*Traffic* entrelace trois histoires parallèles sur le trafic de drogue entre le Mexique et les États-Unis. Un juge américain nommé à la tête de la lutte anti-drogue découvre que sa propre fille est accro à l'héroïne. Un policier mexicain incorruptible navigue dans les eaux troubles de la corruption et des cartels. La femme d'un baron de la drogue, enceinte, prend les rênes du réseau de son mari arrêté pour assurer leur survie. Trois regards sur un même fléau, trois Amériques que la guerre contre la drogue ne parvient pas à réconcilier.
Traffic est une adaptation de la mini-série britannique Traffik (1989), réalisée par Alastair Reid et diffusée sur Channel 4, qui racontait le trafic de drogue entre le Pakistan et l'Europe selon une structure narrative similaire à plusieurs fils entrelacés. Le producteur Edward Zwick a acquis les droits pour en développer une version américaine ancrée dans la réalité du trafic entre le Mexique et les États-Unis, confiée au scénariste Stephen Gaghan. Steven Soderbergh, qui venait de terminer Erin Brockovich, a accepté le projet avec enthousiasme, y voyant l'occasion de proposer un film politique et formel ambitieux sur la plus grande guerre intérieure des États-Unis. La structure à plusieurs fils narratifs — chacun traité avec une photographie et une palette de couleurs distinctes — était au cœur du concept dès le début : le Mexique en tons chauds et granuleux, l'Ohio en bleu froid et désaturé, San Diego en lumière standard. Soderbergh a fait le choix radical d'être son propre chef opérateur sous le pseudonyme de Peter Andrews, utilisant des caméras légères et une approche quasi documentaire pour ancrer chaque récit dans une réalité visuelle spécifique.
Résumé des critiques professionnelles : La critique américaine et internationale a été enthousiaste pour Traffic, saluant un film politique ambitieux, formellement rigoureux et émotionnellement puissant. La structure en tryptique a été jugée particulièrement efficace pour rendre compte de la complexité d'un problème que les discours officiels réduisent trop souvent à une guerre manichéenne entre bien et mal. Benicio Del Toro a recueilli les louanges les plus unanimes pour son interprétation tout en nuances.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial solide, récoltant plus de 207 millions de dollars dans le monde pour un budget de 46 millions. Il a su attirer un public adulte et exigeant qui ne trouvait pas souvent ce niveau d'ambition dans le cinéma hollywoodien grand public. Son impact culturel a été significatif, relançant le débat public sur la politique américaine en matière de drogue.
Récompenses obtenues : Traffic a remporté quatre Oscars lors de la cérémonie de 2001, dont ceux du meilleur réalisateur pour Soderbergh, du meilleur acteur dans un second rôle pour Benicio Del Toro, du meilleur scénario adapté et du meilleur montage. C'est l'un des palmarès les plus remarquables de la décennie pour un film de genre politique.
Inspirations du réalisateur : Soderbergh s'est inspiré du néoréalisme italien et des films de Costa-Gavras pour la dimension politique et la texture documentaire qu'il souhaitait donner au film. Il a rencontré des policiers, des juges, des trafiquants repentis et des familles touchées par l'addiction pour nourrir le scénario de détails authentiques.
Difficultés de production : Tourner en décors réels au Mexique et dans les rues des grandes villes américaines avec des caméras légères a exposé l'équipe à de nombreuses situations imprévues. Certaines scènes au Mexique ont été tournées dans des zones à risque, nécessitant des précautions de sécurité importantes pour protéger l'équipe et les acteurs.
Anecdote sur une scène particulière : Pour préparer son rôle, Michael Douglas a rencontré plusieurs responsables de la politique anti-drogue américaine, et ces échanges ont directement influencé sa façon de jouer la transformation progressive de son personnage — d'un croisé confiant à un père désemparé.
Traffic est une plongée sans concession dans la complexité de la guerre contre la drogue, montrant simultanément ses victimes, ses bénéficiaires et ses agents — qui peuvent parfois être les mêmes personnes. Le film dénonce avec force l'hypocrisie d'une société qui condamne le trafic de drogue tout en créant les conditions économiques et sociales qui le rendent inévitable. La question de la corruption — policière, judiciaire, politique — est omniprésente dans les fils mexicains et américains, présentée comme un mécanisme systémique et non comme une déviance individuelle. La famille comme premier espace de la crise est un thème puissant : c'est dans les maisons, les chambres d'adolescents, les cuisines, que la guerre contre la drogue se perd ou se gagne réellement, loin des discours officiels.
Traffic n'offre pas de conclusion triomphante ou rédemptrice — aucun des trois fils narratifs ne se résout par une victoire nette. Le juge Wakefield comprend que son rôle dans la guerre contre la drogue est vain sans s'attaquer aux causes profondes, et choisit d'être là pour sa fille plutôt que de combattre une guerre qu'il ne peut pas gagner. Javier, le policier mexicain, remporte une victoire personnelle dérisoire dans un système corrompu qui le dépasse. Helena assure la survie de sa famille dans un monde criminel qu'elle a choisi d'embrasser par nécessité. La conclusion à trois têtes du film est un constat lucide et douloureux : la guerre contre la drogue est une guerre sans fin et sans vainqueur.
Le titre Traffic est à la fois concret et métaphorique. Concrètement, il désigne le trafic de drogue qui est le sujet du film. Mais il évoque aussi le trafic routier — le flux ininterrompu, le mouvement perpétuel de marchandises et d'êtres humains que rien ne peut vraiment arrêter. Comme la circulation automobile, le trafic de drogue s'adapte, contourne les obstacles et trouve toujours son chemin. Le titre affirme ainsi d'emblée l'inutilité des barrages et des contrôles face à un phénomène qui obéit à des lois plus profondes.
Traffic est aujourd'hui considéré comme l'un des films politiques américains les plus importants du début du XXIe siècle. Ses analyses sur l'échec de la guerre contre la drogue restent d'une brûlante actualité. Une série dérivée, également intitulée Traffic, a été développée pour la télévision américaine. Le film est disponible sur les grandes plateformes de streaming.