Jung-soo est un vendeur de voitures qui rentre chez lui pour fêter l'anniversaire de sa fille quand le tunnel qu'il traverse s'effondre brusquement sur sa voiture. Coincé dans l'obscurité avec deux bouteilles d'eau, une part de gâteau d'anniversaire et son téléphone portable, il va devoir tenir contre l'adversité pendant que les secours, médiatisés à l'excès, s'organisent à l'extérieur. Un film de survie coréen qui allie tension étouffante et satire acerbe de la médiatisation des catastrophes et de l'incompétence des institutions.
Tunnel est librement adapté du roman «터널» (Tunnel) de l'écrivain sud-coréen So Jae-won, publié en 2013. Le réalisateur Kim Seong-hun, surtout connu pour des séries télévisées coréennes, signe ici son premier long métrage remarqué. Le film s'inscrit dans une longue tradition coréenne de films catastrophe à dimension satirique — rappelant The Host (2006) de Bong Joon-ho —, où la critique des institutions et des médias est aussi importante que le spectacle de la survie. Kim Seong-hun voulait montrer comment une catastrophe ordinaire peut révéler les dysfonctionnements profonds d'une société : la corruption des marchés publics, l'incompétence des secours, l'exploitation médiatique de la souffrance.
Résumé des critiques professionnelles : Tunnel a reçu un accueil critique très enthousiaste en Corée du Sud et a convaincu la presse internationale lors de sa sortie. La perfection technique des séquences de survie — la claustrophobie du tunnel, la débrouillardise du héros — et la satire sociale acerbe de la seconde partie ont été unanimement saluées. Plusieurs critiques l'ont comparé à The Host pour sa capacité à faire coexister l'humour noir et l'angoisse.
Réception du public : Tunnel a été un immense succès commercial en Corée du Sud, attirant plus de 7,1 millions de spectateurs au box-office national — l'un des plus grands succès coréens de l'année 2016. La performance de Ha Jung-woo a été saluée comme l'une des meilleures de l'année dans le cinéma coréen.
Récompenses obtenues : Le film a remporté plusieurs récompenses aux Grand Bell Awards (l'équivalent coréen des Oscars), dont le meilleur acteur pour Ha Jung-woo. Il a été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux.
Inspirations du réalisateur : Kim Seong-hun voulait que le film résonne avec les traumatismes récents de la société coréenne — notamment la catastrophe du ferry Sewol en 2014, dont la gestion désastreuse par les autorités avait profondément choqué le pays. Tunnel est une façon détournée de parler de cette incapacité institutionnelle.
Difficultés de production : Recréer l'intérieur d'un tunnel effondré avec suffisamment de réalisme pour maintenir la tension pendant une heure a représenté un défi scénographique considérable. L'équipe a construit plusieurs décors modulables permettant de montrer la progression des secours depuis l'extérieur et l'espace confiné depuis l'intérieur.
Tunnel est une satire implacable de l'incompétence institutionnelle face à une catastrophe prévisible — les tunnels coréens mal construits par des entreprises corrompues. Le film explore aussi la médiatisation obscène des drames : des journalistes qui attendent le pire pour avoir les meilleures images, une opinion publique versatile qui passe de la solidarité à l'indifférence selon les sondages. La survie comme acte de volonté — Jung-soo qui s'accroche à la vie en pensant à sa famille — est le cœur émotionnel du film. Enfin, Tunnel interroge la responsabilité collective dans les catastrophes qui ne sont jamais entièrement «naturelles».
La fin de Tunnel est à la fois soulagée et amère. Jung-soo est finalement secouru, mais dans des conditions qui révèlent à quel point les priorités des autorités et des médias étaient déplacées. La résolution satisfait le besoin de survie du personnage tout en laissant ouverte la critique sociale du film : les infrastructures défaillantes seront-elles reconstruites ? Les responsables seront-ils sanctionnés ? La réponse implicite du film est pessimiste.
Tunnel est le titre le plus simple et le plus évocateur possible — il désigne à la fois l'espace physique où se déroule l'essentiel du film et une métaphore de l'espoir. On dit qu'il y a toujours de la lumière au bout du tunnel : Tunnel teste cette promesse dans ses dimensions physique, psychologique et sociale. Le tunnel est aussi une métaphore des structures construites par la société — ponts, routes, institutions — qui peuvent s'effondrer à tout moment si la confiance qui les fonde est trahie par la corruption.
Tunnel confirme la vitalité du cinéma de genre coréen et sa capacité à traiter des sujets sociaux profonds via des récits de genre populaires. Ha Jung-woo reste l'une des plus grandes stars du cinéma coréen. Kim Seong-hun a depuis réalisé la série Stranger pour Netflix. Disponible en VOD.
Tunnel s'inscrit dans la tradition du cinéma de survie coréen héritier de The Host (2006) de Bong Joon-ho pour sa dimension satirique. Pour les films de survie en espace confiné, Buried (2010) de Rodrigo Cortés (Ryan Reynolds dans un cercueil) ou 127 heures (2010) de Danny Boyle offrent des expériences comparables. Sauvetage en enfer (1993) ou The Finest Hours (2016) appartiennent aussi à ce genre du secours impossible.