David Aames est un jeune et richissime éditeur new-yorkais à qui tout sourit, menant une existence insouciante, superficielle et jalonnée de conquêtes amoureuses éphémères. Sa vie bascule radicalement le soir de son anniversaire lorsqu'il tombe éperdument amoureux de Sofia, la nouvelle compagne de son meilleur ami. Jalouse et désespérée, son ancienne maîtresse Julie l'entraîne dans un terrible accident de voiture volontaire où elle trouve la mort et laisse David horriblement défiguré au visage. Alors qu'il tente de reconstruire sa vie grâce à une opération chirurgicale miracle et à l'amour de Sofia, la réalité commence doucement à se fissurer autour de lui, le plongeant dans un cauchemar éveillé psychologique.
Ce thriller psychologique et onirique est le remake américain officiel du chef-d'œuvre espagnol "Ouvre les yeux" (Abre los ojos) réalisé par Alejandro Amenábar en 1997. L'idée originelle de transposer cette intrigue mystérieuse à New York est née de la fascination immédiate de Tom Cruise, qui a découvert le film ibérique lors d'une projection privée et en a acheté les droits d'adaptation dans la foulée pour le produire. Cruise a proposé la réalisation à son ami Cameron Crowe, un cinéaste plutôt habitué aux drames romantiques réalistes comme "Jerry Maguire", pour apporter une sensibilité émotionnelle unique à ce récit fantastique. L'inspiration du réalisateur est venue de sa volonté de livrer une critique acide de la culture de l'image, de la jeunesse éternelle et du narcissisme de la haute société américaine du début des années 2000. Le script a été enrichi de nombreuses références à la culture pop, à l'art pictural de Claude Monet et à la musique rock pour refléter l'esprit branché du héros. L'inspiration visuelle s'est nourrie du désir de transformer Manhattan en un labyrinthe mental vertigineux où le rêve et la réalité fusionnent sans cesse.
Résumé des critiques professionnelles : À sa sortie dans les salles de cinéma en décembre 2001, la critique internationale s'est montrée particulièrement divisée et intriguée face à cette proposition cinématographique audacieuse. Certains journalistes ont salué l'ambition visuelle du film, la complexité de son scénario à tiroirs et la performance habitée de Tom Cruise qui osait enlaidir son image de sex-symbol planétaire. La critique a également applaudi le magnétisme de Penélope Cruz, qui reprenait brillamment le rôle qu'elle tenait déjà dans la version espagnole d'origine. Quelques critiques plus sévères ont cependant reproché au film un style trop alambiqué, prétentieux et moins percutant que le chef-d'œuvre initial d'Amenábar.
Réception du public : Le public a accueilli le long-métrage avec une curiosité immense, dérouté mais fasciné par la tournure fantastique et psychologique du récit qui rompait avec les rôles d'action habituels de Tom Cruise. Les spectateurs ont été marqués par les scènes mémorables de solitude urbaine et par l'atmosphère mélancolique renforcée par une sélection musicale culte. Le twist final a suscité d'intenses débats passionnés à la sortie des salles, les cinéphiles cherchant à décoder chaque indice visuel disséminé dans le film. Le long-métrage a rencontré un grand succès commercial, accumulant plus de 202 millions de dollars de recettes de billetterie mondiales.
Récompenses obtenues : Le film a été mis à l'honneur lors de la saison des prix cinématographiques, notamment pour sa bande originale et sa chanson phare écrite par Paul McCartney, qui a décroché une nomination à l'Oscar de la meilleure chanson originale en 2002. Le long-métrage a également reçu plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Saturn Awards pour la performance de Cameron Diaz en amante éconduite et jalouse. Les maquilleurs professionnels ont également été salués par l'industrie pour le réalisme saisissant des prothèses faciales portées par Tom Cruise durant une grande partie de la production.
Inspirations du réalisateur : Cameron Crowe s'est inspiré de la pochette de l'album culte de Bob Dylan "The Freewheelin' Bob Dylan" pour filmer la scène romantique où David et Sofia marchent ensemble dans les rues enneigées de New York. Il a également parsemé le film de détails picturaux rappelant les ciels de Claude Monet pour signifier discrètement la nature artificielle du monde entourant le héros.
Difficultés de production : Le tournage de la célèbre et spectaculaire séquence d'ouverture où Tom Cruise court absolument seul au milieu de Times Square a représenté un défi logistique et matériel sans précédent dans l'histoire de la ville. La production a obtenu l'autorisation exceptionnelle de boucler l'intégralité du quartier le plus fréquenté de Manhattan un dimanche matin de l'aube pendant une fenêtre très serrée de trois heures seulement. Les équipes de sécurité ont dû bloquer des milliers de badauds et de touristes pour qu'aucun passant ni aucune voiture n'apparaissent dans le champ de la caméra, offrant une vision de ville fantôme saisissante. Pour le rôle de David défiguré, Tom Cruise a dû passer plus de quatre heures quotidiennes sur la chaise de maquillage pour l'application des prothèses en latex inconfortables. De plus, Penélope Cruz a confié avoir éprouvé d'importantes difficultés émotionnelles à rejouer les mêmes scènes exactes que dans le film original espagnol mais dans une langue et une ambiance hollywoodienne totalement différentes.
Anecdote sur une scène particulière : La scène oppressante où David Aames fait une crise de panique en plein milieu d'une boîte de nuit branchée, voyant les visages de Sofia et de Julie s'intervertir mystérieusement, a été tournée sous des stroboscopes violents pour accentuer le malaise psychologique. Le réalisateur a demandé à Tom Cruise d'improviser sa gestuelle de détresse physique, ce qui a donné lieu à une performance brute qui a scotché l'équipe technique présente sur le plateau de tournage. Cameron Diaz a dû tourner ses scènes de harcèlement obsessionnel en poussant sa voix dans des retranchements hystériques qui l'ont laissée épuisée à la fin de la journée de production. Cette séquence de boîte reste l'une des clés de lecture les plus intenses du long-métrage.
Casting initialement prévu : Le projet s'étant développé autour de la volonté farouche de Tom Cruise, son implication en tant qu'acteur principal était scellée dès l'achat des droits américains. Pour le personnage de Sofia Serrano, Cameron Crowe refusait d'engager une autre comédienne que Penélope Cruz, estimant qu'elle possédait le charme poétique unique indispensable pour incarner la muse idéale du récit. Le rôle du psychologue bienveillant de la prison a été confié à Kurt Russell après que les producteurs ont cherché un acteur d'expérience capable d'apporter une autorité paternelle et rassurante face au héros masqué.
Le film explore en profondeur la frontière floue entre le rêve lucide et la réalité vécue, la quête obsessionnelle de la jeunesse éternelle par le biais de la cryogénie technologique et la superficialité des rapports humains basés sur l'image physique. Il aborde le poids dévorant de la culpabilité inconsciente, la rédemption amoureuse spirituelle et la notion de choix existentiel au travers de la formule clé selon laquelle chaque minute qui passe est une occasion de changer le cours de sa vie.
Le dénouement vertigineux révèle que la réalité de David s'est arrêtée le jour de sa tentative de suicide suite à l'accident : plongé dans un sommeil cryogénique par la société "Life Extension", il vit un rêve lucide informatique qui a viré au cauchemar à cause d'un bug de son subconscient coupable. Le technicien du support technique lui apparaît au sommet d'un gratte-ciel virtuel pour lui offrir un choix ultime : retourner dans son rêve parfait corrigé ou se réveiller dans le monde réel du futur, cent cinquante ans plus tard, où son visage peut être réparé mais où tous ses proches ont disparu. Après des adieux déchirants à sa vision de Sofia, David décide de surmonter sa peur du vide et se jette du toit de l'immeuble pour briser l'illusion technologique. Le film se conclut sur un écran blanc et une voix féminine lui murmurant "Ouvre les yeux", signifiant son retour à la dure réalité du réveil.
Le titre "Vanilla Sky" fait référence à la couleur d'un ciel peint par Claude Monet dans l'une de ses toiles célèbres possédée par le héros. Ce ciel vanille devient la signature visuelle et artificielle du programme informatique de son rêve cryogénique, symbolisant un monde parfait mais factice.
La bande originale du film bénéficie d'une mention spéciale absolue grâce à la sélection musicale légendaire compilée par Cameron Crowe, un ancien journaliste rock, qui réunit des morceaux cultes de Radiohead, Sigur Rós, REM, Jeff Buckley, ainsi que le titre éponyme magistral écrit spécialement par Paul McCartney qui insuffle une mélancolie pop bouleversante au film.
Le long-métrage demeure une œuvre majeure du début des années 2000, régulièrement analysée par les cinéphiles pour son traitement prémonitoire des réalités virtuelles, de l'immortalité technologique et pour sa bande originale considérée comme l'une des plus marquantes du cinéma américain.
Ouvre les yeux, Inception, Matrix, Fight Club, Dark City, The Truman Show, Total Recall.