Johnny est un homme bon et généreux, profondément amoureux de sa fiancée Lisa. Mais Lisa, lasse d'une vie qu'elle juge sans passion, entame une liaison secrète avec Mark, le meilleur ami de Johnny. Autour de ce triangle amoureux gravitent des personnages secondaires aux motivations peu claires, dans un appartement de San Francisco où se succèdent des conversations décousues et des situations improbables. Le film, écrit, réalisé et produit par Tommy Wiseau — qui s'attribue également le rôle principal — est devenu malgré lui l'un des films les plus célèbres de l'histoire du cinéma.
The Room est un projet entièrement personnel de Tommy Wiseau, personnage mystérieux dont l'origine, l'âge et le mode de financement demeurent encore aujourd'hui largement inconnus. Wiseau a affirmé avoir financé lui-même le film avec environ six millions de dollars — une somme dont la provenance n'a jamais été clairement expliquée — avec l'ambition déclarée de réaliser un grand drame romantique américain. Le scénario, entièrement écrit par Wiseau, est tiré de ses propres expériences et de sa vision du monde, ce qui lui confère une logique interne radicalement étrangère aux conventions narratives habituelles. Wiseau voulait à l'origine sortir le film en salle comme un long métrage sérieux, le présentant à Hollywood comme un drame romantique avec ses lettres de noblesse. Il a tourné simultanément en pellicule 35 mm et en caméra HD numérique — sans raison technique clairement expliquée — ce qui a doublé inutilement certains coûts de production. Greg Sestero, acteur qui joue Mark et ami proche de Wiseau, a raconté les coulisses du tournage chaotique dans son livre The Disaster Artist (2013), adapté au cinéma par James Franco en 2017.
Résumé des critiques professionnelles : Lors de sa sortie en 2003 dans deux salles de Los Angeles pendant deux semaines — la durée minimale requise pour prétendre à une qualification aux Oscars, qui était l'objectif déclaré de Wiseau — le film a reçu quelques critiques qui ont toutes relevé son caractère profondément et involontairement comique. La mise en scène, le jeu des acteurs, les dialogues et la construction narrative ont tous été jugés d'une incompétence si spectaculaire qu'elle dépassait l'entendement ordinaire du mauvais film.
Réception du public : Le vrai destin de The Room s'est construit après sa sortie initiale désastreuse, lorsque le film a commencé à être projeté en séances de minuit dans plusieurs cinémas américains, attirant un public qui venait célébrer collectivement ses innombrables incohérences. Ces projections sont devenues de véritables rituels participatifs — les spectateurs lancent des cuillères en plastique à l'écran à chaque apparition du tableau représentant une cuillère, récitent les répliques en chœur, et interagissent avec le film comme lors d'une représentation de Rocky Horror Picture Show. The Room est aujourd'hui universellement reconnu comme l'un des "meilleurs pires films" jamais réalisés.
Récompenses obtenues : Le film n'a naturellement reçu aucune récompense cinématographique conventionnelle. Il a cependant reçu de nombreuses distinctions dans la catégorie des "worst movies" et est régulièrement classé comme le meilleur film de la catégorie "so bad it's good" par des publications spécialisées en cinéma de mauvaise qualité assumée.
Inspirations du réalisateur : Tommy Wiseau a cité Tennessee Williams et James Dean comme inspirations pour son film, affirmant vouloir créer un grand drame américain dans la tradition du théâtre du XIXe siècle. Cette ambition démesurée par rapport au résultat est précisément ce qui fait le charme involontaire du film — Wiseau croyait sincèrement réaliser quelque chose d'important et d'émouvant.
Difficultés de production : Le tournage a été un chaos permanent, selon les témoignages de Greg Sestero. Wiseau imposait de nombreuses prises sans expliquer ses demandes, oubliait régulièrement ses propres répliques, faisait tourner des scènes dans des directions impossibles à comprendre pour les acteurs. Des décors ont été construits à grands frais alors que les lieux réels correspondants existaient à quelques rues de là. L'équipe technique s'est renouvelée plusieurs fois pendant le tournage, certains techniciens quittant le projet en cours de route.
Anecdote sur une scène particulière : La scène du toit — une des plus iconiques du film — était censée être tournée en extérieur réel à San Francisco. Wiseau a finalement fait construire un décor de toit en studio, comprenant un fond vert représentant la ville, dont les raccords avec les images réelles de San Francisco sont d'une maladresse qui est devenue l'un des moments les plus mémorables du film pour son public culte.
The Room prétend explorer la trahison, l'amour et l'amitié — les thèmes du mélodrame romantique classique. Dans l'intention de son auteur, il s'agissait d'une étude de la destructivité de la tromperie et de la façon dont la déloyauté peut briser un homme bon. Mais au-delà de ces intentions, le film est devenu un objet d'étude fascinant sur ce qu'est le cinéma et ce qui le définit : la vision d'un seul homme, aussi singulière soit-elle, peut-elle constituer un film ? The Room interroge malgré lui les frontières entre l'art, l'incompétence et le génie involontaire, et la façon dont un public peut s'emparer d'une œuvre pour lui donner un sens que son auteur n'avait pas prévu.
La fin de The Room est un mélodrame poussé à son paroxysme : Johnny, ayant découvert la trahison de Lisa, détruit l'appartement dans une scène de rage, puis se suicide. Cette conclusion dramatique est censée être le sommet émotionnel du film — la preuve que la trahison détruit les meilleurs d'entre nous. Pour le public des séances cultes, elle est devenue l'occasion d'une participation collective intense, les spectateurs scandant les répliques et réagissant à chaque rebondissement avec une familiarité qui transforme le drame en comédie participative.
Le titre The Room (La Chambre, La Pièce) désigne l'appartement où se déroule la quasi-totalité de l'action du film. Tommy Wiseau n'a jamais expliqué clairement ce choix, mais il semble évoquer la fois l'unité de lieu du drame classique — tout se joue dans cet espace confiné — et une certaine idée de l'intimité et de la vulnérabilité qui caractérise l'espace domestique. Pour le public du film culte, "The Room" est devenu un concept en soi, synonyme de désastre créatif magnifique et d'expérience collective unique.
The Room continue d'être projeté en séances de minuit dans de nombreux cinémas à travers le monde, avec des rituels participatifs bien établis. Tommy Wiseau, qui a embrassé le statut culte du film après avoir d'abord nié son aspect comique involontaire, participe régulièrement à ces projections. Le film The Disaster Artist de James Franco (2017), racontant les coulisses du tournage, a relancé l'intérêt pour l'œuvre. The Room est disponible sur les plateformes de streaming.