Vers 1860, pendant l'expédition française au Mexique, Louis, jeune photographe français, parvient à convaincre un général de l'armée de l'envoyer sur place afin d'immortaliser en images les combats de cette guerre coloniale. Une fois arrivé sur le terrain, Louis se retrouve perdu, seul et toujours à contretemps, incapable de localiser les affrontements et de prendre le moindre cliché malgré son matériel photographique aussi précieux qu'encombrant. Sa rencontre avec Pinto, un paysan mexicain à qui il va lier son destin, va progressivement le conduire non pas vers la gloire ou la fortune espérées, mais vers un moyen inattendu d'affronter les fantômes de son propre passé.
Vers la bataille est le premier long métrage de fiction d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux, cinéaste passionné de photographie qui a voulu explorer à travers ce récit les débuts balbutiants de cette technique naissante, à une époque où son utilisation demeurait extrêmement contraignante : temps de pose considérablement long, besoin impératif de lumière abondante, matériel lourd et encombrant à transporter. Le réalisateur explique avoir découvert, en rédigeant son scénario avec le coscénariste Olivier Demangel, de nombreux détails techniques et historiques méconnus sur cette période pionnière de la photographie de guerre. Pour construire l'atmosphère onirique et le rapport sensoriel à la mort qui traverse le film, Aurélien Vernhes-Lermusiaux cite parmi ses influences le film Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog, ainsi que des éléments humanistes puisés chez le dramaturge belge Maurice Maeterlinck. Il évoque également Dersu Uzala d'Akira Kurosawa et La Dernière Piste de Kelly Reichardt comme sources d'inspiration pour le motif du guide accompagnant un protagoniste étranger perdu dans un territoire inconnu. Le film, tourné en 2018-2019, a connu un parcours de sortie retardé par la crise sanitaire, n'arrivant en salles françaises qu'en mai 2021.
Les critiques ont salué Vers la bataille comme un premier film ambitieux et singulier, évitant délibérément les codes du film de guerre spectaculaire que son titre pourrait laisser présager pour privilégier un récit intimiste sur l'itinéraire intérieur d'un homme à la poursuite d'une obsession. Plusieurs observateurs ont souligné l'onirisme visuel du film, ses images comparées au style pictural de Salvador Dalí, ainsi que la thématique du deuil qui traverse discrètement l'ensemble du récit. Le rapprochement avec Dead Man de Jim Jarmusch a été fait par plusieurs critiques, saluant cette même approche contemplative et décalée du western et du récit initiatique. Le public a réservé un accueil confidentiel mais enthousiaste à ce premier film, découvert notamment grâce aux critiques élogieuses de l'émission Le Masque et la Plume, qui ont contribué à orienter vers lui un public plus large que ne l'aurait laissé présager sa sortie limitée en salles. Les spectateurs ont particulièrement apprécié le dépaysement offert par ce récit situé au Mexique du dix-neuvième siècle, loin des productions historiques françaises plus conventionnelles. Vers la bataille a été élu meilleur premier film lors du Prix Louis-Delluc 2021, une reconnaissance critique majeure pour ce coup d'essai d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux.
Aurélien Vernhes-Lermusiaux, passionné de photographie, s'est fortement inspiré d'Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog pour construire l'atmosphère hallucinée et le rapport à la démesure de son film, tout en puisant également dans l'œuvre du dramaturge Maurice Maeterlinck pour sa réflexion sur le tragique du quotidien et le rapport sensoriel à la mort. Le réalisateur cite également Dersu Uzala d'Akira Kurosawa et La Dernière Piste de Kelly Reichardt comme influences déterminantes pour construire la relation entre son personnage principal, étranger perdu, et le guide local qui l'accompagne dans son périple. Le tournage s'est déroulé en grande partie en Colombie, pays coproducteur du film aux côtés de la France, permettant de recréer de façon crédible les paysages mexicains du dix-neuvième siècle nécessaires au récit.
Vers la bataille explore les débuts de la photographie de guerre et les contraintes techniques considérables qui pesaient sur cette pratique naissante à une époque où capturer une image relevait encore de l'exploit logistique. Le film interroge également le deuil et la manière dont un homme peut chercher, à travers une quête professionnelle en apparence lointaine, à affronter indirectement ses propres blessures intimes non résolues. La rencontre entre deux cultures, française et mexicaine, incarnée par la relation entre Louis et Pinto, occupe une place centrale dans le récit, questionnant les rapports de domination coloniale de l'époque. Le film aborde enfin la désillusion face aux idéaux de gloire et de réussite, Louis découvrant que ce qu'il cherchait initialement n'était pas ce dont il avait réellement besoin.
Le titre Vers la bataille évoque littéralement la quête vaine de Louis, parti au Mexique dans l'espoir de photographier des combats qu'il ne parvient jamais véritablement à localiser ni à immortaliser. Ce titre, qui pourrait à première vue annoncer un film de guerre spectaculaire, prend en réalité une dimension ironique et introspective, la véritable bataille du film se jouant moins sur le terrain militaire que dans le cheminement intérieur du personnage confronté à son propre passé.
Vers la bataille a été récompensé du prix du meilleur premier film lors du Prix Louis-Delluc 2021, une distinction qui a confirmé Aurélien Vernhes-Lermusiaux comme une voix singulière et prometteuse du jeune cinéma d'auteur français. Le film a également fait l'objet d'une édition en DVD chez Rezo Films à l'automne 2021.
Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog, référence explicitement revendiquée par le réalisateur pour l'atmosphère hallucinée de son film, constitue le point de comparaison le plus évident pour situer Vers la bataille. Dead Man de Jim Jarmusch, western onirique en noir et blanc suivant un protagoniste égaré accompagné d'un guide autochtone, partage avec le film d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux cette même approche contemplative et décalée du genre. La Dernière Piste de Kelly Reichardt, également citée comme influence par le réalisateur, offre une parenté de ton dans son exploration de l'égarement et de la survie en territoire hostile.