Jafar Panahi est une figure emblématique et courageuse du cinéma iranien contemporain, dont la carrière est indissociable de son engagement pour la liberté d'expression. Formé aux côtés d'Abbas Kiarostami, il se fait rapidement remarquer sur la scène internationale avec Le Ballon blanc, qui remporte la Caméra d'or à Cannes en 1995. Malgré les censures successives et les interdictions de filmer imposées par les autorités iraniennes, il n'a jamais cessé de créer, usant de stratagèmes inventifs pour continuer à tourner en secret. Son film Ceci n'est pas un film, passé clandestinement hors des frontières, a marqué les esprits par sa forme hybride et sa résistance poétique. Il a continué à explorer la réalité sociale de son pays à travers des œuvres comme Taxi Téhéran, prouvant que l'art est une force indomptable. Son parcours est une leçon d'obstination artistique face à l'adversité politique.
Son cinéma est profondément ancré dans la tradition humaniste iranienne, influencé par la simplicité apparente et la profondeur philosophique d'Abbas Kiarostami. Il puise également ses inspirations dans le néoréalisme italien, cherchant à filmer la vie telle qu'elle est, sans artifice, pour révéler la beauté dans la banalité quotidienne. Sa propre expérience de la restriction et de l'enfermement est devenue une source majeure de sa créativité, transformant ses contraintes en nouvelles formes narratives. Il s'inspire aussi du cinéma documentaire pour capturer les nuances sociales et politiques de Téhéran. Sa vision est également nourrie par une observation empathique des exclus de la société. Il considère que le cinéaste a un devoir de témoignage envers ceux qui ne peuvent pas parler.
Le style de Panahi est caractérisé par une épure radicale, souvent dictée par les circonstances dans lesquelles il doit travailler. Il privilégie le cadre intimiste, utilisant des espaces restreints comme une voiture ou un appartement pour refléter le climat de surveillance constante. Sa mise en scène est minimaliste mais précise, effaçant souvent la frontière entre la fiction et le documentaire. Il possède un don rare pour diriger des acteurs non professionnels afin d'obtenir une authenticité bouleversante. Le montage est sobre, laissant le temps aux situations de respirer et à l'émotion de surgir naturellement. Chaque plan est une preuve de résilience technique et esthétique. Sa capacité à transformer le quotidien en un récit politique puissant est sa marque de fabrique.
Jafar Panahi est l'un des cinéastes les plus récompensés du monde, bien qu'il n'ait pu recevoir la plupart de ses prix en main propre. Il a été honoré par les plus grands festivals : un Ours d'or à Berlin pour Taxi Téhéran, un Lion d'or à Venise pour Le Cercle, et de nombreux prix à Cannes. Son travail est unanimement salué par la critique internationale pour sa portée politique et son audace formelle. Ces distinctions reconnaissent non seulement son talent exceptionnel, mais aussi son rôle crucial en tant que symbole mondial de la liberté artistique. Il est régulièrement cité par ses pairs comme l'un des réalisateurs les plus courageux et nécessaires de notre époque. Son œuvre demeure un étendard pour le cinéma indépendant.
Son collaborateur le plus influent fut sans conteste son mentor Abbas Kiarostami, qui a façonné son regard sur le monde. Il travaille souvent avec une équipe restreinte et fidèle, composée de proches et d'amis qui partagent sa vision politique et esthétique, souvent dans la clandestinité. Il fait fréquemment appel à des acteurs non professionnels, choisis pour leur capacité à incarner des personnages qui leur ressemblent profondément, rendant son cinéma d'autant plus vrai. Ses producteurs à l'étranger jouent un rôle essentiel dans la diffusion de ses films, prenant des risques considérables pour protéger son travail. Cette solidarité professionnelle autour de lui est le socle de sa survie artistique. Chaque projet est le fruit d'une confiance absolue entre le réalisateur et ses alliés.
La liberté et l'enfermement sont les thèmes centraux de son œuvre, qu'il aborde sous un angle à la fois intime et politique. Il s'intéresse particulièrement à la condition des femmes en Iran, montrant leur force de caractère face aux structures patriarcales oppressives. Le quotidien iranien, avec ses paradoxes et ses règles strictes, est le théâtre permanent de ses récits. Il explore également la question de l'identité, cherchant à comprendre comment l'individu peut préserver son intégrité dans un environnement hostile. La résilience est le maître-mot de tous ses personnages, qui tentent de maintenir une dignité coûte que coûte. Ses films sont des chroniques sociales essentielles pour comprendre les tensions de la société iranienne actuelle.