Propriétaire discret d'un club de jazz à Montréal, Nick Wells est en réalité un cambrioleur de génie à qui aucun coffre-fort n'a jamais résisté, désormais bien décidé à raccrocher pour couler des jours tranquilles avec sa compagne Diane. Son ami et receleur de longue date Max le convainc pourtant de participer à un dernier coup d'envergure exceptionnelle : dérober un sceptre royal français inestimable conservé dans le bâtiment ultra-sécurisé des douanes canadiennes. Pour mener à bien ce casse hors norme, Nick doit s'associer contre son gré à Jack, jeune cambrioleur ambitieux et arrogant déjà infiltré sur place sous une fausse identité d'homme de ménage handicapé mental. Entre méfiance mutuelle et nécessité de coopérer, les deux générations de voleurs vont devoir apprendre à travailler ensemble pour espérer réussir ce casse aussi périlleux que lucratif.
The Score n'est pas tiré d'un livre mais d'une histoire originale imaginée par Daniel E. Taylor et Kario Salem, dont le scénario a ensuite été retravaillé par Lem Dobbs puis par Scott Marshall Smith, arrivé tardivement dans le processus d'écriture. Le réalisateur Frank Oz, davantage connu jusqu'alors pour ses comédies comme Bowfinger, roi d'Hollywood ou pour son travail de marionnettiste sur les Muppets et Star Wars, voulait depuis longtemps prouver sa capacité à réaliser un film plus sombre et âpre, ambition qu'il a pu concrétiser avec ce grand film de casse. Le projet doit surtout sa notoriété à son casting exceptionnel, réunissant pour l'unique fois à l'écran Robert De Niro et Marlon Brando, ce dernier ayant accepté un cachet d'environ trois millions de dollars pour seulement trois semaines de tournage. Robert De Niro, engagé le premier pour un cachet de quinze millions de dollars, a lui-même recruté un consultant technique aux antécédents troubles pour garantir l'authenticité des scènes de crochetage et de perçage de coffre-fort. Edward Norton a accepté de rejoindre le projet principalement par l'attrait de partager l'écran avec deux légendes du cinéma américain, quitte à devoir lui-même réécrire une partie de ses scènes communes avec De Niro.
La critique a réservé un accueil favorable au film, obtenant soixante-quatorze pour cent d'avis positifs sur l'agrégateur Rotten Tomatoes, le consensus du site soulignant que si le film n'apportait rien de nouveau au genre du casse, la présence de De Niro, Norton et Brando suffisait amplement à justifier le visionnage. Les observateurs ont particulièrement salué la performance à double registre d'Edward Norton, capable d'incarner tour à tour un jeune cambrioleur ambitieux et un homme de ménage feignant un handicap mental avec une grande subtilité. Plusieurs critiques ont regretté que le personnage d'Angela Bassett soit relativement sous-exploité au regard du talent de l'actrice, cantonnée à un rôle de compagne inquiète en retrait de l'intrigue principale. La mise en scène de Frank Oz a également été saluée pour son utilisation habile du grand écran, notamment lors des séquences de casse à forte tension.
Le public a réservé un accueil solide au film, qui s'est classé deuxième du box-office américain lors de sa sortie, juste derrière Une blonde attaque, rapportant au total plus de cent treize millions de dollars dans le monde pour un budget de soixante-huit millions. Les spectateurs ont particulièrement apprécié la confrontation générationnelle entre les personnages de De Niro et de Norton, ainsi que la présence rare et marquante de Marlon Brando dans l'un de ses tout derniers rôles au cinéma.
Le film n'a pas été identifié comme lauréat de récompenses majeures dans les grandes cérémonies internationales, sa reconnaissance ayant surtout tenu à la performance exceptionnelle de son trio d'acteurs principaux et au statut unique de dernière collaboration cinématographique de Marlon Brando avant sa disparition en 2004.
Le tournage a été marqué par des tensions considérables entre Marlon Brando et Frank Oz, l'acteur surnommant régulièrement le réalisateur Miss Piggy en référence à son travail antérieur de marionnettiste sur les Muppets, et allant jusqu'à refuser purement et simplement d'être dirigé par lui pendant certaines scènes. Dans ces moments de crise, Robert De Niro a dû jouer les intermédiaires entre Brando et Oz, l'acteur assurant lui-même la direction de certaines scènes tandis que le réalisateur observait la situation depuis l'extérieur du plateau sur un moniteur. Marlon Brando a également adopté un comportement excentrique tout au long du tournage, allant jusqu'à jouer certaines scènes en sous-vêtements et improvisant librement ses répliques, notamment lors d'une scène où il transforme une bouteille d'eau en téléphone imaginaire pour signaler un problème comique à un interlocuteur fictif. Robert De Niro a personnellement recruté un consultant technique aux antécédents troubles pour garantir l'authenticité des méthodes de crochetage et de perçage de coffre-fort employées dans le film, refusant toute approximation sur ce point précis de la mise en scène. Le scénariste Scott Marshall Smith, arrivé tardivement dans le processus d'écriture, a reçu un crédit au scénario après avoir contribué à retravailler substantiellement les dialogues du film durant la production.
The Score explore la tentation du dernier coup, thème classique du film de casse incarné par le dilemme de Nick Wells partagé entre son désir sincère de retraite paisible et l'appel irrésistible d'un casse d'exception. Le film aborde aussi la confrontation générationnelle entre deux générations de cambrioleurs, l'expérience et la prudence de Nick s'opposant constamment à l'ambition impatiente et parfois imprudente du jeune Jack. La confiance et la méfiance au sein d'un groupe de criminels contraints de coopérer occupent également une place centrale, chaque personnage devant constamment évaluer la loyauté réelle de ses complices. Enfin, le film questionne la possibilité même d'une vie honnête après des années consacrées au crime, à travers l'aspiration de Nick à concilier son passé de voleur avec son désir de stabilité conjugale et professionnelle légitime.
Le casse du sceptre royal se déroule avec succès malgré plusieurs complications imprévues, mais le film réserve un ultime rebondissement lorsque Jack finit par doubler Nick pour s'emparer seul de la totalité du butin, révélant que sa naïveté apparente n'était qu'une façade savamment orchestrée depuis le début de leur association. Cette trahison finale, qui referme le film sur une note nettement plus cynique que ce que laissait présager sa mise en place initiale, confirme la méfiance persistante de Nick envers son jeune complice tout au long du récit. Le film se termine néanmoins sur une note d'ironie amère plutôt que sur une véritable catastrophe pour Nick, qui parvient malgré tout à préserver l'essentiel de ce qu'il recherchait initialement : sa liberté et sa relation avec Diane.
Le titre The Score, terme argotique anglophone couramment employé dans le milieu du crime pour désigner le butin visé lors d'un vol ou d'un casse, renvoie directement au sceptre royal français convoité par les personnages tout au long du récit. Ce terme, à la fois simple et directement compréhensible pour les amateurs du genre cinématographique du casse, inscrit d'emblée le film dans une tradition classique du cinéma de gangsters américain. Le titre français, Le Grand Coup, utilisé notamment au Québec, traduit plus explicitement encore cette idée du coup ultime et spectaculaire que représente ce dernier casse pour Nick Wells avant sa retraite espérée.
Sorti aux États-Unis le 13 juillet 2001, The Score demeure aujourd'hui célèbre pour avoir réuni pour l'unique fois à l'écran Robert De Niro et Marlon Brando, ce dernier livrant ici sa toute dernière performance cinématographique avant sa disparition en 2004. Le film continue d'être régulièrement redécouvert par les cinéphiles pour la qualité exceptionnelle de son trio d'acteurs principaux, malgré un scénario jugé plus classique que véritablement novateur au sein du genre du film de casse.
Les amateurs de ce film de casse porté par un casting prestigieux pourront se tourner vers Heat de Michael Mann, autre grand film de braquage réunissant Robert De Niro face à Al Pacino, ou vers Ocean's Eleven de Steven Soderbergh, référence incontournable du genre du casse choral hollywoodien sortie la même année.