Dimanche, 12 juillet 2026
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The World To Come

The World To Come

2020 États-Unis
Synopsis

Au milieu du dix-neuvième siècle, dans une région reculée de l'État de New York, Abigail et son mari Dyer mènent une existence rude et isolée sur leur ferme, encore accablés par le deuil récent de leur jeune fille. L'arrivée d'un nouveau couple de voisins, Tallie et Finney, va bouleverser le quotidien d'Abigail. Les deux femmes se lient rapidement d'amitié avant que cette complicité ne se transforme en une passion amoureuse aussi intense qu'interdite. Dans un monde rural où la place de la femme est strictement circonscrite au foyer et à l'obéissance conjugale, Abigail et Tallie doivent composer avec la surveillance et la jalousie de leurs maris respectifs.

Genèse du film

The World to Come est l'adaptation d'une nouvelle de l'écrivain américain Jim Shepard, publiée en 2004 dans le recueil The O. Henry Prize Stories, que ce dernier a lui-même adaptée pour le grand écran en collaboration avec le romancier Ron Hansen. La réalisatrice norvégienne Mona Fastvold, déjà connue pour son travail de scénariste sur plusieurs films de son compagnon Brady Corbet, a été choisie pour porter ce récit à l'écran, s'attachant à retranscrire avec une grande fidélité de langage et de ton la rudesse de la vie rurale américaine du dix-neuvième siècle. Casey Affleck, qui produit également le film, a rejoint le projet dès février 2019, aux côtés de Katherine Waterston et Vanessa Kirby, tandis que Jesse Plemons, initialement annoncé pour un rôle masculin, s'est finalement retiré et a été remplacé par Christopher Abbott. Le tournage s'est déroulé principalement en Roumanie, un choix de production destiné à recréer de façon crédible et économique l'austérité paysagère du nord-est américain de l'époque. Mona Fastvold a expliqué avoir voulu imaginer et rendre visible une histoire d'amour queer que l'Histoire officielle n'a jamais documentée, s'éloignant délibérément de toute mythologie idéalisée de la vie domestique rurale du dix-neuvième siècle pour en montrer aussi les tensions et les duretés.

Critiques et réception

Les critiques ont salué The World to Come pour sa mise en scène sensible et sa reconstitution soignée de la vie rurale américaine du dix-neuvième siècle, tout en reconnaissant sa proximité thématique et stylistique avec d'autres romances lesbiennes en costume d'époque parues à la même période. Plusieurs observateurs ont particulièrement mis en avant les performances de Katherine Waterston et Vanessa Kirby, capables de faire ressentir toute l'intensité d'un amour naissant dans un contexte de répression sociale extrême. D'autres critiques se sont montrées plus réservées, jugeant le film un peu trop conforme aux codes désormais bien établis du genre du drame romantique historique entre femmes, sans y apporter une inflexion suffisamment personnelle. Le public a réservé un accueil contrasté au film, une partie des spectateurs saluant la beauté visuelle et l'intensité émotionnelle du récit, une autre regrettant la tonalité tragique de son dénouement, jugée trop conforme aux attentes habituelles du genre où les romances entre femmes se terminent rarement de façon heureuse. Le film a néanmoins trouvé un public fidèle, en particulier au sein des communautés LGBTQ+, sensibles à la représentation sincère de cette relation amoureuse méconnue de l'histoire américaine. The World to Come a remporté le Queer Lion, prix récompensant le meilleur film à thématique LGBTQ+ présenté à la Mostra de Venise, lors de sa présentation en compétition au Festival de Venise 2020.

Anecdotes de tournage

Mona Fastvold a porté une attention particulière au langage utilisé par les personnages, retravaillé en profondeur avec les acteurs durant les répétitions pour restituer une intimité émotionnelle authentique sans jamais tomber dans l'anachronisme, une démarche visant à imaginer une histoire d'amour queer que les archives historiques n'ont jamais consignée. Le tournage s'est déroulé principalement en Roumanie plutôt qu'aux États-Unis, un choix de production permettant de recréer à moindre coût l'austérité des paysages ruraux du nord-est américain du dix-neuvième siècle, tout en offrant à l'équipe technique davantage de liberté logistique. La partition musicale du film a été confiée au compositeur britannique Daniel Blumberg, qui a collaboré avec des musiciens issus de la scène expérimentale et avant-gardiste, dont Peter Brötzmann et Josephine Foster, pour élaborer une bande originale résolument atypique pour ce type de drame en costume d'époque.

Thèmes abordés

The World to Come explore l'amour interdit et la naissance du désir féminin dans un contexte social qui condamne toute expression de sexualité en dehors du cadre conjugal hétérosexuel imposé. Le film interroge également l'isolement extrême de la vie rurale du dix-neuvième siècle, où les femmes se retrouvaient souvent réduites au silence et à l'exécution de tâches domestiques répétitives sans possibilité d'émancipation. Le deuil et la difficulté de se reconstruire après la perte d'un enfant traversent également le parcours du personnage d'Abigail. Le film aborde enfin le contrôle exercé par les maris sur leurs épouses, incarné à des degrés divers par les personnages de Dyer et de Finney, ce dernier représentant une forme plus explicite de possessivité et de jalousie destructrice.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se conclut sur une note profondément tragique : la relation amoureuse entre Abigail et Tallie, jusque-là source d'espoir et de renaissance pour les deux femmes, est brutalement interrompue par la mort de Tallie, tuée par son mari Finney dans un accès de jalousie possessive. Abigail, dévastée par cette nouvelle perte après celle de sa fille, doit continuer à vivre auprès de son propre mari, contrainte de refermer son cœur sur ce bref moment de liberté et de bonheur qu'elle a connu. Ce dénouement souligne la brutalité des rapports de pouvoir de l'époque : dans un monde où les femmes sont considérées comme la propriété de leur mari, toute tentative d'émancipation, aussi discrète soit-elle, peut se heurter à une violence fatale.

Signification du titre

Le titre The World to Come, littéralement « le monde à venir », renvoie à une expression d'origine religieuse désignant traditionnellement la vie après la mort ou un futur meilleur promis aux croyants. Dans le contexte du film, ce titre prend une résonance particulière : il évoque à la fois l'espoir d'un avenir différent qu'Abigail entrevoit brièvement à travers son amour pour Tallie, et la dimension tragiquement inatteignable de ce monde meilleur, condamné à rester un horizon lointain plutôt qu'une réalité accessible dans le contexte social du dix-neuvième siècle.

Bande Originale

La musique du film a été composée par Daniel Blumberg, qui a fait appel à des musiciens issus de la scène musicale expérimentale et improvisée, dont le saxophoniste Peter Brötzmann, pour élaborer une partition dissonante et singulière, en rupture avec les compositions plus conventionnelles habituellement associées au genre du drame en costume d'époque.

Actualités

The World to Come continue d'être régulièrement cité parmi les romances en costume d'époque marquantes du début des années 2020, aux côtés d'autres œuvres du genre sorties à la même période. Mona Fastvold a depuis poursuivi sa collaboration créative avec Brady Corbet sur d'autres projets cinématographiques d'envergure.

Films Similaires

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, autre romance lesbienne en costume d'époque saluée par la critique internationale, constitue la comparaison la plus immédiate pour situer The World to Come dans le paysage cinématographique contemporain. Ammonite de Francis Lee, sorti la même année et traitant lui aussi d'une relation amoureuse entre deux femmes au dix-neuvième siècle, partage avec le film de Mona Fastvold cette esthétique de l'amour empêché par les conventions sociales. Carol de Todd Haynes, bien que situé au vingtième siècle, offre une résonance thématique forte autour de la difficulté de vivre un amour entre femmes dans un contexte social hostile.