Octobre 1962. Des photos de reconnaissance aérienne révèlent que l'Union soviétique installe des missiles nucléaires à Cuba, à quelques centaines de kilomètres des côtes américaines. Le président Kennedy et son entourage disposent de treize jours pour résoudre la crise sans déclencher une troisième guerre mondiale. Le film suit de l'intérieur la salle des décisions, où chaque heure qui passe rapproche le monde d'un apocalypse nucléaire.
Treize jours s'appuie sur le livre The Kennedy Tapes: Inside the White House During the Cuban Missile Crisis de Ernest R. May et Philip D. Zelikow, compilant les enregistrements secrets des délibérations du gouvernement américain pendant la crise des missiles de Cuba. Le scénariste David Self a condensé et dramatisé ce matériau considérable pour en extraire un thriller politique haletant qui reste très proche des faits historiques. Roger Donaldson, réalisateur australien passé par des films d'action et de suspense (No Way Out, The Bounty), a été choisi pour sa capacité à maintenir la tension dramatique dans des situations confinées. Le rôle de Kenny O'Donnell, conseiller de Kennedy et personnage pivot du film, a été légèrement agrandi et fictionnalisé pour servir de guide au spectateur dans les coulisses de la décision. Kevin Costner, producteur et acteur du film, a défendu le projet avec passion, convaincu de l'importance pédagogique et cinématographique de raconter cet épisode crucial de la Guerre froide. Le film a bénéficié de la coopération de la Kennedy Library et d'historiens spécialistes de la crise pour garantir la fidélité des événements représentés.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a globalement bien accueilli Treize jours, saluant un thriller politique rigoureux et prenant, même si certains journalistes ont pointé quelques inexactitudes historiques et la place un peu trop centrale accordée au personnage de Kenny O'Donnell par rapport aux frères Kennedy. Bruce Greenwood a été particulièrement salué pour son incarnation sobre et convaincante de John F. Kennedy.
Réception du public : Le film a réalisé des recettes correctes sans toutefois être un triomphe commercial, récoltant environ 68 millions de dollars dans le monde pour un budget de 80 millions. Il a trouvé un public fidèle parmi les amateurs de films historiques et politiques, et a eu une longue vie en DVD dans les établissements scolaires et universitaires comme support pédagogique sur la crise de Cuba.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas reçu de nominations dans les grandes catégories des Oscars, mais Bruce Greenwood a reçu des distinctions dans plusieurs cercles de critiques pour son interprétation de Kennedy.
Inspirations du réalisateur : Roger Donaldson s'est plongé dans une quantité considérable de documents d'archives, d'enregistrements audio et de témoignages des survivants de la crise pour nourrir sa mise en scène. Il a cherché à rendre perceptible la pression temporelle et psychologique que vivaient les membres de l'ExComm — le comité exécutif de crise de Kennedy — enfermés dans leurs réunions pendant treize jours.
Difficultés de production : Recréer les décors de la Maison-Blanche, de la salle de crise et des bases militaires de l'époque a nécessité un travail de recherche et de reconstitution minutieux. Les archives photographiques et filmées disponibles sur la période ont été utilisées comme référence systématique pour chaque décor, chaque costume et chaque accessoire.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de l'affrontement entre Kennedy et les généraux militaires qui réclament une frappe immédiate sur Cuba a été jouée en plusieurs versions — plus ou moins frontale — avant que Donaldson ne choisisse la version la plus retenue, estimant que la sobriété était plus terrifiante que le conflit ouvert.
Treize jours est un film sur le pouvoir de la diplomatie et de la retenue face à la tentation de la force militaire. Il montre comment des hommes intelligents, sous une pression extrême, peuvent résister aux injonctions de l'escalade et trouver une issue pacifique à une crise potentiellement apocalyptique. La question du leadership en temps de crise est au cœur du film : Kennedy y est présenté comme un homme capable d'écouter des avis contradictoires, de douter, et de résister à la certitude confortable de ceux qui veulent la guerre. Le film aborde également la mécanique de la Guerre froide et ses logiques de dissuasion et de représailles, montrant à quel point le monde a été proche d'une catastrophe nucléaire sans que la grande majorité des habitants de la planète en soit consciente. La loyauté et la confiance entre les conseillers et le président sont des thèmes secondaires mais présents, incarnés dans la relation entre Kennedy et O'Donnell.
La fin de Treize jours est connue à l'avance de tous ceux qui connaissent l'histoire : la crise se résout par un accord secret entre Kennedy et Khrouchtchev, les Soviétiques retirant leurs missiles de Cuba en échange d'un engagement américain à ne pas envahir l'île et d'un retrait discret des missiles américains de Turquie. Le film traite cette résolution non comme un triomphe mais comme un soulagement fragile et à peine croyable — treize jours au cours desquels le monde a failli être détruit, sauvé par quelques hommes qui ont choisi la raison plutôt que l'honneur militaire.
Le titre Treize jours (titre original : Thirteen Days) est d'une précision factuelle qui est en elle-même source de tension dramatique : il désigne la durée exacte de la crise des missiles de Cuba, du 16 au 28 octobre 1962. Ce nombre ancre immédiatement le film dans la réalité historique et dans une temporalité précisément délimitée, ce qui renforce le sentiment d'urgence et d'imminence du danger. Treize jours pour que le monde bascule ou survive — une comptabilité mortelle que le film se charge de rendre palpable.
Treize jours reste une référence pédagogique sur la crise des missiles de Cuba et est régulièrement utilisé dans les cours d'histoire contemporaine et de relations internationales. Dans le contexte de tensions géopolitiques renouvelées, le film retrouve une actualité troublante. Il est disponible sur plusieurs plateformes de streaming.