Deux frères, Hank et Jacob, accompagnés d'un ami, découvrent par hasard l'épave d'un avion de tourisme sous la neige contenant quatre millions de dollars en petites coupures. Persuadés que l'argent provient d'une transaction illégale et que personne ne le cherche, ils décident de le garder discrètement. Hank, le plus instruit, élabore un plan simple pour ne pas éveiller les soupçons jusqu'au printemps. Mais la cupidité, la paranoïa et les secrets enfouis vont rapidement transformer ce pacte de fortune en une spirale infernale de mensonges et de meurtres.
Le projet est né de l'adaptation cinématographique du roman éponyme à immense succès de Scott B. Smith, qui a lui-même signé le scénario du film. Plusieurs réalisateurs de renom ont tourné autour du projet avant que Sam Raimi ne s'en empare de manière définitive. Pour Raimi, connu alors pour ses films d'horreur exubérants comme Evil Dead, ce script représentait une opportunité majeure de prouver sa maturité artistique. Il a été fasciné par la noirceur hitchcockienne de cette histoire d'hommes ordinaires sombrant dans la criminalité la plus abjecte. L'idée de situer cette tragédie humaine dans un décor hivernal immaculé a immédiatement guidé ses choix de mise en scène.
La critique internationale a accueilli le long-métrage avec des louanges unanimes, le qualifiant souvent de thriller psychologique parfait et d'œuvre la plus maîtrisée de Sam Raimi. Les performances des acteurs, et tout particulièrement celle de Billy Bob Thornton en frère simple d'esprit et touchant, ont été encensées par la presse. Les journalistes ont salué la tension implacable qui monte crescendo sans jamais recourir à des artifices spectaculaires inutiles. La comparaison avec le cinéma des frères Coen a été fréquemment évoquée pour souligner la noirceur ironique du récit.
Le grand public a réservé un succès d'estime solide à ce film sombre, qui a su séduire les amateurs de thrillers psychologiques exigeants au box-office. Le contraste saisissant entre la blancheur de la neige et la noirceur morale des actions humaines a profondément marqué les esprits des spectateurs en salles. Le bouche-à-oreille positif a permis au film de maintenir une belle régularité tout au long de son exploitation. Il est aujourd'hui considéré par les cinéphiles comme l'un des sommets du thriller américain de la fin des années quatre-vingt-dix.
Le film a reçu de prestigieuses distinctions, à commencer par deux nominations majeures aux Oscars pour le meilleur scénario adapté et le meilleur acteur dans un second rôle pour Billy Bob Thornton. Thornton a d'ailleurs remporté de nombreux prix de la part des cercles de critiques américains pour sa composition mémorable de Jacob. Sam Raimi a également été récompensé dans plusieurs festivals pour la sobriété exemplaire et la puissance visuelle de sa réalisation. Ces lauriers ont définitivement assis le statut de classique du film.
Sam Raimi s'est beaucoup inspiré du néoréalisme et des tragédies classiques pour filmer la déchéance morale de ses personnages ordinaires. Il voulait que chaque plan fixe transmette le poids de la culpabilité grandissante qui écrase les protagonistes au fil des minutes.
Le tournage s'est déroulé dans le Minnesota et le Wisconsin au cours d'un hiver particulièrement rude, ce qui a grandement servi l'atmosphère glaciale du film. L'équipe a dû composer avec d'importantes chutes de neige réelles, bien que de la fausse neige ait parfois été nécessaire pour maintenir la continuité visuelle entre les prises. Bill Paxton et Billy Bob Thornton ont développé une immense complicité sur le plateau, passant de longues heures à répéter leurs scènes de confrontation fraternelle dans le froid. La célèbre scène dans laquelle ils découvrent l'avion a été tournée dans des conditions de gel authentiques, rendant les mouvements des acteurs naturellement lourds.
La séquence tendue où Hank doit récupérer un objet dans la cabane d'un voisin a été répétée de nombreuses fois pour régler les jeux d'ombres à la perfection. Raimi voulait que la lumière crue de la neige contraste violemment avec l'obscurité étouffante des intérieurs. Les techniciens ont dû inventer des systèmes d'isolation spéciaux pour empêcher les caméras de geler.
Pour le rôle de Hank, le choix de Bill Paxton s'est avéré évident pour incarner l'Américain moyen dont la boussole morale dévie lentement. Billy Bob Thornton a quant à lui proposé lui-même l'apparence physique de son personnage, incluant une coupe de cheveux mémorable et des lunettes cassées, pour accentuer sa marginalité. Bridget Fonda complète ce casting impérial dans le rôle de l'épouse manipulatrice inspirée de Lady Macbeth.
Le film est une autopsie implacable de la cupidité humaine et de la rapidité avec laquelle les barrières morales s'effondrent face à l'argent facile. Il explore les dynamiques familiales complexes, notamment la rivalité, la culpabilité et l'amour dysfonctionnel entre deux frères profondément différents. La paranoïa et l'engrenage du mensonge y sont décrits comme un piège mécanique dont il est impossible de s'échapper une fois déclenché. Enfin, l'œuvre interroge la notion de destin et le poids destructeur des secrets sur le couple.
La fin du film est d'une ironie dramatique absolue et dévastatrice pour le personnage de Hank. Après avoir tué son propre frère Jacob à la demande de ce dernier qui ne pouvait plus supporter la culpabilité, Hank découvre que l'argent est inutilisable car le FBI a répertorié les numéros de série de tous les billets. Contraint de brûler les quatre millions de dollars pour échapper à la prison, il se retrouve les mains vides, mais l'âme définitivement souillée. La scène finale le montre reprenant son travail ordinaire, hanté à jamais par les fantômes de ses actes et le sacrifice inutile de sa famille.
Le titre résonne de manière profondément ironique tout au long de l'histoire. Ce qui devait être un "plan simple" et sans risques se transforme immédiatement en une suite de complications mortelles et ingérables. Il démontre qu'en matière de criminalité, aucune machination n'est jamais simple dès lors que la nature humaine et ses faiblesses entrent en ligne de compte.
La musique envoûtante et dissonante composée par Danny Elfman utilise des instruments désaccordés pour traduire musicalement la paranoïa et le déraillement mental des protagonistes.
Le film continue d'être cité régulièrement comme l'une des influences majeures du cinéma policier contemporain axé sur la psychologie des personnages. Les cinéphiles redécouvrent souvent avec admiration cette facette épurée et dramatique de la filmographie de Sam Raimi.
Ce chef-d'œuvre du néo-noir partage d'immenses similitudes thématiques et géographiques avec Fargo des frères Coen. On peut également penser à Before the Devil Knows You're Dead de Sidney Lumet pour l'engrenage criminel familial tragique.