Élevée par sa mère célibataire qui travaille sans relâche comme serveuse, Wendy s'étiole dans un quotidien terne et dénué de magie. Un soir, alors qu'un train de marchandises passe devant sa fenêtre, elle aperçoit un mystérieux garçon courant sur le toit des wagons en mouvement. Sans hésiter, elle saute à bord avec ses deux frères jumeaux pour suivre ce garçon nommé Peter, direction une île fantastique où les enfants ne semblent jamais vieillir. Sur cette terre régie par une entité protectrice appelée Mère, Wendy va devoir affronter ses propres peurs de grandir pour sauver sa famille et l'esprit d'enfance qui anime l'île tout entière.
Wendy est une réinterprétation libre du roman Peter and Wendy de l'écrivain écossais J. M. Barrie, publié en 1911, racontée cette fois du point de vue du personnage de Wendy Darling. Le projet est annoncé dès août 2015, Benh Zeitlin devant écrire et réaliser le film huit ans après le succès de son premier long métrage, Les Bêtes du sud sauvage, présenté à Sundance en 2012. Le réalisateur coécrit le scénario avec sa sœur Eliza Zeitlin, avec qui il souhaite explorer les thématiques de l'exubérance de l'enfance et de l'émerveillement face à la découverte du monde. Les deux scénaristes expliquent s'être inspirés de leurs propres souvenirs de ces instants précis où l'on prend conscience de grandir, ces moments où cesser de croire à quelque chose suffit à le faire disparaître. Le film ancre son récit dans une Louisiane rurale contemporaine, prolongeant l'esthétique naturaliste et fantastique déjà développée dans Les Bêtes du sud sauvage. Pour construire l'univers complexe mêlant éléments naturels et fantastiques de l'île, Zeitlin et ses producteurs ont fait appel à une grande partie de l'équipe technique ayant collaboré sur son précédent film, retrouvant ainsi un esprit de troupe similaire. Fidèle à sa méthode de casting, Zeitlin a de nouveau recruté des interprètes non professionnels, démarchant écoles, maisons de quartier et églises de Louisiane pour dénicher ses jeunes acteurs, à l'image de la découverte de Devin France pour le rôle-titre. Le film a été présenté en sélection officielle au Festival de Sundance 2020 avant sa sortie en salles.
La critique a réservé un accueil partagé à Wendy, saluant l'ambition visuelle et poétique du film tout en pointant un scénario jugé parfois confus et mal maîtrisé dans sa seconde partie. Plusieurs observateurs ont particulièrement apprécié la beauté organique de la mise en scène de Benh Zeitlin, capable de capter la fougue et la soif de vivre de ses jeunes interprètes non professionnels. D'autres critiques ont estimé que le film peinait à retrouver la cohérence narrative des Bêtes du sud sauvage, jugeant certains développements de l'intrigue trop décousus. La presse a néanmoins salué l'audace de cette réinterprétation libre et personnelle du mythe de Peter Pan, loin des adaptations plus classiques du roman de J. M. Barrie.
Le public s'est montré partagé face au film, certains spectateurs saluant sa beauté visuelle et son onirisme assumé, d'autres regrettant un rythme jugé trop décousu pour pleinement convaincre. De nombreux spectateurs ont salué la performance remarquable des jeunes acteurs, en particulier Devin France dans le rôle-titre, découverte non professionnelle originaire de Louisiane. D'autres ont souligné que le film, malgré son casting enfantin, s'adressait davantage à un public adulte de par sa noirceur thématique par moments. Présenté en compétition à Sundance 2020, le film a connu une sortie en salles limitée par le contexte sanitaire mondial qui a suivi de peu sa présentation.
Inspirations du réalisateur : Benh Zeitlin et sa sœur Eliza Zeitlin ont voulu explorer, à travers cette réinterprétation de Peter Pan, ces instants précis de l'enfance où l'on prend conscience de grandir, s'appuyant sur leurs propres souvenirs de cette période charnière de la vie.
Difficultés de production : Zeitlin a de nouveau choisi de recruter des acteurs non professionnels pour incarner les enfants du film, une démarche exigeante qui a nécessité un démarchage important dans les écoles, maisons de quartier et églises de Louisiane pour dénicher des interprètes n'ayant jamais envisagé de passer une audition.
Anecdote sur une scène particulière : Devin France, choisie pour incarner le rôle-titre de Wendy, a été découverte en Louisiane par l'équipe de casting selon la même méthode ayant permis de révéler Quvenzhané Wallis pour Les Bêtes du sud sauvage.
Wendy explore la peur de grandir et la perte de l'innocence enfantine, thème central hérité du roman original de J. M. Barrie mais traité ici avec une dimension plus organique et sensorielle. Le film aborde également l'écologie et la protection de la nature, incarnée par l'entité maternelle et protectrice qui anime l'île fantastique du récit. La condition sociale et le poids du déterminisme sont aussi présents, à travers le personnage de Wendy qui refuse la trajectoire toute tracée que semble lui promettre son milieu d'origine. Le film célèbre enfin l'exubérance et la liberté propres à l'enfance, envisagées comme un état à préserver coûte que coûte face aux renoncements de l'âge adulte.
À la fin du film, Wendy et son frère Douglas choisissent de rentrer chez eux, ramenant avec eux leur cousin Thomas disparu depuis des années afin d'offrir enfin un apaisement à sa famille restée dans l'incertitude. James, le troisième enfant, choisit à l'inverse de rester sur l'île pour continuer à jouer éternellement aux côtés de Peter, devenu son nouvel ennemi de jeu dans la peau du Capitaine Crochet. Vingt-cinq ans plus tard, Wendy, devenue mère à son tour, se réveille pour découvrir sa propre fille Jane en train de grimper à bord d'un train en mouvement aux côtés de Peter, toujours inchangé par le temps, bouclant ainsi la boucle initiée par sa propre aventure d'enfance.
Le titre Wendy reprend simplement le prénom de l'héroïne du roman original de J. M. Barrie, mais son choix comme titre à part entière souligne le déplacement de perspective opéré par Benh Zeitlin, qui centre son récit sur ce personnage habituellement secondaire par rapport à Peter Pan. Ce choix narratif inverse la hiérarchie traditionnelle du conte, faisant de Wendy le véritable moteur de l'aventure plutôt qu'une simple accompagnatrice du héros masculin. Le titre annonce ainsi une relecture féministe et personnelle du mythe, où la peur de grandir et le désir d'aventure sont envisagés du point de vue de la jeune fille plutôt que de l'éternel enfant qu'est Peter.
Depuis Wendy, Benh Zeitlin a continué de développer de nouveaux projets cinématographiques, fidèle à son rythme de production lent mais exigeant. Le film reste comparé à d'autres adaptations de Peter Pan sorties dans la même période, notamment Peter Pan & Wendy produit par Disney quelques années plus tard. Wendy continue d'être discuté comme une tentative singulière et personnelle de réinvention d'un classique de la littérature jeunesse, davantage destinée à un public adulte que familial.
Les amateurs de Wendy pourront se tourner vers Les Bêtes du sud sauvage, précédent film de Benh Zeitlin partageant une esthétique et des thématiques très proches. Peter Pan de Disney ainsi que Hook de Steven Spielberg offrent des points de comparaison évidents en tant qu'adaptations plus classiques du même roman original. Beasts of No Nation évoque, dans un registre plus sombre, cette même exploration de l'enfance confrontée à des environnements extrêmes. Enfin, Where the Wild Things Are de Spike Jonze partage avec le film ce goût pour l'imaginaire enfantin traité avec une esthétique organique et sensorielle.