À Jérusalem, le tramway relie les quartiers est et ouest de la ville, traversant ainsi toute la diversité de sa population. Le film suit, le temps d'un trajet, une mosaïque de personnages : religieux et laïcs, Israéliens et Palestiniens, touristes de passage et habitants du quotidien. À travers de brèves rencontres qui se nouent et se dénouent au fil des stations, se dessine le portrait choral d'une ville profondément divisée. Amos Gitaï livre ainsi une métaphore à la fois ironique et optimiste de la cohabitation à Jérusalem.
Un Tramway à Jérusalem est né du désir d'Amos Gitaï de filmer à nouveau sa ville natale à travers un dispositif inédit, celui du tramway de Jérusalem, une ligne qui n'existait pas encore la dernière fois que le cinéaste y avait tourné. Ancien étudiant en architecture et urbanisme avant de devenir réalisateur, Gitaï a construit son film comme un huis clos en mouvement, suivant la trajectoire est-ouest de la ligne pour capter la mosaïque humaine de la ville. Il présente lui-même le film comme une métaphore optimiste et ironique de la ville divisée qu'est Jérusalem, mettant en scène la cohabitation, parfois tendue, entre juifs, musulmans et chrétiens. Le scénario, coécrit avec Marie-José Sanselme, prend la forme d'une succession de saynètes reliées entre elles par le trajet du tramway plutôt que par une intrigue linéaire unique.
La critique française s'est montrée partagée face à Un Tramway à Jérusalem, certains observateurs regrettant un film jugé trop lent et répétitif dans sa structure de saynètes successives, tandis que d'autres ont salué une œuvre modeste mais pleine d'intelligence et de sensibilité sur la cohabitation à Jérusalem. Le public s'est montré globalement enthousiaste, appréciant la façon dont le dispositif du tramway permet de vivre de l'intérieur cette mosaïque humaine, certains spectateurs saluant la pertinence et la richesse humaine du voyage proposé par Amos Gitaï.
Amos Gitaï, formé à l'architecture et à l'urbanisme avant de devenir cinéaste, a construit le film comme un dispositif quasi théâtral, respectant une forme d'unité de temps, de lieu et d'action centrée sur le seul trajet du tramway traversant la ville d'est en ouest. Le tournage se serait déroulé en un temps très resserré, le réalisateur ayant lui-même plaisanté sur le fait d'avoir bouclé son film en une petite semaine avant de se reposer, à la manière d'une création accomplie en sept jours. Pour incarner cette mosaïque de passagers, Gitaï a réuni un casting hétéroclite mêlant la chanteuse israélienne Noa, le metteur en scène de théâtre italien Pippo Delbono et l'acteur français Mathieu Amalric, accompagné de son propre fils Elias Amalric à l'écran.
Le film explore la cohabitation, souvent tendue mais parfois porteuse d'espoir, entre les différentes communautés religieuses et nationales qui traversent Jérusalem au quotidien. Il interroge aussi la manière dont un simple trajet en tramway peut révéler les fractures sociales, politiques et religieuses d'une ville symbole de division, tout en suggérant la possibilité d'une humanité commune malgré tout.
Le titre renvoie directement à la ligne de tramway de Jérusalem, inaugurée après le précédent film qu'Amos Gitaï avait tourné dans la ville, et qui traverse aussi bien les quartiers palestiniens de l'est que les quartiers israéliens de l'ouest, faisant de ce simple moyen de transport le symbole d'une ville tiraillée entre unité et division.
On peut rapprocher Un Tramway à Jérusalem d'autres œuvres chorales filmant une ville à travers une mosaïque de personnages, comme Short Cuts de Robert Altman, ou des précédents films d'Amos Gitaï tournés à Jérusalem comme Ana Arabia.