Un couple de vieux parents d'une petite ville côtière décide d'entreprendre un long voyage pour rendre visite à leurs enfants installés à Tokyo. Une fois sur place, ils constatent que leurs enfants, absorbés par leur vie quotidienne et leurs soucis professionnels, n'ont pas de temps à leur consacrer. Seule leur belle-fille Noriko, veuve de leur fils disparu à la guerre, leur témoigne une véritable affection. Ce voyage met en lumière le fossé grandissant qui sépare les générations dans un Japon en reconstruction.
Le cinéaste Yasujirô Ozu s'est inspiré du film américain 'Place aux jeunes' de Leo McCarey pour construire la structure narrative de son œuvre majeure. L'idée originelle était de dépeindre avec réalisme et retenue l'effondrement de la structure familiale traditionnelle japonaise après la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas une histoire vraie, mais une observation sociologique fine des mutations de la société de son époque. L'inspiration est venue de sa propre expérience du vieillissement et de ses réflexions sur les relations intergénérationnelles.
À sa sortie au Japon, le long-métrage a été salué par la critique nationale pour sa profondeur philosophique et sa maîtrise technique parfaite. À l'international, les critiques ont découvert le film plus tard, le qualifiant de chef-d'œuvre intemporel du cinéma mondial pour son universalité émotionnelle. Le public contemporain a été profondément ému par la justesse de cette tragédie du quotidien qui résonne en chacun. Le film est aujourd'hui considéré par les plus grands réalisateurs comme une œuvre fondamentale et apparaît constamment au sommet des classements des meilleurs films. Bien qu'il n'ait pas reçu de prix hollywoodiens à l'époque, son héritage critique est immense.
L'inspiration de la mise en scène repose sur l'utilisation emblématique du 'tatami shot', où la caméra est placée au niveau du sol. Les difficultés de production étaient liées aux contraintes imposées par les studios pour tourner dans un Tokyo encore marqué par les séquelles de la guerre. Pour la scène particulière des adieux à la gare, la sobriété des acteurs cache une charge émotionnelle extraordinaire voulue par le metteur en scène. Le casting initialement prévu comprenait les acteurs fétiches d'Ozu, assurant une parfaite osmose et une fluidité totale durant les semaines de tournage.
Le film traite du vieillissement, de la solitude des personnes âgées et de l'ingratitude involontaire des enfants submergés par la vie moderne. Il aborde la transition douloureuse entre les traditions ancestrales et l'individualisme occidental galopant de l'après-guerre. La résignation face au temps qui passe et l'acceptation de la mort y sont également centrales.
La fin du film voit le retour des parents chez eux, suivi peu après par le décès soudain de la mère. Les enfants se réunissent pour les funérailles avant de repartir rapidement à leurs occupations professionnelles, laissant le vieux père affronter une solitude définitive. La conversation finale avec Noriko souligne la beauté de la bonté humaine gratuite au milieu de l'indifférence générale.
Le titre évoque la destination géographique qui sert de révélateur aux tensions familiales et symbolise la modernité destructrice des liens affectifs traditionnels.
Le long-métrage bénéficie de projections régulières dans les cinémathèques mondiales et reste un pilier des cours d'analyse cinématographique.
Le Fils unique de Yasujirô Ozu, Une histoire de Tokyo, Make Way for Tomorrow de Leo McCarey.