Akané est une adolescente japonaise rêveuse et manquant cruellement de confiance en elle. La veille de son anniversaire, elle se rend chez sa tante antiquaire, Chii, pour y récupérer son cadeau. Dans la boutique surgit un mystérieux alchimiste venu d'un autre monde, Hippocrate, accompagné de son minuscule apprenti Pipo, qui affirment qu'Akané est la seule à pouvoir sauver leur royaume, Wonderland, menacé par une terrible sécheresse. Accompagnée de sa tante, la jeune fille s'embarque alors dans un voyage fantastique semé d'embûches pour assumer son destin de déesse du vent vert.
Wonderland est l'adaptation d'un roman pour la jeunesse écrit en 1988 par Sachiko Kashiwaba, une autrice très appréciée au Japon, également connue pour avoir inspiré un autre classique de l'animation japonaise, Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Après le succès de Miss Hokusai, Keiichi Hara pensait avoir clos son chapitre dans l'animation, mais le projet d'adaptation lui a été proposé et il a fini par accepter, tout en trouvant le roman original initialement peu enthousiasmant. Le studio de production lui a alors laissé une grande liberté créative : il n'a conservé du livre que les noms des personnages, l'idée d'un monde parallèle et le principe d'une cave reliant les deux univers, inventant l'essentiel du reste. Le scénario a été écrit par Miho Maruo, épouse du réalisateur, avec qui il avait déjà collaboré sur ses deux films précédents, Colorful et Miss Hokusai. Keiichi Hara voulait réaliser un film d'animation grand public, à la fois initiatique et divertissant, capable de faire réfléchir les plus jeunes sans jamais leur imposer un message trop appuyé. Le graphiste russe Ilya Kuvshinov s'est vu confier l'ensemble de l'esthétique du film, personnages, paysages, animaux et machines compris, une responsabilité rare dans l'animation japonaise où ces tâches sont habituellement réparties entre plusieurs artistes.
La presse a salué la beauté visuelle du film, en particulier la richesse de son univers graphique développé par Ilya Kuvshinov, tout en pointant une intrigue parfois convenue et un rythme jugé trop long par certains critiques. Le public s'est montré partagé, certains spectateurs saluant la dimension poétique et écologique du récit tandis que d'autres regrettaient un scénario prévisible et des personnages secondaires peu développés. Le film a été sélectionné en compétition officielle au prestigieux Festival international du film d'animation d'Annecy en 2019, une reconnaissance importante pour son réalisateur déjà primé dans ce même festival pour Colorful.
Keiichi Hara a construit la structure du film comme celle d'un road movie évoluant dans un monde merveilleux, chaque étape du voyage étant marquée par un changement de paysage et de palette de couleurs. Le réalisateur s'est particulièrement appuyé sur les idées de sa scénariste et épouse Miho Maruo pour approfondir la psychologie des personnages féminins du récit. Le personnage de Chii a été pensé comme un savant mélange entre l'usage quotidien des nouvelles technologies et un goût persistant pour les objets anciens et artisanaux. Le travail graphique confié à Ilya Kuvshinov, qui avait déjà collaboré avec plusieurs studios d'animation, lui a demandé près de deux ans, entre l'élaboration d'une bible graphique complète et l'intégration de nombreuses images de synthèse pour certaines scènes complexes comme une tempête de sable dans le désert.
Wonderland aborde la confiance en soi et le passage à l'âge adulte à travers le parcours initiatique d'Akané, ainsi que les questions environnementales liées à la préservation de l'eau, ressource à la fois sacrée et menacée. Le film interroge aussi les liens intergénérationnels, notamment à travers la relation entre Akané et sa tante, et la place des nouvelles technologies dans un monde encore attaché à des savoirs plus traditionnels.
À la fin du film, Akané accepte pleinement son rôle de déesse du vent vert et aide le jeune prince du royaume à accomplir la cérémonie censée mettre fin à la sécheresse. Après une tentative infructueuse au cours de laquelle le prince manque de se sacrifier, les deux personnages sont sauvés in extremis, et l'unique goutte d'eau produite suffit finalement à faire jaillir une source qui irrigue tout le royaume. Cette conclusion marque la transformation intérieure d'Akané, désormais capable de surmonter sa timidité et de croire en ses propres capacités.
Le titre Wonderland fait directement référence au monde merveilleux dans lequel bascule l'héroïne, en écho assumé au classique Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Contrairement à Alice cependant, Akané refuse catégoriquement l'aventure au début du récit et ne grandit que très progressivement, ce qui distingue le film de son modèle littéraire occidental. Le titre japonais original, Birthday Wonderland, ajoute une dimension supplémentaire en associant ce monde fantastique à l'anniversaire de l'héroïne, moment charnière de son évolution personnelle.
Les amateurs de Wonderland apprécieront sans doute Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki, pour son atmosphère de conte initiatique et son univers merveilleux peuplé de créatures étranges, ainsi que Colorful et Miss Hokusai, les deux précédents films de Keiichi Hara, pour retrouver sa sensibilité graphique et narrative.