Nikki est un beau jeune homme de Los Angeles qui vit depuis des années grâce au soutien financier de femmes riches et plus âgées qu'il séduit et entretient. Sa rencontre avec Heather, une avocate aisée qui l'héberge dans sa villa de luxe, semble confirmer ce schéma répété. Mais une jeune serveuse rencontrée dans un café fait naître en lui pour la première fois un sentiment sincère qu'il ne sait pas encore gérer. Le film explore avec une certaine froideur le vide intérieur d'un homme dont la séduction est devenue un mode de survie sans âme.
David Mackenzie souhaitait construire un portrait sans complaisance d'un homme dont la beauté physique est devenue le seul capital dans une ville obsédée par les apparences. L'idée originale explorait le rôle du gigolo masculin avec un regard plus clinique et moins romantique que les traitements habituels du genre. Le réalisateur voulait déplacer le centre du récit de la légèreté de la comédie vers quelque chose de plus mélancolique sur la superficialité de Los Angeles. Le film a été conçu comme une réflexion sur la vacuité d'une existence construite entièrement sur la séduction et le parasitisme affectif. Ashton Kutcher a été choisi précisément pour son image de beau gosse hollywoodien, que le film cherche à démythifier de l'intérieur. Le tournage s'est déroulé dans les milieux huppés de Los Angeles, décor naturel de ce récit.
La critique a accueilli le film de manière mitigée, certains saluant l'ambition du portrait et d'autres regrettant un manque de profondeur du scénario malgré la qualité de l'intention. Plusieurs observateurs ont été surpris par la performance plus mature d'Ashton Kutcher dans ce rôle. Le film a été apprécié pour son regard désenchanté et sans romantisme sur le monde de la séduction vénale. D'autres critiques ont jugé le personnage principal trop peu attachant pour susciter une véritable empathie du spectateur. Le public s'est montré partagé, certains appréciant la noirceur du récit et d'autres déroutés par l'absence d'empathie pour le personnage central. Le film a surtout trouvé un écho dans les circuits indépendants du cinéma plutôt qu'en salle grand public. De nombreux spectateurs ont salué la photographie léchée et l'atmosphère froide de Los Angeles. Il reste un film plus audacieux que son casting habituel de Kutcher ne le laissait présager. Le film n'a pas reçu de récompense institutionnelle notable. Il a néanmoins bénéficié d'une reconnaissance favorable dans plusieurs festivals de cinéma indépendant. Sa réception critique reste liée à la curiosité suscitée par ce contre-emploi d'Ashton Kutcher. Il demeure une œuvre mineure mais intéressante dans la filmographie de David Mackenzie.
David Mackenzie a choisi délibérément Ashton Kutcher pour briser l'image lisse et comique de l'acteur et en explorer la superficialité avec une distance critique assumée. Le tournage dans les milieux aisés de Los Angeles a permis de bénéficier de décors naturellement représentatifs de l'univers dépeint. Kutcher a travaillé à dépouiller son jeu de tout le charme habituel de ses rôles comiques pour incarner une forme de vide intérieur troublant. Plusieurs scènes d'intimité ont été tournées avec une froideur délibérée, contrastant avec la chaleur attendue de ce type de scènes. Le film a connu une préparation longue pour que Kutcher trouve le bon équilibre entre séduction et désincarnation.
Le film aborde la vacuité de l'existence construite sur la séduction vénale, la difficulté de ressentir quelque chose de vrai quand on a appris à tout simuler, et Los Angeles comme métaphore d'une société de l'image et du paraître.
Nikki, après avoir perdu Heather et avoir gâché sa relation avec la jeune femme qu'il aimait vraiment, se retrouve seul et désœuvré, obligé de reprendre son ancien mode de vie sans la certitude qu'il en trouvera encore la force, la fin restant délibérément ouverte et mélancolique.
Le titre original Spread évoque à la fois l'image de quelqu'un qui s'étale, se répand dans l'existence des autres sans jamais s'y ancrer, et la notion de parasitisme affectif qui définit le personnage principal.
Le film reste cité comme l'un des projets les plus atypiques et surprenants de la carrière d'Ashton Kutcher.
American Gigolo, Pretty Woman, Eyes Wide Shut.