Blanche DuBois, une femme sudiste ruinée, névrosée et fragile, s'installe chez sa sœur Stella dans un quartier pauvre de La Nouvelle-Orléans après avoir perdu le domaine familial. Stella vit avec Stanley Kowalski, un ouvrier d'origine polonaise brutal, sensuel et primitif. Un affrontement psychologique et charnel d'une violence inouïe s'installe immédiatement entre Blanche, accrochée à ses illusions aristocratiques, et Stanley, déterminé à détruire ses secrets. Ce huis clos étouffant va mener les personnages jusqu'aux frontières de la folie.
Le film est l'adaptation cinématographique directe de la célèbre pièce de théâtre éponyme de Tennessee Williams, qui avait déjà triomphé à Broadway. Le réalisateur Elia Kazan, qui avait mis en scène la pièce originale sur les planches, a été choisi pour transposer cette œuvre incandescente à l'écran. L'inspiration est venue du désir de capturer l'érotisme brut et la déchéance psychologique dépeints par Williams. Le cinéaste s'est inspiré du contraste saisissant entre le vieux Sud américain en déclin et l'émergence d'une classe ouvrière industrielle et brute.
La critique professionnelle a salué le film comme un choc esthétique et dramatique majeur, louant l'audace du sujet et la modernité absolue de la mise en scène. Les performances de Vivien Leigh et de Marlon Brando ont été qualifiées de monumentales, marquant l'histoire de l'interprétation par leur réalisme psychologique. Le grand public a été fasciné et perturbé par la sensualité agressive et la noirceur du récit, qui bousculaient les conventions de l'époque. Le succès en salles fut immense, transformant Marlon Brando en une icône culturelle absolue et un sex-symbol planétaire. Lors de la cérémonie des Oscars de 1952, le film a réalisé l'exploit historique d'obtenir douze nominations et de remporter trois des quatre prix d'interprétation, décernés à Vivien Leigh, Kim Hunter et Karl Malden.
Elia Kazan a délibérément fait rétrécir les murs du décor de l'appartement au fur et à mesure du tournage pour accentuer l'atmosphère de claustrophobie et la sensation d'étouffement mental ressentie par Blanche. Cette astuce visuelle invisible renforçait le malaise grandissant du spectateur. La production a dû mener une bataille féroce contre le code de censure de l'époque pour conserver les allusions à l'homosexualité et la scène cruciale du viol. Quelques coupes mineures ont dû être acceptées pour permettre la distribution du film en salles. La célèbre scène où Stanley crie "Stella !" sous la pluie a été tournée dans des conditions d'intensité dramatique extrêmes. L'animalité de Marlon Brando combinée à sa voix brisée a donné naissance à l'un des plans les plus iconiques et parodiés de l'histoire du cinéma. Pour le rôle de Blanche, Vivien Leigh a été engagée car elle jouait déjà le rôle à Londres, remplaçant Jessica Tandy qui avait créé le rôle à Broadway sous la direction de Kazan.
Le long-métrage explore le conflit violent entre l'illusion romantique du vieux Sud et le réalisme brutal de la société moderne. Il aborde la folie, le désir sexuel destructeur, la violence conjugale et l'alcoolisme comme refuges face à la dureté du monde. La déchéance sociale et la quête éperdue de protection y sont traitées de façon tragique.
La fin tragique montre Blanche, dont l'esprit a définitivement sombré après avoir été violée par Stanley, emmenée par des infirmiers psychiatriques. Elle prononce alors sa réplique mythique sur la bonté des étrangers, acceptant son sort avec une dignité brisée. Stella, horrifiée par la cruauté de son mari, prend son bébé dans ses bras et fuit l'appartement, brisant le couple incestueux et violent.
Le titre fait référence à la véritable ligne de tramway de La Nouvelle-Orléans que Blanche emprunte à son arrivée pour se rendre chez sa sœur. Sur un plan symbolique, il désigne la force destructrice des passions charnelles et du désir sexuel qui guide les actions des personnages et les mène vers leur perte. Le tramway devient l'allégorie d'un destin inéluctable.
La bande originale composée par Alex North est historique car elle constitue la toute première partition de film entièrement basée sur le jazz pour un drame hollywoodien. Cette musique chaude, syncopée et mélancolique reflète parfaitement l'atmosphère moite de La Nouvelle-Orléans et la sensualité des personnages.
Le film reste une référence absolue étudiée dans les universités pour son utilisation novatrice de la musique de jazz et pour le triomphe de la méthode de l'Actors Studio. Des versions restaurées en ultra haute définition sortent régulièrement pour célébrer cet héritage artistique.