cinéma, séries pour HBO Asia et productions internationales, confirmant sa place de figure centrale du renouveau du cinéma de genre indonésien.
Son parcours atypique, passant du journalisme à l'écriture de scénarios avant la réalisation, nourrit un regard critique et observateur sur la société indonésienne contemporaine qu'il documente à travers des genres populaires. Le cinéma d'horreur indonésien classique, en particulier le film original de 1982 dont il tire Satan's Slaves, constitue une influence directe et assumée pour sa relance du genre local. Les codes du cinéma de genre international, du thriller psychologique au slasher, influencent également sa construction narrative tout en les ancrant fermement dans la culture et la religiosité indonésiennes.
Anwar privilégie une mise en scène soignée et atmosphérique, misant sur la suggestion progressive de la menace plutôt que sur l'effet choc immédiat, une approche qui contribue au succès critique de Satan's Slaves. Il sait ancrer ses récits fantastiques dans des enjeux sociaux et religieux propres à l'Indonésie contemporaine, notamment autour de la fertilité, du culte et de la responsabilité parentale. Sa direction, marquée par un refus des effets numériques excessifs au profit d'une esthétique plus artisanale, contribue à l'identité visuelle reconnaissable de son cinéma d'horreur.
Joko Anwar n'a pas été nommé aux Oscars, mais The Forbidden Door remporte le prix du meilleur film au Festival international du film fantastique de Puchon, et Impetigore est sélectionné en 2019 à la Mostra de Venise, confirmant sa reconnaissance internationale croissante.
L'actrice Tara Basro, révélée dans Satan's Slaves, devient l'une de ses interprètes les plus fidèles, la retrouvant notamment dans la suite Satan's Slaves: Communion. Il travaille également à plusieurs reprises avec les producteurs Gope T. Samtani et Sunil Samtani sur ses plus grands succès horrifiques. La réalisatrice Nia Dinata, qui l'a lancé dans l'industrie, demeure une figure importante de ses débuts de carrière.
La fertilité, la maternité et la responsabilité parentale, souvent détournées vers l'horreur occulte, structurent une large partie de sa filmographie la plus reconnue, de The Forbidden Door à Satan's Slaves. La religion et le poids des traditions indonésiennes, entre foi sincère et superstition, occupent également une place centrale dans son cinéma de genre. La critique sociale feutrée, glissée derrière les codes du thriller ou de l'horreur populaire, traverse enfin l'ensemble de son œuvre la plus personnelle.