Dans une Amérique alternative de 1985 au bord du gouffre nucléaire, un groupe de justiciers masqués à la retraite se retrouve au cœur d'un complot meurtrier après l'assassinat de l'un des leurs. Entre paranoïa, désillusion et violence sourde, chacun va devoir affronter ses propres démons autant que la menace qui plane sur le monde. Rorschach, le plus intransigeant d'entre eux, refuse d'abandonner l'enquête et va mettre à jour une vérité qui dépasse tout ce qu'il pouvait imaginer. L'adaptation magistrale et sulfureuse du chef-d'œuvre de la bande dessinée mondiale.
Voir entrée 2376 — même film, Watchmen de Zack Snyder (2009). Ce film est l'adaptation du roman graphique d'Alan Moore et Dave Gibbons, un projet considéré pendant des décennies comme inadaptable au cinéma. Zack Snyder a relevé le défi après le succès de 300, en travaillant pendant plusieurs années à une transposition visuelle fidèle panel par panel. Le projet avait auparavant été développé par Terry Gilliam, Darren Aronofsky et Paul Greengrass, qui y avaient tous renoncé face à la complexité de l'œuvre. Alan Moore a refusé d'être associé au film et de toucher les droits. La production, portée par Warner Bros. et Paramount, a failli ne jamais voir le jour en raison d'un litige juridique de dernière minute sur les droits.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a divisé la critique : les uns ont salué la rigueur visuelle et la fidélité à l'esprit de l'œuvre originale, les autres ont reproché à Snyder de n'être qu'un "photocopieur" de génie, incapable de s'affranchir de la BD pour créer une œuvre cinématographique totalement autonome. La performance de Jackie Earle Haley en Rorschach a fait l'unanimité comme l'une des grandes compositions de l'année.
Réception du public : Avec 185 millions de dollars au box-office mondial pour 130 millions de budget, le film a été un demi-succès commercial. Les fans du roman graphique ont été largement satisfaits, tandis que le grand public a parfois été dérouté par la densité du récit et la noirceur du propos.
Récompenses obtenues : Watchmen n'a pas obtenu de récompenses majeures, mais a été salué dans plusieurs catégories techniques lors de prix spécialisés. La version director's cut, sortie en Blu-ray, est généralement considérée comme supérieure à la version cinéma.
Inspirations du réalisateur : Zack Snyder a utilisé le roman graphique comme storyboard littéral, reproduisant les compositions de cases dans ses cadrages. Il a collaboré étroitement avec Dave Gibbons pour s'assurer de la cohérence esthétique du film avec la BD.
Difficultés de production : Un litige entre Fox et Warner Bros. sur les droits du film a failli empêcher sa sortie jusqu'à la dernière minute. La reconstitution d'une Amérique années 80 alternative a mobilisé des moyens considérables en décors et effets numériques.
Anecdote sur une scène particulière : L'ouverture du film, une séquence muette de plusieurs minutes retraçant l'histoire alternative des États-Unis sur fond de The Times They Are A-Changin' de Bob Dylan, est unanimement citée comme l'une des introductions les plus impressionnantes du cinéma de super-héros.
Voir entrée 2376. Watchmen déconstruit le mythe du super-héros, interroge la légitimité du pouvoir, explore la morale absolue face au compromis, et médite sur la guerre froide et la menace nucléaire comme symptômes d'une civilisation à bout de souffle. La question "qui surveille les surveillants ?" traverse tout le film comme une obsession philosophique.
Ozymandias a orchestré un massacre à grande échelle pour éviter la guerre nucléaire entre les États-Unis et l'URSS, en faisant porter la responsabilité à Dr. Manhattan. Rorschach, refusant ce mensonge, est éliminé. Dr. Manhattan quitte la Terre. Le monde est sauvé au prix d'un mensonge colossal, et le journal de Rorschach — qui révèle tout — pourrait un jour tout faire éclater. Une fin sans héros, sans rédemption facile, seulement la complexité glaçante du réel.
"Watchmen" signifie "les gardiens", et renvoie à la célèbre question latine Quis custodiet ipsos custodes — "Qui surveille les surveillants ?" Cette interrogation est le moteur philosophique de toute l'œuvre d'Alan Moore, et le titre la résume avec une économie de mots parfaite.
La bande originale de Watchmen, composée par Tyler Bates, se distingue par l'utilisation audacieuse de titres emblématiques de la pop et du rock américains — The Sound of Silence, All Along the Watchtower, Hallelujah — confrontés à des images de violence ou de désillusion pour créer un effet d'ironie et d'émotion particulièrement puissant. Ce choix musical est l'une des signatures stylistiques les plus remarquées et les plus discutées du film.
La série Watchmen produite par HBO en 2019, créée par Damon Lindelof, a relancé l'intérêt pour l'univers de Moore et Gibbons. En 2021, Zack Snyder a proposé une version longue et remontée de son film. Le roman graphique original continue d'être enseigné dans les facultés de lettres et de cinéma comme un chef-d'œuvre absolu du médium.