Dans un village reculé d'Afghanistan dans les années 1980, des enfants gardent les moutons dans les collines pendant que leurs aînés se disputent, s'aiment et survivent. La petite Sediqa est mise à l'écart par les autres enfants en raison d'un soupçon de sorcellerie, tandis que les adultes s'enlisent dans leurs conflits et leurs superstitions. Ce premier film de Shahrbanoo Sadat capture avec une poésie rare la vie quotidienne d'une communauté afghane isolée, entre fables orales, jeux d'enfants et tension sociale. Une œuvre d'une beauté brute, filmée avec des acteurs non professionnels dans les paysages grandioses des montagnes afghanes.
Wolf and Sheep est le premier long métrage de la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat, né d'une rencontre et d'une amitié durables avec Anwar Hashimi, un Afghan dont les récits d'enfance dans les années 1980 ont fourni la matière première du film. Sadat a passé des années à collecter ces histoires orales, ces anecdotes de vie quotidienne dans un village de montagne afghan, pour en tirer un récit filmique qui ressemble davantage à un poème visuel qu'à un film narratif classique. La réalisatrice, qui a elle-même grandi en Afghanistan avant de s'exiler, avait à cœur de montrer une image de son pays radicalement différente des représentations dominantes — ni champ de bataille, ni terre de misère, mais un espace humain riche de ses contradictions, de ses croyances et de sa vitalité. Le film a été coproduit par plusieurs pays européens (Danemark, France, Allemagne) et soutenu par le Fonds Hubert Bals du Festival de Rotterdam, ce qui reflète bien l'ancrage du projet dans les circuits du cinéma d'auteur international. Sadat a tourné avec des acteurs non professionnels, des habitants des villages afghans, donnant au film une authenticité ethnographique rare. Wolf and Sheep s'inscrit dans la tradition du cinéma iranien et afghan qui utilise l'enfance comme prisme pour observer le monde adulte.
Résumé des critiques professionnelles : Wolf and Sheep a été unanimement salué par la critique internationale lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2016. Les journalistes ont été frappés par la beauté formelle du film, sa façon de filmer les enfants et les paysages afghans avec une grâce et une liberté rares, et son refus absolu de toute condescendance ou exotisme de pacotille. Shahrbanoo Sadat a été immédiatement identifiée comme une voix nouvelle et précieuse dans le cinéma mondial.
Réception du public : Le film a trouvé son public dans les circuits du cinéma d'art et essai international, où il a tourné pendant plusieurs mois après sa révélation cannoise. Son accessibilité limitée — peu de salles, un sous-titrage qui peut rebuter certains spectateurs — a contenu sa diffusion, mais il a bénéficié d'un accueil très chaleureux de la part du public cinéphile qui l'a découvert.
Récompenses obtenues : Wolf and Sheep a remporté le prix Art Cinema Award à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2016, une distinction prestigieuse remise par les cinémas d'art et essai européens. Il a également été sélectionné dans de nombreux festivals internationaux et a remporté plusieurs prix dans des festivals de cinéma asiatique et de cinéma du monde.
Inspirations du réalisateur : Shahrbanoo Sadat s'est directement inspirée des récits oraux d'Anwar Hashimi pour construire son film. Elle a voulu que le film ressemble à ces histoires qu'on se raconte le soir dans les villages — des histoires où le réel et le légendaire se mêlent, où les loups peuvent être des hommes et les sorcières de petites filles. L'influence du cinéma d'Abbas Kiarostami et de son regard sur l'enfance est perceptible dans la façon dont Sadat laisse les enfants exister à l'écran sans jamais les diriger de façon trop visible.
Difficultés de production : Tourner en Afghanistan avec une équipe internationale représentait des défis logistiques et sécuritaires considérables. L'accès aux villages de montagne, les conditions climatiques extrêmes et la nécessité de gagner la confiance des communautés locales ont rendu le tournage particulièrement exigeant. Sadat a néanmoins insisté pour tourner dans de vrais villages avec de vrais habitants, au mépris du confort et de la facilité.
Wolf and Sheep explore la vie communautaire dans sa dimension la plus fondamentale : les hiérarchies sociales, les superstitions, les relations de pouvoir entre enfants et adultes, entre hommes et femmes, entre celui qui appartient au groupe et celui qui en est exclu. La figure de l'enfant soupçonnée de sorcellerie — Sediqa — permet d'interroger le mécanisme du bouc émissaire et la façon dont les communautés traitent ceux qui sont différents. La frontière entre le monde humain et le monde animal, entre la réalité et la légende, est constamment brouillée, donnant au film une dimension fabuliste qui enrichit sa lecture sociale. La transmission orale, les histoires qui circulent de bouche en bouche et qui définissent la réalité d'une communauté, est également au cœur du film. Wolf and Sheep est aussi un film sur l'enfance comme espace de liberté et de cruauté simultanées.
La fin du film refuse la résolution narrative conventionnelle pour s'achever sur une image qui synthétise toutes les tensions du récit : la frontière entre le village et la montagne, entre la communauté et ses marges, entre l'humain et le sauvage. Sediqa, qui a survécu à l'exclusion du groupe grâce à sa propre force intérieure, reste une figure ambiguë — ni tout à fait réintégrée, ni définitivement rejetée. Sadat choisit de laisser le monde qu'elle a filmé continuer d'exister au-delà de son regard, dans une conclusion qui célèbre la résistance tranquille des êtres face aux forces qui veulent les réduire au silence.
Wolf and Sheep (Gurg va Meysh en dari) est une expression qui renvoie à la fable universelle du loup et de l'agneau — le prédateur et sa proie, le fort et le faible, celui qui dévore et celui qui est dévoré. Dans le contexte du film, le titre invite à renverser les évidences : qui est vraiment le loup, qui est vraiment le mouton ? Les enfants qui gardent les troupeaux sont-ils plus innocents que les adultes qui les surveillent ? Sediqa, accusée de sorcellerie, est-elle le loup que tout le monde redoute ou la brebis que le groupe cherche à exclure ? Ce titre faussement simple ouvre sur un questionnement moral complexe que le film ne résoudra jamais totalement.
Shahrbanoo Sadat a confirmé après Wolf and Sheep son statut de réalisatrice à suivre de très près, en développant un second long métrage dans la continuité de son travail sur la mémoire afghane. La situation politique en Afghanistan depuis le retour des Talibans en 2021 donne à son cinéma une résonance douloureuse et urgente supplémentaire : les villages qu'elle a filmés, la liberté des enfants qu'elle a capturée, appartiennent à un monde qui a depuis brutalement changé. Son travail s'impose comme un document cinématographique précieux sur un Afghanistan qui résiste et qui crée, loin des représentations médiatiques dominantes.
Wolf and Sheep s'inscrit dans la tradition du cinéma d'Asie centrale et du Moyen-Orient qui utilise les enfants comme observateurs du monde adulte. Où est la maison de mon ami ? (1987) d'Abbas Kiarostami est la référence absolue de ce genre de cinéma délicat et contempletif. Kandahar (2001) de Mohsen Makhmalbaf offre une autre vision poétique de l'Afghanistan. The Kite Runner (2007) de Marc Forster explore lui aussi les blessures d'une enfance afghane. Osama (2003) de Siddiq Barmak, premier film afghan produit après la chute des Talibans, partage la même façon de filmer la résistance silencieuse d'un enfant face à l'ordre brutal du monde adulte. Capernaüm (2018) de Nadine Labaki rejoint ce cinéma du monde arabe qui place l'enfance au cœur de la critique sociale.