À Sidi Bou Saïd, Amina Sboui, ancienne militante Femen devenue une figure connue de l'activisme tunisien, a transformé sa maison en refuge pour de jeunes homosexuels et travestis rejetés par leur famille. Le documentaire suit le quotidien de Sandra, Ramy, Ayoub et Atef, tous marginalisés par une société qui ne tolère ni leur orientation sexuelle ni leur identité de genre. Confrontés au rejet, à l'humiliation et parfois aux violences policières, ils trouvent dans cette maison un espace de solidarité précaire. À travers leurs histoires entremêlées, le film dresse le portrait sans filtre de la détresse de la communauté LGBT en Tunisie.
Nada Mezni Hafaiedh, réalisatrice tunisienne exposée dès son enfance à plusieurs cultures du fait des fonctions diplomatiques de ses parents, a voulu documenter la réalité quotidienne de la communauté LGBT tunisienne à travers le prisme d'une figure connue du grand public, l'ex-Femen Amina Sboui. Le projet est né de la rencontre entre la réalisatrice et cette dernière, qui avait fait de sa maison de Sidi Bou Saïd un refuge informel pour de jeunes homosexuels et travestis rejetés par leurs proches. Hafaiedh a choisi de filmer sur le vif, sans mise en scène ni reconstitution, le quotidien souvent violent de ce petit groupe, afin de donner une visibilité rare à une réalité largement tue dans la société tunisienne. Le film, tourné sur plusieurs mois, a nécessité une relation de confiance approfondie entre la réalisatrice et les personnes filmées, dont l'anonymat et la sécurité constituaient un enjeu constant.
Le documentaire a été salué par la critique spécialisée pour son approche frontale et sans complaisance de la détresse de la communauté LGBT tunisienne, plusieurs observateurs qualifiant le film de coup de poing nécessaire et militant. Le public rencontré dans les festivals LGBT internationaux a réservé un accueil particulièrement chaleureux au film, celui-ci ayant tourné dans de très nombreux festivals à travers le monde, d'Amsterdam à Pékin en passant par Berlin et Londres. Upon the Shadow a remporté plusieurs récompenses dans des festivals spécialisés, notamment le prix du meilleur documentaire au Malmö Arab Film Festival et au festival LesGaiCineMad de Madrid, ainsi qu'une mention spéciale au Festival international du film de Mérida et du Yucatán.
Nada Mezni Hafaiedh a suivi sur la durée le quotidien d'Amina Sboui et de son entourage à Sidi Bou Saïd, filmant les événements tels qu'ils se produisaient plutôt que de les reconstituer, afin de préserver l'authenticité brute des situations vécues par les personnes filmées. La réalisatrice a dû composer avec la vulnérabilité et l'exposition au danger des personnes qu'elle filmait, la communauté LGBT tunisienne étant confrontée au rejet familial, à la stigmatisation sociale et aux violences policières tout au long du tournage.
Upon the Shadow aborde frontalement la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre en Tunisie, à travers le quotidien d'un groupe de jeunes rejetés par leur famille et menacés par les autorités. Le film interroge aussi la solidarité qui peut naître entre marginaux, ainsi que le courage nécessaire pour exister publiquement dans une société qui refuse de reconnaître leur différence.
Le titre Upon the Shadow, littéralement au-delà de l'ombre, renvoie à la vie que mènent les personnes filmées, contraintes de vivre cachées et dans la marge, tout en cherchant malgré tout à exister au grand jour.
On peut rapprocher Upon the Shadow d'autres documentaires consacrés aux droits LGBT dans le monde arabe, comme les productions du festival Mawjoudin de Tunis, dédié précisément à ces questions.