Né le 9 mars 1983 à Darab, dans le sud de l'Iran, Abbas Amini tourne ses premiers courts métrages dès l'âge de treize ans. En 2001, il s'installe à Téhéran où il travaille comme assistant réalisateur sur plusieurs longs métrages, tout en signant des documentaires consacrés à des sujets sociaux difficiles, notamment les conséquences de la guerre entre l'Iran et l'Irak. Engagé de longue date auprès de l'Association pour la protection des enfants travailleurs, il consacre une partie de son travail à l'enfance maltraitée. Il passe à la fiction avec Valderama en 2016, un premier long métrage présenté à la Berlinale dans la section Generation 14 Plus. Il enchaîne dès 2018 avec Hendi & Hormoz, également sélectionné à Berlin, confirmant son goût pour les récits de jeunesse. L'année 2020 marque un tournant : après le drame I Am Here!, il réalise le thriller Marché noir, qui remporte le prix du jury au festival Reims Polar en 2021 avant de sortir en France en janvier 2022. Il a par ailleurs siégé au jury de la section Generation de la Berlinale la même année.
Le travail d'Abbas Amini puise directement dans son expérience de terrain, lui qui a côtoyé pendant des années les enfants travailleurs et les familles fragilisées par la guerre Iran-Irak. Son passage par le documentaire social l'a habitué à observer la réalité iranienne au plus près, une démarche qui infuse toute son écriture de fiction. Il s'inscrit dans la lignée d'une génération de cinéastes iraniens, aux côtés d'Asghar Farhadi ou des auteurs de La Loi de Téhéran, qui interrogent les dysfonctionnements de la société iranienne contemporaine à travers des récits ancrés dans le réel. La précarité économique, l'inflation et les trafics informels qui gangrènent le quotidien de nombreux Iraniens nourrissent en particulier l'intrigue de Marché noir. Son intérêt pour les personnages d'adolescents et de jeunes adultes, déjà présent dans Valderama et Hendi & Hormoz, traduit une fascination constante pour les récits de passage à l'âge adulte dans un contexte social contraint.
Abbas Amini privilégie une mise en scène sans effet superflu, au service d'une tension dramatique qui monte progressivement. Sa formation documentaire se ressent dans sa manière de filmer les lieux et les visages avec sobriété, cherchant l'authenticité plutôt que la stylisation. Marché noir illustre cette approche : le film emprunte les codes du polar tout en conservant une dimension de film social, mêlant rythme haletant et observation fine des rapports de classe et de génération. Le cinéaste construit ses récits autour de personnages pris dans un engrenage moral, confrontés à des choix difficiles dans un environnement hostile. Cette économie de moyens formels, loin de nuire à ses films, en renforce au contraire la force et l'urgence.
Le film Marché noir d'Abbas Amini a remporté le prix du jury au Festival international du film policier de Reims Polar en 2021. Ses deux premiers longs métrages, Valderama et Hendi & Hormoz, ont tous deux été sélectionnés dans la section Generation 14 Plus du Festival de Berlin, une reconnaissance importante pour un cinéaste indépendant iranien. Il n'a pour l'heure pas été distingué par les grandes cérémonies internationales telles que les Oscars ou le Festival de Cannes, mais sa présence répétée à la Berlinale témoigne d'une reconnaissance croissante de la critique européenne.
Abbas Amini a notamment révélé le jeune acteur Amirhosein Fathi dans Marché noir, salué par la critique comme une découverte marquante. Son travail documentaire l'a également mis en lien étroit avec l'Association pour la protection des enfants travailleurs, dont il reste un collaborateur bénévole depuis de nombreuses années. Ses films sont généralement portés par de jeunes interprètes peu connus du grand public, qu'il choisit avec soin pour leur capacité à incarner une vérité sociale plutôt que pour leur notoriété.
La jeunesse confrontée à des choix moraux difficiles constitue le fil conducteur de la filmographie d'Abbas Amini, de Valderama à Marché noir. La précarité économique et ses conséquences sur les liens familiaux traversent également son œuvre, en particulier dans son dernier long métrage où le trafic d'argent devient le symptôme d'un pays rongé par l'inflation. La transmission entre générations, souvent conflictuelle, occupe aussi une place centrale, à travers des figures de pères et de fils pris dans des engagements qui les dépassent. Enfin, le déracinement, qu'il s'agisse de l'exode rural vers Téhéran ou du sort des migrants évoqué dans Marché noir, vient régulièrement nourrir ses récits.