Né en Chine, C.B. Yi (陳熠霖, Chen Yilin) émigre en Autriche à l'âge de treize ans. Il poursuit sa formation à l'Académie du film de Vienne, où il étudie sous la direction de Michael Haneke et du chef opérateur Christian Berger. C'est là qu'il développe le projet qui deviendra son premier long métrage, Moneyboys, sur lequel il travaille pendant près de huit ans. L'idée lui vient de sa rencontre avec de jeunes acteurs chinois en formation en Autriche, dont l'un lui confie se prostituer pour payer les soins médicaux de sa mère ; il approfondit ensuite le sujet en échangeant avec un chercheur de l'OMS ayant mené plus de deux mille entretiens auprès de travailleurs du sexe masculins. Moneyboys est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2021, révélant ce réalisateur sino-autrichien au grand public international. Le film sort en France en mars 2022.
C.B. Yi cite parmi ses influences visuelles des cinéastes aussi différents que Hou Hsiao-Hsien, Yasujirō Ozu, Michael Haneke, Luis Buñuel, Wong Kar-wai, Stanley Kubrick, Robert Bresson et Andreï Tarkovski. Son projet initial pour Moneyboys empruntait à la forme hybride chère au réalisateur autrichien Ulrich Seidl, mêlant fiction et documentaire, avant qu'il ne bascule vers une fiction pure pour protéger l'intimité des personnes qu'il avait rencontrées. Sa double culture chinoise et autrichienne nourrit un regard à la fois intérieur et distancié sur la société chinoise contemporaine. L'enseignement de Michael Haneke, dont la rigueur formelle est réputée, transparaît dans sa manière de filmer avec retenue des sujets socialement sensibles.
Le cinéaste adopte une esthétique contemplative, faite de plans longs et de silences prolongés, qui installe une distance respectueuse avec ses personnages. Sa caméra observe avec précision et déliberation, jouant sur les contrastes visuels entre la pauvreté du monde rural chinois et les excès colorés de la vie urbaine nocturne. Le mélange de musique lancinante et de scènes contemplatives donne à Moneyboys une tonalité mélancolique, proche du cinéma d'auteur asiatique tout en conservant une rigueur toute européenne. C.B. Yi filme les scènes intimes sans exhibitionnisme, privilégiant la vérité émotionnelle des situations à leur potentiel spectaculaire.
Moneyboys a été sélectionné en compétition officielle dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2021, une reconnaissance majeure pour un premier long métrage. Le film a depuis poursuivi son parcours dans plusieurs festivals internationaux consacrés au cinéma LGBTQI+ et au cinéma d'auteur asiatique. C.B. Yi n'a pas encore été distingué par les Oscars, les César ou une Palme d'or, mais sa sélection cannoise a durablement installé sa réputation de cinéaste à suivre.
Pour Moneyboys, C.B. Yi a réuni un casting emmené par la star taïwanaise Kai Ko, aux côtés de Bai Yufan et J.C. Lin. Le film a été tourné à Taïwan, bien qu'il se déroule dans le sud de la Chine, une coproduction associant l'Autriche, la France, Taïwan et la Belgique. Cette dimension internationale de la production reflète le parcours personnel du cinéaste, à cheval entre plusieurs cultures et plusieurs marchés du cinéma d'auteur européen et asiatique.
La prostitution masculine et ses conséquences sur l'identité et l'acceptation de soi occupent le cœur de l'œuvre de C.B. Yi. Le déracinement, entre la Chine rurale et les grandes métropoles, structure également son regard sur les trajectoires de ses personnages. L'homosexualité, tolérée mais taboue dans la société chinoise contemporaine, traverse son cinéma comme une tension permanente entre désir d'émancipation et pression familiale. Enfin, l'idée que l'amour de soi doit précéder l'amour des autres constitue, selon les mots mêmes du cinéaste, le message central de son œuvre.