Frank Gilbreth, un ingénieur pionnier dans l'étude des mouvements et de l'organisation du travail, applique ses théories d'efficacité économique au sein de sa propre famille élargie, composée de pas moins de douze enfants. Aux côtés de son épouse Lillian, elle aussi psychologue et ingénieure, il dirige sa maison comme une véritable entreprise avec humour, rigueur et une affection débordante. Le film dépeint les joies, les quiproquos et les défis quotidiens d'une tribu hors du commun au début du XXe siècle. Entre les réunions de famille formelles pour voter le budget et les crises d'adolescence, la vie de cette maisonnée est un tourbillon permanent.
Le scénario est adapté du roman autobiographique à grand succès écrit par deux des enfants Gilbreth, Frank Jr. et Ernestine Gilbreth Carey, publié en 1948. Le réalisateur Walter Lang a été séduit par la fraîcheur et la nostalgie de ce récit familial qui célébrait des valeurs d'unité et d'organisation. L'inspiration est venue de la volonté de dépeindre une Amérique optimiste d'après-guerre à travers le prisme d'une époque révolue mais chaleureuse. Les anecdotes réelles de cette famille d'inventeurs ont servi de matière première pour construire des situations comiques et touchantes.
La critique professionnelle de l'époque a chaleureusement accueilli cette comédie familiale, louant son ton léger, son humour bienveillant et l'excellente dynamique entre les acteurs. La performance de Clifton Webb en patriarche excentrique mais profondément aimant a été particulièrement saluée par la presse spécialisée. Le public a plébiscité le film en salles, en faisant l'un des plus grands succès commerciaux de l'année 1950 aux États-Unis. Les familles se sont ruées pour découvrir cette œuvre réconfortante qui faisait écho aux joies de la parentalité. Bien que le long-métrage n'ait pas récolté de grandes distinctions lors des festivals internationaux ou des Oscars, il est resté un classique populaire multi-diffusé à la télévision américaine pendant des décennies.
Walter Lang a adopté une mise en scène colorée et dynamique, utilisant le Technicolor pour donner un aspect de livre d'images chaleureux à cette chronique du début du siècle. Il a veillé à ce que l'ambiance sur le plateau reste joyeuse malgré la difficulté de diriger un si grand nombre d'enfants acteurs simultanément. La production a dû relever le défi logistique de coordonner douze jeunes comédiens d'âges différents, ce qui demandait une patience d'ange de la part de l'équipe technique. Des tuteurs étaient présents sur le plateau pour s'assurer que les enfants poursuivaient leur scolarité entre les prises. Une scène amusante montre le père chronométrer l'amygdalectomie de plusieurs de ses enfants pour prouver l'efficacité de sa méthode chirurgicale planifiée. Ce moment loufoque retranscrit fidèlement une véritable obsession du vrai Frank Gilbreth pour l'optimisation du temps. Pour le rôle de la mère, Myrna Loy était le choix idéal du studio en raison de son image bienveillante de l'épouse parfaite du cinéma hollywoodien.
Le film explore avec humour la conciliation entre les théories scientifiques de l'organisation et l'amour familial imprévisible. Il aborde la transition vers la modernité, l'éducation des enfants, la solidarité fraternelle et le deuil. La place de la femme éduquée et professionnelle est également valorisée à travers le personnage de Lillian.
La fin du film prend une tournure émouvante avec le décès soudain du père, parti donner une conférence en Europe. Sa famille, bien que dévastée, décide de poursuivre son œuvre en appliquant ses principes de solidarité et d'autonomie. Lillian reprend le flambeau professionnel de son mari, prouvant que l'héritage de Frank survit à travers l'amour et la force de sa tribu.
Le titre est une expression idiomatique faisant référence à l'achat en gros où l'on obtient treize articles pour le prix de douze. Dans le contexte du film, cela s'applique avec humour à cette famille immense où le nombre d'enfants dépasse largement les standards. C'est une célébration de l'abondance, de la générosité et du chaos joyeux d'une maison pleine à craquer.
L'œuvre a inspiré plusieurs remakes modernes dans les années 2000 avec Steve Martin, témoignant de la popularité intemporelle de son concept initial. Le film original est régulièrement cité comme un modèle du cinéma familial de l'âge d'or d'Hollywood.