Valérian et Laureline sont deux agents spatio-temporels du gouvernement humain chargés de maintenir l'ordre à travers le temps et les dimensions. Leur mission les conduit à Alpha, une mégalopole galactique regroupant des millions d'espèces différentes, où ils découvrent une menace obscure qui pourrait anéantir la cité tout entière. Derrière cette catastrophe imminente se cache un complot qui remonte à des décennies et touche aux origines mêmes de la présence humaine dans l'espace. Luc Besson adapte la bande dessinée culte de Christin et Mézières en un spectacle visuel d'une inventivité époustouflante, déclaration d'amour au neuvième art français.
Valérian et la Cité des Mille Planètes est l'adaptation de la bande dessinée Valérian et Laureline créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, publiée à partir de 1967 dans le magazine Pilote et considérée comme l'une des œuvres majeures de la BD de science-fiction européenne. Luc Besson avait découvert la bande dessinée étant enfant et en était resté profondément imprégné — il a d'ailleurs reconnu que Le Cinquième Élément (1997) était lui-même profondément influencé par l'univers graphique de Mézières. Le projet de porter Valérian au cinéma avait mûri pendant des décennies dans l'esprit de Besson, qui attendait que les technologies d'effets visuels soient suffisamment avancées pour rendre justice à la richesse visuelle de l'univers original. Le succès commercial d'Avatar de James Cameron en 2009 avait convaincu les producteurs qu'une science-fiction ambitieuse et visuellement spectaculaire pouvait trouver un large public mondial. Besson a investi une grande partie des ressources de ses studios EuropaCorp dans ce projet pharaonique, finançant en grande partie lui-même le budget de cent quatre-vingts millions d'euros — l'un des films européens les plus chers jamais produits. Jean-Claude Mézières a participé activement à la préproduction, contribuant à la conception visuelle de nombreuses planètes et créatures de l'univers du film.
Résumé des critiques professionnelles : Valérian a reçu un accueil critique partagé à sa sortie, les journalistes s'accordant pour célébrer l'inventivité visuelle absolument extraordinaire du film — certaines séquences étant citées parmi les plus belles jamais portées à l'écran — tout en critiquant une narration parfois découssue et un manque de profondeur des personnages principaux. Le début du film, notamment la séquence d'introduction de la station Alpha sur le titre Space Oddity de David Bowie, a été quasi unanimement salué comme un moment de cinéma pur. Les performances de Dane DeHaan et Cara Delevingne ont divisé, certains trouvant leur alchimie insuffisante pour porter le film.
Réception du public : Le film a été un échec commercial significatif, récoltant environ deux cent vingt-cinq millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de production et marketing dépassant les trois cents millions. Ce résultat catastrophique a mis EuropaCorp en très grande difficulté financière et a constitué l'un des plus grands échecs du cinéma français en termes absolus. Ironiquement, le film a trouvé une deuxième vie en streaming et en vidéo, où ses qualités visuelles sont davantage appréciées dans un contexte de visionnage plus détendu.
Récompenses obtenues : Valérian a remporté le César des meilleurs effets visuels en 2018, une récompense pleinement méritée qui reconnaissait le travail extraordinaire des équipes techniques. L'équipe de direction artistique a également été citée dans de nombreuses publications spécialisées comme l'une des plus inventives de la décennie.
Inspirations du réalisateur : Luc Besson a déclaré avoir été obsédé par la bande dessinée de Christin et Mézières depuis son enfance, et avoir attendu plus de trente ans que la technologie soit prête pour lui rendre hommage dignement. Il s'est également nourri des œuvres de science-fiction qui avaient elles-mêmes puisé dans Valérian — Star Wars au premier chef — créant un dialogue circulaire fascinant avec l'histoire du genre.
Difficultés de production : Le film utilisait plus de deux mille deux cents plans avec des effets visuels numériques, un record absolu pour une production européenne. La gestion d'un tournage aussi complexe, avec des décors entièrement créés numériquement et des centaines de créatures aliens, a nécessité une infrastructure technique sans précédent dans l'histoire du cinéma français.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence d'ouverture montrant la construction progressive de la station Alpha sur plusieurs siècles, accompagnée de Space Oddity de David Bowie, a été la première séquence conçue et la dernière finalisée. Besson avait cette image en tête depuis le début du projet et souhaitait qu'elle soit parfaite en tout point — elle a nécessité plusieurs mois de travail de postproduction.
Casting initialement prévu : Le rôle de Valérian avait été développé en pensant à un acteur plus âgé et plus expérimenté, mais Dane DeHaan a été choisi pour sa jeunesse et son énergie particulière. Cara Delevingne, dont c'était l'un des premiers rôles majeurs au cinéma, a été sélectionnée après des centaines d'auditions.
Valérian est avant tout un film sur la diversité et la coexistence pacifique entre des êtres radicalement différents — Alpha, la Cité des Mille Planètes, est une métaphore utopique d'un monde où toutes les cultures et toutes les espèces apprennent à vivre ensemble malgré leurs différences. La culpabilité coloniale et la responsabilité des puissances dominantes envers les peuples qu'elles ont détruits sont au cœur du complot que les héros démêlent, le film portant un message politique implicite mais clair sur les conséquences des impérialismes. La relation amoureuse entre Valérian et Laureline explore avec humour la difficulté de l'engagement et la peur de la vulnérabilité, Valérian séducteur impénitent devant apprendre à aimer une seule personne. L'univers de la bande dessinée originale, qui avait lui-même influencé Star Wars et une grande partie de la science-fiction visuelle contemporaine, est célébré comme un patrimoine culturel digne de la plus grande attention. Enfin, la majesté de l'inconnu et la beauté de la découverte spatiale comme moteurs de l'aventure humaine constituent la dimension poétique du film.
La révélation du complot derrière la menace pesant sur Alpha — impliquant la destruction d'une planète pacifique par l'armée humaine et la dissimulation de ce crime pendant des décennies — constitue la résolution thématique centrale du film. Valérian choisit de briser les ordres de sa hiérarchie pour faire éclater la vérité et rendre justice aux survivants de ce génocide camouflé, un acte qui reflète son évolution morale tout au long du film. La conclusion réconcilie les deux fils narratifs — l'enquête sur la menace et la relation amoureuse entre les protagonistes — dans un dénouement qui affirme que la vérité et la justice valent qu'on sacrifie sa carrière pour elles. Laureline, enfin rassurée sur les sentiments de Valérian, accepte sa demande en mariage dans une note légère et optimiste qui correspond à l'esprit de la bande dessinée originale.
Valérian est le prénom du héros de la bande dessinée originale, un agent spatio-temporel du XXVIIIe siècle dont les aventures avec sa partenaire Laureline avaient défini un certain idéal de la science-fiction humaniste européenne depuis 1967. La Cité des Mille Planètes désigne Alpha, la station spatiale gigantesque qui est le décor principal du film et le symbole de la diversité galactique que l'œuvre célèbre. Ce titre bicéphale annonce exactement ce que le film va proposer : un héros et un univers, une aventure humaine dans un cosmos d'une richesse infinie.
La bande originale de Valérian mérite une mention particulière pour son utilisation de Space Oddity de David Bowie dans la séquence d'ouverture — un choix musical d'une justesse absolue qui transforme un générique en moment de cinéma pur, montrant la construction d'Alpha sur fond de cette chanson sur l'isolement spatial et la connexion humaine. La bande originale proprement dite, composée par Alexandre Desplat, est une partition orchestrale élégante qui accompagne les aventures spatiales avec une générosité et une variété thématique qui reflètent la richesse visuelle du film. Desplat a composé des thèmes distincts pour les différentes civilisations représentées, créant une mosaïque musicale aussi diversifiée que l'univers qu'elle accompagne.
L'échec commercial de Valérian a plongé EuropaCorp dans une crise financière majeure dont la société peine encore à se remettre, Luc Besson ayant dû céder le contrôle de sa compagnie. Paradoxalement, le film a acquis avec le temps une réputation de chef-d'œuvre visuel injustement boudé à sa sortie, et une communauté de fans fidèles défend avec conviction ses qualités artistiques. La bande dessinée originale de Christin et Mézières a connu un regain d'intérêt grâce au film. Luc Besson a depuis poursuivi sa carrière avec des projets plus modestes.
Le Cinquième Élément de Luc Besson (1997) est le film précédent du réalisateur dans un registre similaire de science-fiction visuelle baroque, lui-même profondément influencé par Valérian. Guardians of the Galaxy de James Gunn (2014) partage le même esprit d'aventure spatiale décalée et colorée. Avatar de James Cameron (2009) est la référence contemporaine du film de science-fiction à grand spectacle visuel immersif. Star Wars de George Lucas (1977), qui avait lui-même puisé dans l'univers graphique de Mézières, constitue une référence circulaire incontournable. Enfin, The Dark Crystal de Jim Henson et Frank Oz (1982) partage la même ambition de créer un univers visuel entièrement original peuplé de créatures fantastiques d'une inventivité totale.