Michael, Nick et Steven sont trois ouvriers sidérurgistes de Pennsylvanie issus de la communauté russo-américaine. Après avoir célébré le mariage de Steven et une dernière partie de chasse au cerf dans les montagnes, ils s'engagent ensemble pour aller combattre au Vietnam. Sur place, la réalité cauchemardesque de la guerre les rattrape lorsqu'ils sont capturés par le Vietcong. Forcés de jouer à la roulette russe par leurs geôliers, ils parviennent à s'échapper, mais l'expérience les brise psychologiquement de manière irréversible. De retour au pays, Michael tente de reconstruire sa vie tout en retournant chercher Nick, resté bloqué dans l'enfer des tripots de Saïgon.
Le scénario est né de la fusion entre un script existant intitulé The Man Who Came to Play, qui traitait de joueurs de roulette russe à Las Vegas, et de la volonté de Cimino de réaliser le grand film sur le traumatisme de la guerre du Vietnam. L'idée originelle était de montrer l'impact destructeur du conflit sur le tissu social et humain d'une petite communauté ouvrière américaine très soudée. Le réalisateur a puisé son inspiration dans sa vision tragique du déclin du rêve américain et de la perte de l'innocence collective. Le studio EMI Films a accepté de financer cette fresque monumentale malgré les risques politiques évidents à l'époque.
La critique professionnelle américaine a immédiatement crié au chef-d'œuvre absolu, qualifiant le film de jalon historique comparable à Autant en emporte le vent pour sa puissance dramatique. L'interprétation de Robert De Niro et la révélation de Christopher Walken ont été saluées par des louanges dithyrambiques à travers le pays. La mise en scène ample et lyrique de Michael Cimino a assis sa réputation de génie visuel flamboyant. Le grand public a été profondément secoué par la noirceur du récit et le réalisme insoutenable des séquences de captivité au Vietnam. Le film a agi comme une immense catharsis nationale pour une Amérique qui n'avait pas encore pansé ses blessures de guerre. Les recettes au box-office ont été colossales, transformant le film en un véritable phénomène de société mondial. Lors de la prestigieuse cérémonie des Oscars 1979, le film a triomphé en remportant cinq statuettes majeures. Il a décroché l'Oscar du Meilleur Film, celui du Meilleur Réalisateur pour Michael Cimino, ainsi que celui du Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour Christopher Walken.
Michael Cimino a exigé un réalisme total sur le plateau, poussant les acteurs à tourner dans de véritables cages immergées dans l'eau pour les scènes de prisonniers de guerre. La célèbre séquence de la roulette russe a été tournée avec de vrais rats et de la véritable boue pour accentuer la terreur panique des personnages à l'écran. Les gifles administrées par les geôliers vietcongs pendant les parties de roulette russe étaient réelles, prises de court, ce qui explique les réactions d'effroi authentiques de Robert De Niro. Le tournage fut la toute dernière apparition à l'écran du génial comédien John Cazale, qui était atteint d'un cancer en phase terminale et est décédé juste après la fin des prises de vue.
Le film traite en profondeur de l'amitié masculine indéfectible mise à l'épreuve de la barbarie technologique moderne. Il explore le syndrome de stress post-traumatique et l'impossibilité absolue de se réintégrer dans la vie civile après avoir frôlé le néant. La métaphore de la chasse au cerf illustre le respect de la vie face à la gratuité de la mort industrielle.
La fin tragique voit Michael tenter d'arracher Nick à ses démons à Saïgon lors d'une ultime partie de roulette russe payante, mais Nick, le regard vide, se tire une balle dans la tête sous les yeux de son ami. De retour en Pennsylvanie après l'enterrement, le groupe d'amis brisés se réunit dans leur bar habituel pour chanter doucement God Bless America. Cette conclusion douce-amère montre une communauté meurtrie qui tente de se raccrocher à son identité patriotique pour survivre au deuil absolu.
Le titre français évoque la descente aux enfers psychologique et physique des protagonistes, un voyage dont on ne revient jamais vraiment intact. Le titre original, The Deer Hunter (Le Chasseur de cerfs), souligne le contraste entre la pureté de la nature sauvage et la dégradation de l'homme à la guerre.
La bande originale de Stanley Myers est devenue mythique grâce au morceau Cavatina joué à la guitare classique par John Williams, une mélodie d'une mélancolie déchirante qui apporte une immense douceur poétique au film.
Le long-métrage est classé parmi les cent meilleurs films américains de tous les temps par l'American Film Institute et continue d'influencer les cinéastes contemporains.
Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Platoon de Oliver Stone, Apocalypse 2023.