Kevin Flynn est un brillant programmeur dont les jeux vidéo ont été volés par son ancien associé Dillinger, désormais PDG de la puissante ENCOM Corporation. Quand Flynn pénètre dans les serveurs d'ENCOM pour retrouver des preuves de ce vol, il est mystérieusement transporté à l'intérieur même du système informatique — un monde digital où des programmes conscients luttent pour leur survie sous la tyrannie du «Maître Contrôle». Avec l'aide d'un programme guerrier nommé Tron, Flynn va devoir affronter le Maître Contrôle dans les jeux mortels de la Grille pour retrouver le chemin de la réalité.
Tron est un projet entièrement original de Steven Lisberger, animateur et réalisateur qui développait depuis la fin des années 1970 l'idée d'une aventure se déroulant à l'intérieur d'un ordinateur. Fasciné par les jeux vidéo naissants — Pong, Space Invaders —, Lisberger imaginait un monde visuel entièrement nouveau, radicalement différent de tout ce qui avait été tenté au cinéma. Disney, qui cherchait à se renouveler, a accepté de produire ce projet audacieux pour un budget de 17 millions de dollars. Tron est l'un des premiers films à utiliser massivement l'infographie — les effets numériques représentent vingt minutes de film — combinée à des rétroprojections sur fond lumineux pour créer les décors de la Grille. La révolution visuelle du film était si radicale que les membres du jury des Oscars ont refusé de le nommer dans la catégorie des effets visuels, estimant que l'ordinateur «trichait».
Résumé des critiques professionnelles : À sa sortie, Tron a reçu des critiques partagées. Si la révolution visuelle a été universellement saluée, le scénario et les dialogues ont été jugés trop simplistes pour soutenir un film de deux heures. Avec le recul, les critiques ont réévalué le film comme un objet de cinéma unique et visionnaire.
Réception du public : Le film a été un succès commercial modéré, rapportant 50 millions de dollars aux États-Unis pour un budget de 17 millions. Les jeux vidéo et les produits dérivés ont généré plus d'argent que le film lui-même. Il est devenu au fil des années un film culte, notamment auprès des passionnés de jeux vidéo et de culture geek.
Difficultés de production : Les séquences numériques de Tron ont été produites par quatre studios différents — Information International Inc., MAGI Synthavision, Robert Abel and Associates et Digital Effects —, chacun spécialisé dans des aspects différents de l'infographie. Coordonner ces productions parallèles et maintenir une cohérence visuelle entre elles a représenté un défi de production sans précédent.
Anecdote sur une scène particulière : Les acteurs ont joué leurs scènes dans le monde numérique dans des costumes lumineux conçus pour être intégrés aux décors infographiques. Ces costumes, portés dans le noir absolu sur des fonds noirs, étaient équipés de fils fluorescents qui s'illuminaient sous des lumières noires — une technique artisanale qui précédait de décennies les effets numériques modernes.
Tron est une métaphore des systèmes de pouvoir : la Grille informatique reproduit à l'échelle des programmes les mêmes dynamiques de tyrannie, de résistance et d'émancipation que le monde humain. Le film aborde aussi la création et la responsabilité du créateur — Flynn, le créateur des programmes, est traité comme un dieu par ses créatures. La lutte pour la liberté contre un système centralisé et oppressif est le moteur narratif central. Enfin, Tron est une ode prémonitoire au monde numérique comme espace de vie et de conflit.
Flynn parvient à détruire le Maître Contrôle en se jetant dans son flux d'énergie avec la disque de Tron — un sacrifice apparent qui libère tous les programmes de la Grille. L'attaque détruit aussi les preuves incriminant Dillinger qui seront exposées — assurant la justice du monde réel. Flynn retrouve le monde réel et est reconnu comme le vrai créateur de ses jeux. La fin réconcilie les deux mondes : justice dans la réalité, liberté dans le numérique.
Tron est le nom du programme guerrier — contraction possible de «electronic» — qui est le héros de l'intérieur de la Grille. Mais c'est aussi une sonorité qui évoque l'électronique, les circuits, le monde numérique de manière phonétique. Ce titre court et percutant, visuellement fort en lettres géométriques, est devenu l'un des designs de titre les plus emblématiques de l'histoire du cinéma de science-fiction.
La bande originale de Tron est signée par le compositeur américain Wendy Carlos — pionnière de la musique synthétique, déjà connue pour ses albums «Switched-On Bach» et sa collaboration avec Stanley Kubrick sur Orange Mécanique (1971) et The Shining (1980). Pour Tron, Carlos a composé une partition entièrement électronique qui allie les synthétiseurs à un orchestre symphonique traditionnel, créant une atmosphère sonore aussi révolutionnaire que l'image du film. Cette bande originale reste l'une des grandes partitions de la science-fiction musicale des années 1980.
Tron est disponible sur Disney+ et en VOD. Une troisième entrée dans la franchise, Tron : Ares, est en production avec Joachim Rønning à la réalisation, pour une sortie prévue en 2025. Jeff Bridges reprendrait son rôle de Kevin Flynn. La franchise Tron reste l'une des propriétés les plus appréciées de l'histoire de Disney, particulièrement dans la culture geek et gaming.
Tron est un film fondateur du genre de la science-fiction numérique, qui a directement inspiré Matrix (1999) dans sa façon de concevoir un monde digital parallèle. Tron : L'Héritage (2010) de Joseph Kosinski est la suite directe du film. Pour la science-fiction des années 1980 à univers visuel révolutionnaire, Blade Runner (1982) de Ridley Scott sorti la même année partage la même ambition esthétique.