Gilles Perret est un réalisateur et producteur français né le 12 mars 1970 à Grenoble, figure importante du documentaire social français des années 2000 et 2020. Formé au cinéma à l'université de Grenoble, il commence sa carrière en réalisant plusieurs courts métrages et documentaires remarqués dans les festivals, dont "Les Mains en or" (2005) qui remporte le prix du meilleur documentaire au Festival de Marseille. Son premier long métrage, "Walter, retour en résistance" (2009), portrait du résistant Walter Bassan, impose immédiatement sa singularité et lui vaut une première reconnaissance critique. Il poursuit avec "La Sociale" (2016), documentaire sur la Sécurité sociale qui connaît un important succès public et confirme son talent pour dépeindre les combats sociaux avec justesse et empathie. Son troisième film, "Jusqu'à la garde" (2017), coréalisé avec Xavier Legrand, marque un tournant vers la fiction avec ce thriller primé à Venise. En 2020, il présente "Debout femmes !" co-réalisé avec François Ruffin, chronique de femmes en lutte qui confirme sa maîtrise du récit complexe. Parallèlement, il produit des films de jeunes réalisateurs via sa société de production.
Gilles Perret cite parmi ses influences majeures les documentaristes français comme Raymond Depardon et Nicolas Philibert, dont l'attention aux gens ordinaires a profondément marqué sa propre vision du cinéma. Il reconnaît aussi l'influence du cinéma de Ken Loach, en particulier "Moi, Daniel Blake" et "Le Vent se lève", pour leur capacité à conjuguer engagement social et profondeur humaine. Le cinéma des frères Dardenne, en particulier "Rosetta" et "L'Enfant", a nourri son approche du récit social et de la direction d'acteurs. Il s'inspire également de la littérature sociale française, en particulier les romans d'Émile Zola et les essais de Pierre Bourdieu, pour leur exploration des mécanismes de domination. Le cinéma de Michael Moore, en particulier "Roger and Me" et "Bowling for Columbine", occupe une place importante dans ses références, pour son audace narrative et son engagement. Son travail se veut héritier de cette tradition du documentaire engagé, qui refuse la neutralité au profit d'un regard partisan mais bienveillant.
Le cinéma de Gilles Perret se caractérise par un ancrage social affirmé, mêlant enquête journalistique et émotion dans des compositions qui doivent autant au reportage qu'au cinéma de fiction. Il travaille souvent avec des cadres larges qui captent la beauté des paysages et des lieux de vie, contrastant avec la dureté des situations vécues par ses personnages. La lumière naturelle occupe une place centrale dans son travail, qu'il capte avec sensibilité pour créer des ambiances changeantes au fil des saisons. Le son est traité avec une attention particulière, les bruits du quotidien devenant des éléments narratifs à part entière qui enrichissent l'immersion sensorielle. Sa mise en scène, d'une grande rigueur formelle, refuse tout misérabilisme et privilégie la dignité de ses personnages. Sa direction d'acteurs repose sur la confiance et la collaboration, laissant une large place à l'improvisation et aux acteurs non professionnels pour obtenir des performances d'une grande justesse.
Gilles Perret a reçu plusieurs distinctions importantes pour son travail, témoignant de la reconnaissance critique de son œuvre. "La Sociale" a remporté le prix du meilleur documentaire au Festival de Grenoble en 2016 et a été nommé aux César du meilleur documentaire. Le film a également reçu le prix du public au Festival de Bordeaux. En 2017, il a reçu le prix du meilleur documentaire lors des Étoiles d'or du cinéma français pour "Jusqu'à la garde". "Debout femmes !" a été sélectionné au Festival de Cannes en 2020 dans la section ACID et a reçu un accueil critique enthousiaste. Il a par ailleurs reçu le prix Albert-Londres pour son travail journalistique en 2012. Bien que moins médiatisé que certains de ses contemporains, il jouit d'une reconnaissance solide parmi les professionnels et les critiques spécialisés.
François Ruffin est sans conteste son collaborateur le plus important, avec qui il a co-réalisé "Debout femmes !" et plusieurs autres projets, créant une véritable complicité artistique. Le directeur de la photographie Pierrick Morin a travaillé avec lui sur la plupart de ses films, contribuant à forger cette esthétique reconnaissable entre mille. Le monteur Sébastien Buchmann, collaborateur de longue date, contribue à façonner le rythme particulier de ses films, fait de retenue et d'émotion. Le compositeur Grégoire Hetzel signe régulièrement les musiques de ses réalisations, créant des partitions qui s'intègrent parfaitement à l'esthétique sonore de ses films. La productrice Barbara Letellier défend ses projets avec conviction depuis ses débuts, permettant la réalisation de films exigeants dans un contexte industriel souvent difficile.
Les services publics et leurs enjeux constituent le cœur de l'œuvre de Gilles Perret, qui explore avec justesse et empathie les réalités sociales contemporaines. Les classes populaires et leur dignité, dans toute leur complexité et leur résistance, traversent ses films, montrant comment les plus fragiles inventent des formes de solidarité. La question de la démocratie et de la participation citoyenne nourrit ses personnages, souvent tiraillés entre résignation et révolte. Les territoires ruraux et périphériques occupent une place essentielle dans ses récits, devenant des personnages à part entière. La lutte des classes, sous ses formes les plus contemporaines, est abordée avec acuité, montrant comment elle structure les relations et les destins. Enfin, l'espoir et la capacité de transformation, malgré les difficultés, constituent la marque la plus distinctive de son cinéma, fait d'humanité et d'engagement.