Mireille Bertillet, jeune juge de province menant une existence tranquille, est mutée de manière inattendue au Palais de Justice de Paris. Elle y hérite d'un dossier explosif impliquant de hautes personnalités politiques et religieuses, dans la continuité des affaires laissées par son prédécesseur emprisonné pour corruption. Séduite et manipulée par Castellin, un homme de l'ombre au service du procureur, elle se retrouve prise au piège d'un système bien plus vaste qu'elle ne l'imaginait. Bouleversée par cette trahison sentimentale, elle décide malgré tout de poursuivre son combat contre la corruption, au péril de sa carrière et de sa sécurité.
Vidange s'inscrit dans la veine satirique et politique chère à Jean-Pierre Mocky, réalisateur habitué à dénoncer avec férocité la corruption des institutions françaises. Le scénario, coécrit avec Michel Grisolia et André Ruellan, prolonge une thématique récurrente dans l'œuvre du cinéaste, celle de la justice gangrenée par les intérêts politiques et religieux. Mocky, également producteur et distributeur de ses propres films depuis les années 1990, a conçu ce projet avec une grande liberté créative, loin des contraintes des grands studios. Le personnage de la jeune juge intègre, confrontée à un système corrompu, permet au réalisateur de poursuivre sa critique constante des élites et du pouvoir. Le titre provocateur, Vidange, illustre bien l'esprit polémique et la volonté de choquer qui caractérisent l'ensemble de la filmographie du cinéaste. Mocky, fidèle à ses habitudes, a lui-même interprété l'un des rôles principaux du film, celui de l'inquiétant Castellin.
La critique a souligné, comme souvent avec les films de Jean-Pierre Mocky, la virulence de son propos contre le pouvoir politique, économique et religieux. Certains observateurs ont salué l'audace des dialogues, particulièrement caustiques sur les malversations touchant la justice et le monde politique. D'autres critiques se sont montrées plus réservées, regrettant un scénario jugé un peu léger et un classicisme narratif qui tranche avec la radicalité du propos. Dans l'ensemble, la presse a reconnu en Mocky un cinéaste singulier, capable de mêler comédie et dénonciation sociale avec une grande liberté de ton.
Le public a réservé un accueil plus discret à ce film, comme c'est souvent le cas pour les productions de Jean-Pierre Mocky durant cette période de sa carrière. Le cinéaste, devenu progressivement une figure underground du cinéma français, conservait néanmoins un noyau de spectateurs fidèles attachés à son univers si particulier. Les amateurs de comédies dramatiques mordantes ont apprécié la verve satirique du film, malgré une exploitation en salles limitée.
Vidange n'a pas fait l'objet de récompenses notables lors de sa sortie, s'inscrivant dans une période où le cinéma de Jean-Pierre Mocky peinait à obtenir la reconnaissance institutionnelle qu'il avait connue lors de ses grands succès des décennies précédentes. Le réalisateur recevra cependant, plus tard dans sa carrière, plusieurs prix honorifiques saluant l'ensemble de son œuvre singulière et prolifique.
Jean-Pierre Mocky puise dans son inépuisable défiance envers les institutions pour construire ce récit de corruption judiciaire, poursuivant une veine satirique qui traverse l'essentiel de sa filmographie depuis ses débuts.
Le tournage a connu plusieurs rebondissements dans le choix de la distribution, l'actrice initialement envisagée pour le rôle principal, Isabelle Huppert, ayant dû renoncer au projet en raison d'une grossesse, et le partenaire masculin qu'elle avait exigé, Gérard Lanvin, ayant lui-même refusé de tourner avec Mocky.
L'acteur Roger Knobelspiess, connu pour son passé judiciaire mouvementé et ses écrits sur les conditions de détention, apparaît dans le film en hommage à Jules Berry, se composant volontairement le visage du célèbre acteur du cinéma français d'avant-guerre.
Le rôle principal féminin devait initialement revenir à Isabelle Huppert, qui avait rencontré Mocky par l'intermédiaire de Michel Serrault, mais sa grossesse au moment du tournage a conduit à son remplacement par Marianne Basler.
Vidange s'attaque frontalement à la corruption des sphères politiques, religieuses et judiciaires françaises, thème récurrent et central dans l'œuvre de Jean-Pierre Mocky. Le film interroge l'intégrité individuelle face à un système gangrené, à travers le parcours de la jeune juge confrontée à la réalité du pouvoir. La manipulation sentimentale, utilisée comme arme politique pour neutraliser une menace, occupe également une place importante dans le récit. Le film questionne aussi la solitude de celles et ceux qui tentent de résister à la corruption généralisée des institutions. La satire sociale, teintée d'un humour noir caustique, permet à Mocky de dénoncer sans détour les compromissions du pouvoir. Enfin, le film s'inscrit dans une critique plus large de la place des femmes dans des institutions encore largement dominées par les hommes.
Mireille Bertillet, bouleversée par la trahison de Castellin qui l'a manipulée pour l'éloigner de son enquête, choisit malgré tout de poursuivre son travail de magistrate au péril de sa vie. Le film se conclut sur cette détermination farouche de la jeune juge à ne pas céder face aux pressions exercées par les puissants qu'elle cherche à confondre. Cette fin ouverte, typique du cinéma de Mocky, n'offre pas de résolution définitive au combat entamé par l'héroïne contre la corruption. Elle souligne plutôt la persistance du système corrompu, suggérant que la lutte de Mireille est loin d'être terminée. Le réalisateur choisit ainsi de ne pas offrir de dénouement facile, préférant laisser planer une forme d'inquiétude sur l'issue réelle de ce combat inégal. Cette conclusion en demi-teinte s'inscrit dans la logique satirique et pessimiste qui traverse l'ensemble de la filmographie de Mocky.
Le titre Vidange, terme trivial emprunté au vocabulaire mécanique, fonctionne comme une métaphore crue de l'assainissement nécessaire des institutions françaises rongées par la corruption. Il évoque l'idée d'un nettoyage en profondeur, à l'image de celui que la jeune juge tente d'entreprendre au sein du système judiciaire et politique. Ce choix de titre provocateur et volontairement dévalorisant est typique de l'esprit iconoclaste de Jean-Pierre Mocky, qui affectionne les titres décalés pour ses œuvres. Il traduit également le mépris du réalisateur envers les élites qu'il dépeint comme un mécanisme corrompu nécessitant une purge radicale.
Les spectateurs intéressés par la satire politique et judiciaire apprécieront Y a-t-il un Français dans la salle ?, autre œuvre emblématique de Jean-Pierre Mocky s'attaquant à la corruption des médias et de la police. Le Piège à cons, également signé Mocky, partage cette même verve satirique contre les institutions françaises. L'Ibis rouge, film noir teinté d'humour du même réalisateur, offre une atmosphère comparable de cynisme et de dénonciation sociale. Les films de Claude Chabrol consacrés à la bourgeoisie provinciale et à ses secrets partagent également cette volonté de mettre à nu les hypocrisies du pouvoir.