Johan Renck naît le 5 décembre 1966 à Uppsala, en Suède. Avant de toucher à la caméra, il mène une carrière de musicien sous le nom de scène Stakka Bo, avec laquelle il connaît un joli succès international, et obtient au passage un MBA à l'École d'économie de Stockholm. C'est presque par accident qu'il devient réalisateur : faute de budget pour engager quelqu'un d'autre, il met lui-même en scène le clip de son titre Here We Go, dont le triomphe sur MTV Europe lui ouvre les portes de la réalisation de clips pour des artistes comme Madonna, Beyoncé, Kylie Minogue, New Order ou Lana Del Rey. Il signe également de nombreux films publicitaires pour des marques comme Coca-Cola, Levi's, Audi, Chanel ou Cartier. Son premier long métrage, Downloading Nancy, sort en 2008, mais c'est la télévision qui installe véritablement sa réputation, avec des épisodes de Breaking Bad, The Walking Dead ou Vikings. En 2015, il réalise Blackstar et Lazarus, les ultimes clips de David Bowie, puis la mini-série Panthers. Son grand tournant survient en 2019 avec Chernobyl, mini-série événement pour HBO créée par Craig Mazin, qui lui vaut une reconnaissance critique unanime. Il enchaîne en 2024 avec Spaceman, son premier long métrage américain porté par Adam Sandler.
Grandissant en Suède, Johan Renck garde un souvenir marquant de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, dont les retombées radioactives avaient directement touché son pays et jusqu'à son entourage proche. Cette mémoire d'enfance nourrit en partie sa manière d'aborder la reconstitution du drame près de trente ans plus tard. Il revendique une fascination pour la mélancolie scandinave, qu'il considère comme l'une de ses émotions de prédilection à mettre en scène. Sa collaboration avec David Bowie sur les clips testamentaires Blackstar et Lazarus a été pour lui une expérience humaine et artistique bouleversante, qu'il décrit comme l'une des plus intimes de toute sa carrière. Le cinéma classique et une exigence quasi obsessionnelle de vérité documentaire, visible dans sa recherche du moindre détail d'époque, structurent également sa démarche.
Le réalisateur suédois est reconnu pour une esthétique sombre et soignée, où la beauté visuelle n'exclut jamais une forme de noirceur. Il aime décrire son travail comme une forme de méthode d'acteur appliquée à la mise en scène, allant jusqu'à s'immerger physiquement dans les conditions de tournage les plus extrêmes pour restituer une scène avec justesse. Sur Chernobyl, il pousse cette exigence jusqu'à faire rechercher les boutons d'époque exacts pour les costumes soviétiques, refusant toute approximation. Il privilégie les séries limitées, qui lui permettent de garder un contrôle total sur l'ensemble des épisodes plutôt que de partager la mise en scène. Son passage par la publicité et le clip lui a également légué un sens aigu de l'image et de la composition, qu'il met au service de récits plus longs et plus exigeants.
Chernobyl vaut à Johan Renck une reconnaissance massive lors de la saison des récompenses 2019, la mini-série récoltant seize nominations aux Emmy Awards. Le réalisateur y est personnellement récompensé de l'Emmy de la meilleure réalisation pour une mini-série ou anthologie, aux côtés du prix de la meilleure série remporté par la production dans son ensemble. Cette consécration télévisuelle reste à ce jour le sommet de sa carrière en termes de distinctions officielles, le cinéaste n'ayant pas encore été récompensé aux Oscars ou aux Césars, ses films pour le grand écran étant plus récents.
Johan Renck a fondé sa propre société de production, R.A.F., avec le réalisateur suédois Jonas Åkerlund, avec lequel il partage une sensibilité commune pour l'image publicitaire et musicale. Sur Chernobyl, sa collaboration avec le scénariste Craig Mazin et la compositrice islandaise Hildur Guðnadóttir a été déterminante dans la construction de l'atmosphère si particulière de la série. Il a également noué des liens réguliers avec des marques de mode et de luxe pour lesquelles il tourne depuis des années des campagnes publicitaires, entretenant ainsi un lien constant entre son travail narratif et son travail commercial.
La noirceur et la mélancolie irriguent presque toute son œuvre, qu'il s'agisse d'un désastre nucléaire ou d'un deuil intime filmé pour un clip. La question de la vérité et de la dissimulation, centrale dans Chernobyl, structure une grande partie de son travail le plus abouti. Il revient aussi souvent sur des personnages confrontés à l'isolement, qu'il s'agisse d'un cosmonaute perdu dans l'espace sur Spaceman ou de scientifiques luttant seuls contre un mensonge d'État. Enfin, une forme de poésie visuelle, héritée de son passage par le clip musical, continue de nourrir ses choix de cadrage et de lumière quel que soit le format.