Daniel Plainview est un prospecteur de pétrole autodidacte et implacable qui, à la fin du XIXe siècle, constitue un empire pétrolier en Californie en rachetant des terres à des familles de fermiers crédules. Sa rencontre avec Eli Sunday, un jeune prédicateur évangélique aussi ambitieux que lui, va donner naissance à l'une des rivalités les plus mémorables de l'histoire du cinéma américain — un duel entre deux formes de pouvoir, le capital et la religion, qui incarnent toutes deux la même soif inextinguible. Adapté librement du roman *Oil!* d'Upton Sinclair, ce chef-d'œuvre absolu de Paul Thomas Anderson est une fresque sur les fondements de l'Amérique moderne.
Genèse du film
There Will Be Blood est très librement inspiré du roman Oil! d'Upton Sinclair, publié en 1927, qui racontait l'histoire d'un magnat du pétrole californien et de son fils. Paul Thomas Anderson n'a retenu du roman que ses premières pages et l'atmosphère générale — la ruée vers l'or noir dans la Californie du tournant du XXe siècle — pour construire un film entièrement original dans son personnage central et dans ses obsessions. Anderson voulait un film sur l'Amérique telle qu'elle s'est forgée — dans la cupidité, la violence et l'hubris — en montrant que le capitalisme et la religion évangélique, loin de s'opposer, sont les deux faces d'un même désir de domination. Daniel Day-Lewis, à qui le rôle de Daniel Plainview semblait écrit, s'est préparé pendant des mois en étudiant l'époque, les techniques d'extraction pétrolière et les magnats du pétrole historiques.
Résumé des critiques professionnelles : There Will Be Blood est accueilli comme un chef-d'œuvre absolu dès sa sortie, la critique américaine et internationale s'accordant pour voir en lui l'un des films les plus importants du cinéma américain depuis des décennies. Daniel Day-Lewis reçoit des éloges quasi unanimes pour une performance décrite comme la plus grande de l'histoire récente du cinéma — une création totale d'un personnage d'une puissance et d'une complexité incomparables. Paul Thomas Anderson est salué comme le cinéaste américain de sa génération le plus proche de Kubrick dans sa maîtrise formelle.
Réception du public : Le film récolte plus de 76 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 25 millions — un succès significatif pour une œuvre aussi exigeante et aussi peu conventionnelle. Le public cinéphile répond massivement présent, mais le grand public est déstabilisé par la durée, le rythme et la noirceur absolue du film.
Récompenses obtenues : Le film remporte deux Oscars — Meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis (son deuxième) et Meilleure photographie pour Robert Elswit. Il est nommé à six autres Oscars dont Meilleur film et Meilleur réalisateur. Daniel Day-Lewis remporte également le BAFTA, le Golden Globe et le SAG Award pour sa performance.
Inspirations du réalisateur : Paul Thomas Anderson s'est inspiré de plusieurs sources pour construire le personnage de Daniel Plainview : John Huston, dont la présence imposante et la voix grave transparaissent dans la façon dont Day-Lewis a construit le personnage ; et surtout les magnats du pétrole réels de l'époque — Edward Doheny notamment — dont les carrières illustrent l'histoire de l'Amérique d'une façon que peu de films ont su saisir.
Difficultés de production : Reconstituer la Californie rurale du début du XXe siècle — les derricks de bois, les paysages arides, les petites communautés religieuses isolées — nécessita un travail de production d'une précision historique exceptionnelle. La décision de tourner en pellicule 35mm plutôt qu'en numérique donna au film une texture visuelle qui renforce son ancrage dans le passé.
Anecdote sur une scène particulière : La dernière scène du film — dans laquelle Plainview crie "I'm finished !" après avoir massacré Eli Sunday dans sa salle de bowling privée — est l'une des conclusions les plus discutées de l'histoire du cinéma américain récent. Anderson a tourné cette séquence sur plusieurs jours, cherchant l'équilibre exact entre le grotesque, le tragique et le symboliquement juste.
Thèmes abordés
There Will Be Blood est une parabole sur la naissance du capitalisme américain et sur les forces — cupidité, solitude, hubris — qui l'ont à la fois construit et corrompu. Plainview représente l'entrepreneuriat américain dans ce qu'il a de plus brutal et de plus admirable simultanément : sa réussite est réelle, sa méthode est impitoyable. Le duel avec Eli Sunday dit que la religion évangélique et le capitalisme pétrolier ne sont pas des forces opposées mais des partenaires dans la même quête de domination sur les hommes. Le film dit aussi quelque chose sur la solitude absolue du pouvoir : Plainview, qui a tout, n'a personne.
Explication de la fin
La fin de There Will Be Blood voit Plainview tuer Eli Sunday dans sa salle de bowling privée — après avoir contraint le prédicateur à admettre qu'il est "un faux prophète" — puis annoncer à son majordome, seul témoin : "J'ai terminé." Cette fin dit que Plainview a tout accompli — richesse, vengeance, domination — et se retrouve avec rien. Son empire est construit, son ennemi est mort, et il est seul dans sa salle de bowling avec un cadavre. C'est l'image la plus précise de ce que le succès absolu peut produire.
Signification du titre
"There Will Be Blood" — "Il y aura du sang" — est une prophétie qui dit d'emblée le ton et les enjeux du film. Ce titre vient du Livre de l'Exode dans la Bible ("Il y aura du sang dans toute l'Égypte"), ce qui ancre le film dans une tradition biblique de violence et de punition divine. Il dit aussi la vérité pragmatique de la ruée vers le pétrole : la fortune ne se construit pas sans destructions, sans trahisons et sans morts.
Bande Originale
La bande originale de There Will Be Blood est composée par Jonny Greenwood, guitariste du groupe Radiohead, qui signe là sa première musique de film pour un long-métrage américain. La partition est radicalement différente de ce que l'on attendrait pour un film d'époque : des cordes dissonantes, des percussions agressives, des textures musicales qui évoquent le modernisme du XXe siècle plutôt que les films historiques traditionnels. Cette décision — utiliser une musique anachronique pour parler de la naissance du monde moderne — est l'une des plus courageuses et des plus réussies de l'histoire récente de la musique de film. La composition Convergence et le thème principal du film sont parmi les morceaux de musique de film les plus discutés de la décennie. La BO fut néanmoins exclue des Oscars pour des raisons techniques controversées.
Actualités
There Will Be Blood est aujourd'hui universellement reconnu comme l'un des dix ou vingt meilleurs films américains du XXIe siècle, et la performance de Daniel Day-Lewis comme l'une des plus grandes de l'histoire du cinéma. Paul Thomas Anderson a depuis confirmé son statut exceptionnel avec The Master (2012) et Phantom Thread (2017) — dans lequel Day-Lewis a livré ce qu'il a annoncé comme sa dernière performance d'acteur. Le film continue d'alimenter les discussions sur le cinéma américain et sur la nature du capitalisme dans l'histoire nationale.
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