Orna travaille dur pour subvenir aux besoins de sa famille, alors que son mari peine à lancer son propre restaurant. Elle décroche un poste dans une société immobilière dirigée par Benny, un ancien supérieur militaire devenu promoteur reconnu. Brillante, elle est rapidement promue, mais les sollicitations de son patron deviennent peu à peu de plus en plus intrusives et déplacées. Orna garde le silence pour protéger sa famille, jusqu'au jour où elle ne peut plus supporter la situation et décide de se battre pour sa dignité.
Second long-métrage de fiction de la réalisatrice israélienne et féministe engagée Michal Aviad, Working Woman s'inscrit dans la continuité de son précédent film, Invisible, qui explorait déjà les conséquences d'un traumatisme sexuel sur ses victimes. Cette fois, Aviad s'empare de la question du harcèlement au travail, un sujet qu'elle juge universel et particulièrement d'actualité à l'heure du mouvement MeToo. Elle explique avoir voulu dédier son film non pas aux femmes riches et puissantes qui se sont exprimées publiquement, mais aux anonymes : femmes de ménage, secrétaires ou employées de bureau qui n'ont pas le luxe de pouvoir se mettre à dos un employeur. La réalisatrice confie avoir rencontré de sérieuses difficultés à financer son projet, certains producteurs lui reprochant un scénario jugé trop peu spectaculaire.
La presse française réserve un accueil très favorable au film. L'Express salue la finesse et la force gagnées par la réalisatrice depuis son premier long-métrage, tandis que Positif souligne l'efficacité avec laquelle le film s'empare d'une problématique proche du mouvement MeToo. Télérama relève des scènes tournées en peu de plans qui laissent affleurer le malaise progressivement, sans jamais céder au sensationnalisme. Le Journal du Dimanche évoque une mise en scène qui installe une confusion mêlée d'inquiétude, portée par deux acteurs inspirés. Le public se montre également très sensible à la justesse du propos et à la performance de Liron Ben-Shlush, saluée pour sa capacité à incarner à la fois une mère de famille, une professionnelle ambitieuse et une femme piégée par le harcèlement de son patron.
Impressionnée par la prestation de Liron Ben-Shlush dans un précédent film qu'elle avait elle-même écrit, Michal Aviad tenait tellement à la voir interpréter le rôle d'Orna qu'elle a reporté le tournage de cinq mois, le temps que la comédienne se libère. Menashe Noy, interprète de Benny, était déjà apparu dans d'autres productions israéliennes remarquées, tandis qu'Oshri Cohen, qui joue le mari d'Orna, était surtout connu pour des rôles plus importants dans des films de guerre israéliens.
Le film explore le harcèlement sexuel au travail, la précarité économique des femmes qui n'ont pas toujours le choix de se taire, le silence imposé par la peur de perdre son emploi, ainsi que la reconquête de sa dignité et de sa voix face à un système qui protège les prédateurs.
Plutôt que de s'enfermer dans le récit classique de la victime brisée, le film prend le parti d'une résolution inattendue : Orna finit par reprendre le pouvoir sur sa propre histoire et se libère de l'emprise de Benny sans passer par la voie judiciaire, la réalisatrice ayant choisi de privilégier la résurrection personnelle de son personnage plutôt que le récit d'un combat institutionnel.
"Working Woman" désigne littéralement la travailleuse, mais le titre prend un sens plus large dans le film : celui de toutes les femmes ordinaires qui doivent travailler pour vivre et qui, de ce fait, se retrouvent en position de vulnérabilité face à des supérieurs hiérarchiques prêts à abuser de leur pouvoir.
Le film est sorti en France le 17 avril 2019, en pleine résonance avec le mouvement MeToo qui continuait alors de faire évoluer la parole publique sur le harcèlement au travail.
Grâce à Dieu (2019, François Ozon) et Comme si de rien n'était (2018, Eva Trobisch), deux autres films abordant les mécanismes du silence imposé aux victimes d'abus.