Nora, une femme sans formation juridique, est profondément convaincue que Jacques Viguier, acquitté pour le meurtre de sa femme disparue, est innocent. Elle contacte l'avocat Eric Dupond-Moretti et le persuade de prendre la défense de Viguier lors d'un nouveau procès en appel. Entre prétoire, enquêtes parallèles et certitudes qui vacillent, le film retrace ce fait divers judiciaire fascinant avec une tension remarquable. Un thriller judiciaire français à l'état pur, inspiré d'une affaire réelle qui a tenu la France en haleine.
Une Intime Conviction est directement inspiré de l'affaire Viguier, l'un des procès les plus médiatisés de l'histoire judiciaire française récente. Jacques Viguier, professeur de droit à Toulouse, a été jugé deux fois pour le meurtre de sa femme Suzanne, disparue en 2000, dont le corps n'a jamais été retrouvé. Acquitté une première fois en 2009, il a été renvoyé en appel en 2010 à la demande du parquet, et c'est l'avocat Eric Dupond-Moretti — aujourd'hui ministre de la Justice — qui a assuré sa défense avec brio. Antoine Raimbault, réalisateur et scénariste, a été captivé par la dimension humaine de cette affaire : non pas tant le procès lui-même que le personnage de Nora, une femme ordinaire dont la conviction inébranlable dans l'innocence de l'accusé a contribué à changer le cours du dossier. Ce personnage, inspiré d'une vraie personne qui a soutenu Viguier, offrait une porte d'entrée narrative formidable pour explorer les mécanismes de la justice et les zones d'ombre de toute affaire sans corps. Raimbault a longuement documenté le procès, ses transcriptions et ses acteurs pour construire un film fidèle aux faits tout en lui donnant la tension d'un thriller.
Résumé des critiques professionnelles : Une Intime Conviction a reçu des critiques très positives à sa sortie, la presse saluant la maîtrise du scénario et la tension dramatique soutenue d'un film qui parvient à rendre passionnant un procès que l'on connaît déjà par les médias. Marina Foïs a été unanimement célébrée pour sa performance — intense, juste et totalement habitée — qui porte le film sur ses épaules avec une autorité remarquable. Olivier Gourmet, dans la peau d'Éric Dupond-Moretti, a également été loué pour sa façon de capturer l'énergie et la rhétorique de l'avocat sans jamais tomber dans l'imitation.
Réception du public : Le film a trouvé un large public, attirant plus d'un million de spectateurs en France — un résultat solide pour un film judiciaire exigeant. L'affaire Viguier étant connue du grand public français, la curiosité de voir sa reconstitution cinématographique a joué un rôle moteur. Le bouche-à-oreille très positif a assuré au film une belle durée de vie en salle.
Récompenses obtenues : Marina Foïs a remporté le César de la meilleure actrice pour ce film lors de la cérémonie de 2020, une récompense amplement méritée et longuement attendue pour une actrice dont la carrière est jalonnée de performances remarquables. Olivier Gourmet a lui aussi reçu des citations pour sa performance. Le film a également été nommé dans plusieurs autres catégories aux Césars.
Inspirations du réalisateur : Antoine Raimbault s'est immergé dans la transcription des audiences du procès Viguier pour écrire son scénario, allant même jusqu'à reconstituer certains plaidoyers mot pour mot. Il voulait que le film soit à la fois un documentaire sur la mécanique judiciaire et un portrait humain de personnes ordinaires et extraordinaires prises dans l'engrenage d'une affaire qui les dépasse. La figure de Nora — cette femme sans mandat et sans formation qui s'improvise enquêtrice par conviction — était pour lui le symbole le plus fort de ce que la justice peut avoir d'humain et d'imparfait.
Difficultés de production : Reconstituer les audiences d'un procès célèbre sans tomber dans le simple documentaire reconstituté représentait le défi central du film. Raimbault a choisi de ne pas reproduire fidèlement tous les éléments du procès mais d'en distiller l'essence dramatique, en inventant des scènes de coulisses et des moments intimes qui donnent chair à des personnages que le public connaissait surtout à travers des images télévisées.
Casting initialement prévu : Marina Foïs n'était pas nécessairement le premier choix évident pour incarner Nora, personnage a priori plus effacé que les rôles habituellement associés à l'actrice. Mais Raimbault a immédiatement vu en elle la capacité de porter une conviction inébranlable sans jamais la jouer de façon caricaturale — une intelligence du jeu rare et précieuse pour ce type de rôle.
Une Intime Conviction interroge les fondements même de la justice : comment condamner ou acquitter quelqu'un en l'absence de certitudes absolues ? L'affaire Viguier est un cas d'école de ce que les juristes appellent le doute raisonnable — sans corps, sans aveu, sans preuve formelle, la justice doit s'appuyer sur des indices, des témoignages et des intuitions. Le film explore la frontière entre conviction intime et preuve légale, entre ce qu'on ressent et ce qu'on peut démontrer. La figure de Nora soulève aussi la question de la légitimité citoyenne face aux institutions judiciaires : a-t-on le droit — le devoir ? — de s'immiscer dans un processus judiciaire par la seule force de sa conviction ? La justice comme spectacle, avec son théâtre du prétoire et ses rhétoriques de persuasion, est un autre thème central. Enfin, le film pose la question ultime : peut-on vraiment savoir ce qui s'est passé dans un couple, derrière des portes closes ?
La fin du film suit le verdict historique réel : Jacques Viguier est acquitté une seconde fois, Dupond-Moretti ayant réussi à semer le doute dans l'esprit des jurés. Cette conclusion, si elle satisfait Nora dans son combat pour l'innocence de Viguier, laisse ouverte la question fondamentale du film : et si Viguier était coupable ? La fin refuse délibérément de trancher — le film ne prétend pas connaître la vérité, seulement documenter le processus par lequel la justice essaie de l'approcher. C'est une conclusion honnête et intellectuellement courageuse, qui laisse le spectateur avec ses propres doutes et ses propres convictions.
Une Intime Conviction désigne en droit français le principe selon lequel les jurés doivent se prononcer selon leur conscience et leur intime conviction — sans que la loi ne leur impose un mode de preuve particulier. Cette notion est au cœur du système judiciaire français, qui fait confiance à des citoyens ordinaires pour décider de la culpabilité ou de l'innocence d'un accusé sur la seule base de ce qu'ils ont entendu et ressenti. En choisissant ce titre, Raimbault place son film sous le signe de cette tension entre raison et sentiment, entre la loi et la conscience — tension qui est le moteur de tout l'édifice dramatique du film.
Éric Dupond-Moretti, incarné dans le film par Olivier Gourmet, est devenu ministre de la Justice en juillet 2020 — une nomination qui donnait rétrospectivement au film une dimension prophétique. Cette nomination a d'ailleurs été accompagnée d'une controverse, Dupond-Moretti ayant été mis en examen pour prise illégale d'intérêts en 2021, affaire dont il a finalement été acquitté fin 2023. Marina Foïs, auréolée de son César, a confirmé son statut d'actrice incontournable du cinéma français avec plusieurs projets ambitieux. Antoine Raimbault prépare de nouveaux films dans la continuité de son intérêt pour les affaires judiciaires réelles.
Une Intime Conviction s'inscrit dans la tradition du thriller judiciaire français. L'Adversaire (2002) de Nicole Garcia, inspiré de l'affaire Romand, est une autre réussite du genre. Le Couperet (2005) de Costa-Gavras et Présumé Coupable (2011) de Vincent Garenq explorent la même fascination pour les rouages de la justice française. 12 Hommes en colère (1957) de Sidney Lumet reste la référence absolue du film de prétoire sur le doute raisonnable. Jugé Coupable (Conviction, 2010) avec Hilary Swank reprend exactement le même dispositif narratif — une femme ordinaire qui se bat pour prouver l'innocence d'un condamné. Dark Waters (2019) de Todd Haynes partage la même structure du combattant solitaire contre une vérité institutionnelle.