À Jérusalem, Sarah, tenancière d'un café à Jérusalem-Ouest, et Saleem, livreur palestinien de Jérusalem-Est, vivent une liaison clandestine loin du regard de leurs conjoints respectifs. Leur histoire bascule le jour où ils sont aperçus ensemble à Bethléem, éveillant les soupçons des services de sécurité israéliens et palestiniens. Ce simple adultère se transforme alors en affaire d'État, mêlant espionnage supposé et rivalités politiques. Pris dans un engrenage qui les dépasse, Sarah et Saleem voient leurs vies, et celles de leurs familles, définitivement bouleversées.
Le film est signé par le réalisateur palestinien Muayad Alayan, sur un scénario écrit par son frère et complice de longue date, Rami Musa Alayan. Un carton au début du film précise que l'histoire s'inspire d'événements réels, le réalisateur ayant expliqué en interview s'être appuyé sur deux affaires distinctes qui lui étaient familières, mêlant adultère et accusations d'espionnage dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Muayad et Rami Alayan, cofondateurs du collectif audiovisuel PalCine Productions, avaient déjà exploré des thèmes similaires de coïncidences fatales dans leur premier long métrage, Love, Theft and Other Entanglements. Pour ce second film, les deux frères ont voulu montrer comment la sphère la plus intime, une simple infidélité conjugale, peut être instrumentalisée par les appareils de surveillance et de propagande des deux côtés de la frontière. Le casting a été pensé avec soin, les réalisateurs cherchant des acteurs israéliens et palestiniens partageant leurs convictions politiques, certains d'entre eux étant eux-mêmes engagés dans des causes militantes.
Le film a été salué par la critique internationale pour sa capacité à faire dialoguer le drame intime et le thriller politique, plusieurs observateurs soulignant la justesse des interprétations de Sivane Kretchner et Adeeb Safadi ainsi que la subtilité avec laquelle le récit dénonce les mécanismes de surveillance et de propagande des deux côtés du mur. Certains critiques ont toutefois estimé que la seconde moitié du film, plus centrée sur les rouages judiciaires et sécuritaires, perdait en intensité émotionnelle par rapport à la première partie. Le public, notamment lors de sa présentation au festival de Rotterdam, a réservé un accueil enthousiaste au film, celui-ci remportant plusieurs prix dès sa première internationale. The Reports on Sarah and Saleem a été récompensé du Prix spécial du jury au festival de Rotterdam en 2018 et du prix du meilleur scénario pour Rami Alayan, du Grand Prix du jury au Seattle International Film Festival, ainsi que du prix du meilleur film au festival international du film de Durban.
Muayad Alayan explique s'être inspiré de deux faits réels distincts pour construire son intrigue, cherchant à montrer comment une liaison amoureuse ordinaire peut se transformer en scandale d'État dans un contexte de conflit aussi tendu que celui de Jérusalem. Le tournage s'est déroulé entre Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest, le directeur de la photographie Sebastian Bock ayant capté en caméra portée les nombreux contrastes entre les deux parties de la ville que traversent les personnages. Les réalisateurs ont pris soin de choisir des acteurs israéliens et palestiniens dont l'engagement politique personnel correspondait à l'esprit du film, certains d'entre eux étant connus pour leur militantisme, comme l'acteur Ishai Golan, engagé contre les représentations théâtrales dans les colonies israéliennes.
Le film interroge la manière dont l'intime peut devenir politique dans un territoire aussi surveillé et divisé que Jérusalem, où une simple infidélité conjugale se transforme en affaire de sécurité nationale. Il aborde aussi les inégalités de classe entre les deux couples, la solidarité inattendue qui peut naître entre les femmes trompées, et la façon dont les logiques de pouvoir masculines se retrouvent, à la fin, mises en miroir avec le conflit politique lui-même.
Le titre fait référence aux rapports officiels rédigés sur l'affaire de Sarah et Saleem par les services de sécurité israéliens et palestiniens, ces documents administratifs devenant le symbole de la manière dont leur vie privée est transformée en dossier politique.
On peut rapprocher le film d'autres drames israélo-palestiniens mêlant histoire intime et tensions politiques, comme Omar ou Paradise Now de Hany Abu-Assad, également centrés sur les zones grises entre vie privée et conflit.