Dans les années 1950 aux États-Unis, Andy, un jeune homme introverti qui vient de perdre son père, devient l'assistant photographe du docteur Wallace Fiennes, un médecin réputé pour sa pratique controversée de la lobotomie. Au fil d'une tournée d'asile en asile à travers le pays, Andy assiste impuissant au délitement de la carrière et de la santé mentale du docteur. Peu à peu, le jeune homme s'identifie aux patients qu'il est censé observer et documenter. Leur périple les conduit jusqu'à une petite ville de montagne où ils croisent la route d'un guérisseur français aussi charismatique qu'inquiétant et de sa fille.
The Mountain s'inspire librement de la vie du neurologue américain Walter Freeman, célèbre pour avoir popularisé aux États-Unis la lobotomie transorbitaire, une technique aussi expéditive que controversée. Rick Alverson explique avoir été fasciné par ce personnage, qui incarne selon lui un certain esprit d'entreprise américain, téméraire et visionnaire mais aveugle aux conséquences de ses actes. Le réalisateur ne cherchait pas à réaliser un biopic classique mais à se servir de cette figure historique comme d'une métaphore plus large. Selon lui, la lobotomie devient ainsi une image de la passivité que l'industrie du divertissement, cinéma compris, contribue à fabriquer chez ses spectateurs. Ce projet s'inscrit dans la continuité du cinéma radical et dérangeant que Rick Alverson développe depuis The Comedy et Entertainment, deux films qui explorent également le malaise masculin américain. Le tournage a mobilisé un casting contrasté, entre l'excentricité de Jeff Goldblum et celle de Denis Lavant, choisis pour incarner deux facettes opposées d'une même quête de sens.
Le film a suscité des critiques partagées, certains observateurs saluant son ambition formelle et sa dimension plastique très maîtrisée, d'autres regrettant un rythme extrêmement lent qui finit par desservir son propos. La presse française lui a reconnu une vraie originalité tout en soulignant qu'il pouvait laisser le spectateur perplexe face à sa froideur volontaire. Le public s'est montré tout aussi divisé, certains spectateurs saluant l'audace du trio d'acteurs, quand d'autres ont éprouvé des difficultés à s'attacher à des personnages délibérément distants. Le film a été présenté en compétition à la Mostra de Venise 2018, une reconnaissance qui a contribué à asseoir sa réputation de cinéma d'auteur exigeant, sans toutefois donner lieu à des récompenses majeures.
Rick Alverson a délibérément choisi un rythme très lent et une esthétique clinique, presque terne, pour traduire à l'écran la sensation d'engourdissement que provoquent les lobotomies pratiquées par le personnage de Jeff Goldblum. Le film partage son chef décorateur avec The Lobster de Yorgos Lanthimos, ce qui explique certaines parentés visuelles entre les deux œuvres. Denis Lavant, acteur fétiche de Leos Carax, apporte au film une explosion physique et verbale qui contraste avec la retenue du reste du casting, notamment lors d'une scène où son personnage nie que la montagne du titre soit autre chose qu'un simple tableau accroché au mur. Le tournage s'est concentré sur la reconstitution d'asiles psychiatriques américains des années 1950, un cadre que le réalisateur voulait à la fois glacial et étrangement feutré.
The Mountain interroge la masculinité américaine des années 1950 et ses figures d'autorité, à travers le portrait d'un médecin visionnaire mais aveuglé par son ego. Le film questionne aussi la frontière entre normalité et folie, ainsi que la manière dont la médecine peut devenir un instrument de contrôle social. La quête d'identité du jeune Andy, tiraillé entre soumission et émancipation, traverse tout le récit, de même que la solitude et l'incommunicabilité entre les êtres.
Le film se termine sur une note volontairement ambiguë, sans offrir de résolution claire au parcours initiatique d'Andy. Sa rencontre avec le guérisseur français et sa fille agit comme un miroir déformant de sa relation avec le docteur Fiennes, l'amenant à envisager une autre voie que celle de la soumission à une figure d'autorité. Rick Alverson refuse délibérément tout dénouement cathartique, laissant le spectateur dans le même état de flottement que son personnage principal. Cette fin ouverte est cohérente avec la démarche globale du film, qui préfère l'expérience sensorielle et l'inconfort à toute forme de morale explicite.
Le titre The Mountain fait référence à une scène clé du film dans laquelle le personnage interprété par Denis Lavant désigne un tableau représentant une montagne accroché à son mur en affirmant qu'il ne s'agit pas d'une montagne mais bien d'un tableau, en écho au célèbre principe de La Trahison des images de René Magritte. Ce jeu sur la représentation et la réalité résume la démarche du film tout entier, qui interroge sans cesse ce que l'on croit voir et ce qui est réellement montré.
Les amateurs de The Mountain pourront se tourner vers The Lobster de Yorgos Lanthimos, pour son atmosphère froide et son humour noir absurde, ou vers Shutter Island de Martin Scorsese pour son exploration de l'univers psychiatrique. The Comedy et Entertainment, les deux films précédents de Rick Alverson, permettent également de mieux comprendre la démarche artistique du réalisateur.