Lao San est un ancien soldat de la marine chinoise qui a développé des troubles mentaux et cognitifs majeurs suite à un grave accident cérébral survenu en service. Désormais réformé, il vit dans son propre monde, percevant la réalité à travers le prisme rigide de la justice militaire et se prenant pour un chevalier des temps modernes. Armé de sa lance de combat, il parcourt les rues pour traquer les petits criminels et défendre les opprimés. Sa routine bascule lorsqu'il se retrouve mêlé à un complot d'envergure internationale mené par un parrain de la pègre qui tente de voler une relique antique inestimable au musée de la ville.
Le scénario de ce film d'action original a été conçu par le réalisateur Ding Sheng, désireux de créer un profil de héros atypique pour le cinéma d'action chinois. L'idée originelle est née de l'observation des vétérans de l'armée et de la volonté de traiter de la maladie mentale sous l'angle de l'héroïsme pur et de la candeur enfantine. Le cinéaste a puisé son inspiration dans le mythe littéraire classique de Don Quichotte, transposé au cœur d'une métropole chinoise moderne du XXIe siècle. Il a voulu rompre avec les personnages habituels d'arts martiaux infaillibles pour proposer un protagoniste vulnérable dont la force réside dans son obsession de faire le bien. Le projet a reçu le soutien de producteurs de Hong Kong friands de policiers originaux.
La presse spécialisée asiatique a accueilli le film de manière positive, saluant l'originalité audacieuse du propos et l'excellente performance de l'acteur Liu Ye, remarquable dans son interprétation nuancée de ce soldat brisé à l'esprit d'enfant. Les critiques ont apprécié le mélange singulier entre des scènes d'action brutales au corps à corps et des moments de pure comédie dramatique teintés de poésie. En salles, le long-métrage a rencontré un joli succès d'estime auprès du public chinois, touché par la noblesse d'esprit de ce héros marginal et son dévouement patriotique. Les amateurs de cinéma policier ont applaudi la qualité des chorégraphies physiques réalistes. Le film a permis de révéler le talent de metteur en scène de Ding Sheng, ouvrant la voie à ses futures collaborations à gros budget. Le long-métrage a remporté le prix du meilleur premier film lors d'un festival national renommé.
Ding Sheng s'est inspiré du style visuel âpre du cinéma policier hongkongais classique pour filmer les bas-fonds de la ville industrielle. La production a connu des difficultés pour régler les scènes de combat de manière à ce qu'elles traduisent le style de lutte militaire brute de Lao San face aux arts martiaux stylisés des criminels. Pour une scène particulière d'affrontement dans les couloirs étroits du musée, l'acteur Liu Ye a suivi un entraînement physique intensif auprès d'anciens commandos de la marine pour parfaire ses postures de combat. Le casting initialement prévu s'est enrichi de la présence de la star Anthony Wong, ravie d'apporter son charisme de méchant sophistiqué pour faire contrepoids à la naïveté du héros.
Le long-métrage explore la réinsertion sociale difficile des vétérans de l'armée souffrant de traumatismes physiques ou psychologiques. Il aborde également la persistance des valeurs d'honneur, de justice absolue et de sacrifice individuel dans une société moderne dominée par le matérialisme et la corruption financière. La noblesse du cœur y transcende le handicap.
La conclusion dramatique montre Lao San parvenant à déjouer le vol de la relique nationale au prix de blessures graves, opposant sa détermination militaire à la cupidité des trafiquants. Reconnu par ses anciens pairs comme un véritable gardien de l'honneur, il continue sa croisade urbaine solitaire, protégeant bénévolement la ville, éternellement enfermé dans sa vision pure et chevaleresque du monde.
Le titre The Underdog Knight fait référence au statut de marginal méprisé par la société que porte le protagoniste, un homme brisé que tout le monde sous-estime mais qui agit en secret avec la noblesse d'un authentique chevalier médiéval.
Le succès de ce personnage atypique a poussé le réalisateur à mettre en chantier une suite intitulée He-Man quelques années plus tard, confirmant l'attachement du public chinois pour ce héros singulier.
Forrest Gump (1994), Don Quichotte, Flash Point (2007), Police Story (2013).