Ahmed, dix-huit ans, est français d'origine algérienne et a grandi en banlieue parisienne. Sur les bancs de la faculté, il rencontre Farah, une jeune Tunisienne pleine d'énergie fraîchement arrivée à Paris. En découvrant, à travers ses cours de littérature, un corpus de poésie arabe sensuelle et érotique dont il ne soupçonnait pas l'existence, Ahmed tombe très amoureux de Farah. Bien que littéralement submergé par le désir, il va pourtant tenter d'y résister, entravé par la pudeur et les non-dits familiaux qui l'entourent.
Après avoir signé le portrait d'une adolescente tunisienne dans son premier long métrage À peine j'ouvre les yeux, la réalisatrice Leyla Bouzid a voulu, pour son second film, inverser le regard en suivant cette fois l'éveil sentimental et sexuel d'un jeune homme. Elle a souhaité filmer un personnage timide, littéralement submergé par le désir mais qui s'efforce d'y résister, un jeune homme de culture arabe, parce que c'est celle qu'elle connaît le mieux, qui doute et n'assume pas pleinement ses élans de vie. Étudiante elle-même à la Sorbonne, la réalisatrice a voulu retranscrire avec précision l'atmosphère studieuse des amphithéâtres universitaires, cadre dans lequel elle situe la découverte par son personnage principal de la riche tradition de la poésie arabe classique et de ses évocations très libres du désir charnel.
Le film a été salué par la presse pour sa grande finesse et sa sensualité assumée, saluant en particulier la manière dont il aborde une sexualité masculine encore rarement montrée au cinéma sous cet angle précis. Les critiques ont souligné la performance de Sami Outalbali, dans un contre-emploi total par rapport à son rôle dans la série Sex Education, ainsi que celle de la révélation Zbeida Belhajamor. Malgré le soutien de la critique et une nomination aux César 2022 du meilleur espoir masculin pour Sami Outalbali, le film n'a rassemblé qu'un peu moins de 40 000 spectateurs en salles françaises, un score en retrait par rapport au succès du précédent film de la réalisatrice. Le film a été présenté à la Semaine internationale de la critique du Festival de Cannes 2021, où il en a été le film de clôture, avant de remporter le prix du meilleur film et le prix du meilleur comédien pour Sami Outalbali au Festival du film francophone d'Angoulême.
Leyla Bouzid a construit le film autour d'une caméra très proche des corps, en particulier de celui d'Ahmed, pour traduire à l'écran l'intensité physique de son trouble amoureux et de son désir contenu. La réalisatrice a par ailleurs voulu, à travers la découverte par son personnage de poèmes arabes anciens à la sensualité assumée, rappeler l'extrême diversité de la culture arabe, trop souvent réduite à sa seule dimension religieuse dans l'imaginaire collectif.
Le film explore l'éveil du désir et de la sexualité masculine, le poids de la pudeur héritée d'une éducation familiale silencieuse sur ces questions, ainsi que la richesse méconnue de la littérature arabe classique consacrée à l'amour et au corps.
Le titre annonce directement le programme du film, qui distingue l'amour, sentiment qu'Ahmed peine à nommer et à assumer, du désir, pulsion charnelle à laquelle il tente vainement de résister tout au long du récit.
Les spectateurs ayant aimé ce film pourront regarder À peine j'ouvre les yeux, premier long métrage de Leyla Bouzid, ou Call Me by Your Name de Luca Guadagnino pour son traitement similaire de l'éveil du désir chez un jeune homme.