Anne Zohra Berrached, réalisatrice allemande de 24 Wochen et Deux mères, reconnue pour son traitement documentaire de sujets éthiques intimes et sensibles.
Née le 31 juillet 1982 à Erfurt, en Allemagne de l'Est, Anne Zohra Berrached est la fille d'une mère allemande et d'un père algérien. Après un diplôme en pédagogie sociale avec une spécialisation en psychologie obtenu à Francfort, elle travaille pendant deux ans comme professeure d'art dramatique à Londres, avant de passer du temps au Cameroun et en Espagne. En 2009, elle intègre la Filmakademie Baden-Württemberg de Ludwigsbourg après un échec de candidature à l'université du film de Potsdam, et y réalise plusieurs courts métrages, dont Der Pausenclown, diffusé sur la chaîne WDR. Son premier long métrage, Deux mères, exploration semi-documentaire de la quête d'enfant d'un couple de femmes, est présenté en 2013 dans la section Perspektive Deutsches Kino de la Berlinale et reçoit le prix Dialogues en perspective. Son film de fin d'études, 24 Wochen, centré sur la décision d'un couple face à un diagnostic prénatal grave, est sélectionné en compétition officielle à la Berlinale 2016, une première pour un film allemand cette année-là, et remporte le prix de la Guilde des cinémas d'art allemands ainsi que le Lola d'argent du meilleur film allemand. En 2021, elle réalise Ce qui reste, drame librement inspiré de la compagne d'un des pirates de l'air du 11 septembre, présenté en section Panorama à la Berlinale, avant de réaliser plusieurs épisodes de la série policière Tatort et la série A Better Place en 2025.
Son identité biculturelle, née d'un père algérien et d'une mère allemande, nourrit sa sensibilité aux questions d'appartenance et de transmission, perceptibles jusque dans le choix de sujets liés à l'exil et à la radicalité intime. Son expérience de pédagogue sociale et de professeure d'art dramatique, acquise avant sa formation cinématographique, façonne une approche empathique et rigoureuse des sujets les plus délicats qu'elle aborde à l'écran. Son passage par la Filmakademie Baden-Württemberg, où elle se décrit elle-même comme une figure à part préférant la production de ses propres films aux mondanités estudiantines, renforce son goût pour un cinéma d'auteur exigeant et sans concession. Elle revendique une volonté de raconter de façon individuelle, sans compromis, un principe qu'elle dit avoir pu pleinement mettre en œuvre sur 24 Wochen.
Anne Zohra Berrached est reconnue pour son approche quasi documentaire de sujets éthiques et intimes extrêmement sensibles, qu'il s'agisse de l'homoparentalité ou de l'interruption tardive de grossesse. Sa mise en scène de 24 Wochen se distingue par un souci d'authenticité poussé jusqu'à faire appel à de véritables professionnels de santé pour incarner certaines scènes médicales explicites. Elle privilégie une direction d'acteurs très libre et immersive, qui confère à ses films une texture proche du cinéma-vérité malgré leur statut de fiction. Son cinéma affronte de front des sujets tabous ou politiquement délicats, sans jamais chercher à en atténuer la portée dramatique ou éthique.
24 Wochen remporte le prix de la Guilde des cinémas d'art allemands lors de sa présentation en compétition à la Berlinale 2016, ainsi que le Lola d'argent du meilleur film allemand aux Prix du cinéma allemand 2017. Deux mères obtient le prix FGYO Dialogues en perspective et le prix First Steps No Fear Award en 2013. Ce qui reste reçoit le Grand Prix du long métrage ainsi que le prix du jury populaire et celui de la meilleure réalisation au Festival du film de Lucques.
L'actrice Julia Jentsch, interprète principale de 24 Wochen, incarne l'une de ses collaborations les plus marquantes et saluées par la critique. Elle travaille à plusieurs reprises pour la télévision allemande sur la série policière Tatort, notamment les épisodes Der Fall Holdt, vu par plus de dix millions de téléspectateurs, Das kalte Haus et Liebeswut. Son ancienne école, la Filmakademie Baden-Württemberg, demeure également un point d'ancrage de sa formation et de ses réseaux professionnels.
Les choix éthiques extrêmes auxquels sont confrontées les femmes, qu'il s'agisse de maternité, d'avortement tardif ou d'homoparentalité, structurent l'ensemble de son œuvre. L'exil et la radicalisation politique, explorés notamment dans Ce qui reste à travers un récit inspiré des attentats du 11 septembre, prolongent cette réflexion sur des choix individuels aux conséquences irréversibles. La rigueur documentaire mise au service de la fiction, y compris dans le traitement de sujets médicaux ou intimes très sensibles, demeure une marque de fabrique constante de son cinéma.