Wardi, une fillette palestinienne de onze ans, grandit dans le camp de réfugiés de Bourj el-Barajneh, au Liban, où elle est née. Son arrière-grand-père Sidi, l'un des premiers habitants du camp après avoir été chassé de son village de Galilée en 1948, lui confie un jour la clé de son ancienne maison. Bouleversée par la peur que Sidi ait perdu tout espoir de retour, Wardi part interroger les membres de sa famille pour reconstituer leur histoire commune. À travers les souvenirs de son grand-père Lutfi et de son mystérieux oncle surnommé le Pigeon Boy, elle redonne peu à peu un sens à l'exil et à l'espoir familial.
Le projet de Wardi prend racine dans l'histoire personnelle de son réalisateur norvégien Mats Grorud, dont la mère a travaillé comme infirmière dans des camps de réfugiés au Liban durant les années 1980. Enfant, il a grandi en entendant les récits de cette guerre et la promesse familiale de se rendre un jour ensemble sur place. Devenu adulte, Grorud a lui-même séjourné à plusieurs reprises dans le camp de Bourj el-Barajneh, à Beyrouth, où il a enseigné l'anglais et l'animation aux enfants réfugiés. C'est en recueillant les témoignages de ses amis et de leurs familles qu'il a peu à peu imaginé la trame de son film. Il a d'abord envisagé un simple court métrage documentaire avant de se rendre compte que l'ampleur du sujet appelait un long métrage de fiction animée. La rencontre avec le producteur norvégien Frode Søbstad, en 2010, a permis au projet de prendre une forme concrète. Les personnages de Wardi et de Sidi s'inspirent directement d'une amie du réalisateur, Hanan Bairakji, et de la relation qu'elle entretenait avec son propre grand-père. Certaines répliques du film reprennent mot pour mot des propos recueillis lors des entretiens, tandis que d'autres scènes s'inspirent librement de témoignages oraux et de documents d'archives sur l'exil palestinien. Grorud a voulu éviter de livrer un simple documentaire de plus sur la question palestinienne, préférant une œuvre sensible, optimiste et empreinte d'humour malgré la gravité du sujet.
À sa sortie, Wardi a été salué par la critique française pour la délicatesse avec laquelle il aborde la question des réfugiés palestiniens sans jamais tomber dans le didactisme. Les journalistes ont particulièrement apprécié le mélange de techniques d'animation, entre marionnettes en volume pour le présent et dessin en 2D pour les flash-back, jugé à la fois original et cohérent avec le récit. Plusieurs critiques ont souligné la justesse du regard porté sur l'enfance et la transmission intergénérationnelle de la mémoire familiale. Le film a également été loué pour son refus de tout manichéisme politique, préférant montrer des vies quotidiennes plutôt que des postures idéologiques. Certains observateurs ont toutefois regretté un rythme parfois lent pour un public jeune, tout en reconnaissant la profondeur émotionnelle de l'ensemble.
Le public s'est montré sensible à l'histoire de Wardi, en particulier lors des nombreuses avant-premières organisées en France avec la présence du réalisateur. Les spectateurs ont souvent souligné la force émotionnelle du lien entre Wardi et son arrière-grand-père Sidi. Le film a trouvé un écho particulier auprès des enseignants et des associations, qui l'ont utilisé comme support pédagogique pour aborder l'histoire du conflit israélo-palestinien avec de jeunes publics. Diffusé dans de nombreux festivals et séances scolaires, il a bénéficié d'un bouche-à-oreille favorable malgré une sortie relativement discrète en salles. Sur les plateformes d'avis, les spectateurs lui attribuent des notes globalement élevées, saluant sa sincérité et son émotion.
Wardi a été distingué au Festival international du film pour enfants de Chicago en 2018, où il a reçu le prix Lil Ullmann pour la Paix ainsi que le second prix du meilleur long métrage d'animation. Il a également été récompensé aux Emile Awards 2018 pour son design sonore, salué pour son travail sur l'ambiance sonore des camps de réfugiés. Le film a par ailleurs été sélectionné hors compétition au Festival international du film d'animation d'Annecy 2018, une reconnaissance importante dans le milieu de l'animation. Il a également circulé dans plusieurs festivals à vocation sociale et politique, comme le festival War on Screen ou les Rencontres Résistances de Thônes et Annecy.
Mats Grorud s'est directement inspiré de son expérience de terrain : il a enseigné l'anglais et l'animation dans le camp de Bourj el-Barajneh alors qu'il était étudiant à l'université américaine de Beyrouth, et c'est de ces rencontres qu'est née l'idée du film. Les personnages principaux, notamment Wardi et Sidi, sont inspirés d'une amie proche du réalisateur, Hanan Bairakji, et de son grand-père aujourd'hui décédé.
Le tournage et la fabrication du film ont nécessité de combiner deux techniques d'animation très différentes au sein du studio Foliascope à Bourg-lès-Valence : l'animation en volume avec marionnettes pour les scènes au présent, et le dessin 2D pour les flash-back, ce qui a demandé une coordination complexe entre plusieurs équipes spécialisées. Cette double technique a nécessité de faire appel à deux réalisateurs spécialisés en plus de Mats Grorud : Pierre-Luc Granjon pour la supervision de l'animation en volume, et Hefang Wei pour celle des séquences en 2D.
Pour ancrer le récit dans une réalité tangible, l'équipe a intégré des photographies documentaires aux côtés des séquences animées, une manière de rappeler que les événements évoqués sont enracinés dans une histoire réelle. Les voix des personnages ont été confiées à des interprètes d'origines diverses, dont Aïssa Maïga et Pauline Ziadé, afin de restituer une pluralité d'accents et de sensibilités proches du monde réel du camp.
Wardi explore avant tout la question de l'exil et de la mémoire transmise de génération en génération au sein d'une famille de réfugiés palestiniens. Le film interroge la notion d'identité pour des enfants nés en exil, qui grandissent avec le récit d'un pays qu'ils n'ont jamais connu. La transmission orale, à travers les récits des aînés, y est présentée comme un moyen de préserver une histoire menacée d'oubli. Le film aborde aussi la question de l'espoir, incarné par la clé que Sidi confie à Wardi, symbole d'un retour toujours espéré mais sans cesse reporté. Il traite également de la résilience collective d'une communauté confrontée à des conditions de vie précaires dans les camps. Enfin, Wardi met en lumière les liens intergénérationnels et la manière dont chaque génération réinterprète le traumatisme initial de l'exode de 1948.
Vers la fin du film, Wardi comprend que la clé offerte par Sidi n'est pas un signe de désespoir mais un symbole qu'elle doit porter à son tour, celui de la mémoire familiale et de l'espoir de retour. Plutôt que de suivre son arrière-grand-père dans un renoncement apparent, elle choisit de transformer cette clé en promesse pour l'avenir, incarnant ainsi la relève d'une génération à l'autre. Le film se termine sur une note résolument optimiste, suggérant que la mémoire, tant qu'elle est transmise et vivante, empêche l'exil de devenir un oubli définitif.
Wardi signifie « ma rose » en arabe, un prénom doux qui contraste avec la dureté du contexte dans lequel évolue l'héroïne. Ce choix de titre souligne la fragilité et la beauté de l'enfance au milieu d'un environnement marqué par l'exil et la précarité. Le titre international du film, The Tower (Tårnet en norvégien), fait quant à lui référence à l'immeuble du camp de réfugiés où vit la famille de Wardi, véritable tour de mémoire empilant les générations.
Les spectateurs séduits par Wardi peuvent se tourner vers Valse avec Bachir, film d'animation israélien qui aborde lui aussi la guerre du Liban à travers un prisme personnel et mémoriel. Persépolis, adaptation animée du parcours d'une jeune Iranienne pendant la révolution, partage également cette approche intime de l'Histoire. Josep, film d'animation consacré à l'exil des réfugiés espagnols après la guerre civile, prolonge une réflexion similaire sur la mémoire et le déracinement.