David est un père de famille comblé : une épouse aimante, deux enfants et une bande d'amis soudée. Au retour d'un séjour entre amis dans les Vosges, il est entendu par la police après la découverte du corps d'une jeune femme non loin du chalet. Rapidement, les investigations se resserrent autour de lui et révèlent une vie moins irréprochable qu'il n'y paraissait. Peu à peu, le doute s'installe et contamine son couple, ses amis et jusqu'à son propre avocat.
Une Part d'Ombre est le tout premier long métrage de fiction de Samuel Tilman, réalisateur belge jusque-là habitué du documentaire, du court métrage et du théâtre. Le cinéaste a lui-même écrit le scénario de ce thriller psychologique belgo-franco-suisse, porté par Fabrizio Rongione, habitué du cinéma des frères Dardenne. L'idée de départ n'est pas tirée d'un fait divers précis mais d'une question simple posée par Tilman : comment réagirait un groupe d'amis si l'un des leurs se retrouvait mis en examen pour meurtre ? Le réalisateur explique avoir voulu explorer l'image que l'on a de l'autre et les mécanismes de l'ostracisme social plutôt que de construire une véritable enquête policière. Pour incarner ce postulat, Tilman a choisi de tourner une partie du film dans les Vosges, autour du Lac Vert, un lieu sauvage qu'il connaissait déjà et qui correspondait à l'atmosphère automnale recherchée. Le film a été présenté pour la première fois au Festival International du Film Francophone de Namur en 2017, avant une sortie en salles françaises le 22 mai 2019.
La presse a globalement salué un thriller psychologique brillamment maîtrisé, souvent comparé au cinéma d'Hitchcock et de Chabrol pour sa manière de distiller le doute sans recourir à une véritable enquête policière. Plusieurs critiques soulignent la performance ambiguë de Fabrizio Rongione, parfait en suspect idéal dont on ne sait jamais s'il est coupable ou innocent. D'autres voix, plus sévères, reprochent au film un scénario trop convenu et un twist final jugé mal amené, regrettant que la mise en scène reste sur un classicisme sans surprise. Le public s'est montré partagé face à ce thriller sans scène d'action spectaculaire, une partie appréciant la tension psychologique distillée avec sobriété, tandis qu'une autre partie a trouvé le rythme trop lent et le dénouement trop prévisible. Le film a néanmoins su fédérer un public friand de polars psychologiques centrés sur les rapports humains plutôt que sur l'enquête elle-même. Une Part d'Ombre a reçu le Prix Spécial Police au Festival International du Film Policier de Beaune en 2018, ainsi que l'Angela Award décerné à Fabrizio Rongione au Subtitle European Film Festival la même année.
Inspirations du réalisateur : Samuel Tilman explique avoir voulu interroger la façon dont une communauté peut se retourner contre l'un des siens dès lors que le doute s'installe, un sujet qui lui semblait faire écho aux climats de suspicion et de jugement social contemporains. Le réalisateur s'est également inspiré de son goût pour le cinéma d'Hitchcock afin de construire un suspense fondé sur l'ambiguïté du regard plutôt que sur l'action. Anecdote sur une scène particulière : pour incarner le lieu du drame, Samuel Tilman a choisi de tourner au Lac Vert, dans les Vosges, un site qu'il qualifie de paysage majestueux et sauvage, particulièrement photogénique une fois la forêt parée de ses couleurs automnales.
Une Part d'Ombre explore la manière dont le soupçon peut détruire une réputation et une vie entière, même en l'absence de preuve formelle. Le film interroge la solidité des liens amicaux et familiaux à l'épreuve du doute, montrant comment la suspicion se propage comme une contamination au sein d'un groupe pourtant soudé. La question du mensonge occupe une place centrale : la découverte de l'infidélité de David sert de prétexte à l'entourage pour remettre en cause toute son intégrité. Le film aborde également la manière dont les médias et l'opinion publique peuvent se transformer en juges et bourreaux, anticipant un verdict avant même la tenue d'un procès. Enfin, Une Part d'Ombre questionne la part d'ombre inhérente à chacun, cette zone grise entre l'image que l'on donne de soi et ce que l'on dissimule à ses proches.
Sans dévoiler tous les détails, le film choisit de lever une partie du voile sur la culpabilité de David dans ses dernières minutes, à travers des flashbacks jusque-là fragmentaires qui reconstituent progressivement les événements de la soirée du meurtre. La mise en scène joue volontairement sur l'ambiguïté jusqu'au bout, laissant planer le doute sur un homme mystérieux que David dit avoir croisé ce soir-là et qui lui ressemblerait. Le dénouement s'attache moins à livrer une résolution policière classique qu'à montrer les conséquences irréversibles du soupçon sur l'entourage de David, que celui-ci soit finalement reconnu coupable ou innocent. Cette conclusion, jugée par certains critiques trop démonstrative dans son message final, referme le récit sur l'idée que la vérité importe finalement moins que le regard que les autres ont fini par porter sur lui.
Le titre Une Part d'Ombre renvoie à la zone grise que chacun dissimule à son entourage, ce jardin secret plus ou moins avouable qui, une fois révélé, suffit à faire basculer l'image qu'on avait de quelqu'un. Il fait directement écho au personnage de David, dont l'infidélité cachée devient, aux yeux de ses proches, la preuve indirecte qu'il pourrait aussi être capable de pire.
Le film peut être rapproché des thrillers psychologiques de Claude Chabrol, pour cette manière de sonder les faux-semblants d'une petite communauté aisée. On pense également à Presumed Innocent d'Alan J. Pakula, pour le principe du protagoniste ambigu accusé d'un meurtre qu'il jure ne pas avoir commis.