En 1823, dans l'Ouest américain sauvage, Hugh Glass, trappeur et éclaireur, est attaqué par un ours et laissé pour mort par ses compagnons. Trahi par John Fitzgerald qui tue son fils, Glass survit miraculeusement. Seul, blessé et porté par la vengeance, il traverse 300 km de nature hostile en plein hiver. Une odyssée de survie viscérale pour retrouver l'homme qui lui a tout pris.
Le film est inspiré de l'histoire vraie de Hugh Glass, trappeur de 1823, et adapté du roman "The Revenant: A Novel of Revenge" de Michael Punke publié en 2002. L'idée originelle du projet remonte à 2001, mais il a mis 14 ans à se monter. Alejandro González Iñárritu a rejoint le projet en 2011 après le départ de plusieurs réalisateurs. Son inspiration était de faire un film de survie tourné uniquement en lumière naturelle, comme un tableau de Friedrich. Il voulait montrer la nature comme un personnage à part entière, belle et indifférente à la souffrance humaine. Iñárritu a été obsédé par le thème de la résilience et de la frontière entre l'homme et l'animal.
Les critiques professionnelles ont été élogieuses sur la forme. La réalisation d'Iñárritu, la photographie d'Emmanuel Lubezki et la performance physique de DiCaprio sont unanimement saluées. Le film obtient 78% sur Rotten Tomatoes. Certains lui reprochent un fond plus faible que la forme et une violence complaisante. Le public a été marqué par l'expérience. Avec 533 millions de dollars au box-office, c'est un énorme succès pour un film aussi dur et contemplatif. La scène de l'attaque de l'ours est devenue culte. Le film a raflé les récompenses. Il remporte 3 Oscars : Meilleur réalisateur pour Iñárritu, Meilleur acteur pour Leonardo DiCaprio qui obtient enfin sa statuette, et Meilleure photographie pour Lubezki. Il gagne aussi 3 Golden Globes dont Meilleur film dramatique. C'est un triomphe critique et public.
Iñárritu s'inspire de Tarkovsky et Herzog pour le rapport mystique à la nature. Il a imposé un tournage en conditions réelles, chronologique et uniquement en lumière naturelle. La production a été un enfer. Tourné au Canada et en Argentine, l'équipe a affronté des températures de -30°C. Le tournage a duré 9 mois au lieu de 4, faisant exploser le budget à 135 millions. La scène de l'ours a nécessité des mois de préparation : DiCaprio jouait avec des cascadeurs en combinaison bleue, remplacés ensuite par l'ours en CGI. L'acteur a vraiment dormi dans une carcasse d'animal et mangé du foie de bison cru. Sean Penn était pressenti pour Fitzgerald avant Tom Hardy. Iñárritu voulait initialement Christian Bale pour Glass. Le chef opérateur Emmanuel Lubezki a gagné son 3ème Oscar d'affilée avec ce film.
Le film traite de la vengeance et de son coût spirituel. Glass survit par la haine mais comprend à la fin que la vengeance appartient à Dieu. La survie et le rapport primal à la nature sont centraux : l'homme redevient animal pour survivre. Iñárritu oppose la spiritualité des Indiens, en harmonie avec la nature, à la brutalité des colons blancs qui la pillent. Le film parle de paternité, de transmission et du deuil. C'est aussi une réflexion sur la colonisation et le massacre des peuples autochtones. La frontière entre la vie et la mort, la réalité et le rêve est constamment brouillée.
Glass retrouve enfin Fitzgerald et le tue après un combat à mains nues. Mais au lieu de l'achever, il le laisse dériver sur la rivière vers les Indiens Arikara. Il renonce à la vengeance personnelle pour laisser la justice "divine" s'accomplir. La dernière image montre Glass, épuisé, qui voit sa femme défunte lui sourire. Il part vers elle, mais son regard caméra final interroge : est-il mort ou va-t-il continuer à vivre ? Iñárritu laisse la fin ouverte. Glass a eu sa vengeance mais a perdu son âme. Il est devenu un "revenant", un fantôme entre deux mondes.
"The Revenant" signifie "le revenant" en français. C'est celui qui revient d'entre les morts. Le titre désigne Hugh Glass, laissé pour mort et qui revient pour se venger. Mais il a un double sens : Glass revient de la mort physique, mais aussi de la mort spirituelle. C'est un fantôme hanté par la perte de son fils. Le titre a une connotation surnaturelle qui colle à l'ambiance onirique du film. En France, le titre n'a pas été traduit pour garder sa puissance.
La bande originale de Ryuichi Sakamoto, Alva Noto et Bryce Dessner est une pièce maîtresse du film. Elle mélange musique minimaliste, sons de la nature et textures électroniques inquiétantes. Sakamoto a composé des thèmes glacés et contemplatifs qui renforcent l'isolement de Glass. La BO a été nommée aux Golden Globes et aux BAFTA. Son absence aux Oscars a créé une polémique car jugée trop "collaborative".
Depuis 2015, The Revenant est cité comme le film qui a enfin donné son Oscar à DiCaprio. En 2023, Iñárritu a déclaré que plus jamais il ne ferait un tournage aussi extrême. Le film est étudié dans les écoles de cinéma pour sa photographie en lumière naturelle. Les lieux de tournage au Canada sont devenus des spots de randonnée. Tom Hardy, qui avait parié avec DiCaprio qu'il ne serait pas nommé aux Oscars, a dû se faire tatouer "Leo knows all" après sa défaite.