Trevor Reznik est un ouvrier d'usine qui souffre d'une insomnie totale et inexpliquée depuis un an, ce qui a réduit son corps à l'état de squelette. Au travail, son état de fatigue extrême inquiète ses collègues, d'autant plus qu'il commence à voir un ouvrier mystérieux nommé Ivan que personne d'autre ne semble remarquer. Après avoir causé accidentellement un grave accident qui coûte un bras à un de ses partenaires, Trevor devient la cible de l'usine. Plongé dans une paranoïa totale, il tente de déchiffrer des messages de pendu laissés sur son réfrigérateur.
Le scénariste Scott Kosar a écrit l'histoire en s'inspirant fortement de sa propre période de dépression et de troubles du sommeil obsessionnels. Fasciné par la littérature de Dostoïevski, notamment Le Double et Crime et Châtiment, il a structuré son récit autour de la culpabilité humaine. Le projet a mis des années à trouver un financement en raison de sa noirceur absolue, avant que des producteurs espagnols audacieux ne décident de le concrétiser. Le réalisateur Brad Anderson a immédiatement été séduit par l'opportunité de réaliser un thriller psychologique étouffant à l'esthétique unique.
La presse internationale a salué le film comme un sommet du thriller psychologique, mettant en avant son atmosphère hypnotique et étouffante. La mise en scène clinique de Brad Anderson et la photographie désaturée ont reçu des éloges unanimes pour leur cohérence artistique. Cependant, c'est la transformation physique ahurissante de Christian Bale qui a monopolisé l'attention des critiques du monde entier. Sa performance habitée a été qualifiée de chef-d'œuvre d'engagement d'acteur, élevant le film au-delà du simple exercice de style.
Le grand public a accueilli l'œuvre avec une fascination mêlée d'effroi lors de sa sortie sur les écrans. Bien que le film n'ait pas été un immense carton commercial grand public, il est devenu instantanément un classique instantané du cinéma de genre. Les spectateurs ont été captivés par le mystère entourant la santé mentale de Trevor Reznik et par l'ambiance cauchemardesque du récit. Le twist final a suscité de longues discussions et théories passionnées sur les plateformes naissantes de cinéphiles sur le web.
Le long-métrage a brillé de manière significative dans le circuit des festivals spécialisés à travers le monde, notamment en Europe. Au Festival international du film de Catalogne à Sitges, Christian Bale a remporté le prix du Meilleur acteur pour sa prestation dantesque. Le film a également été nommé pour la meilleure photographie lors de diverses cérémonies majeures, récompensant le travail visuel blafard exceptionnel. Ces distinctions ont solidifié le statut d'œuvre culte dont jouit le film aujourd'hui.
Le réalisateur s'est inspiré des œuvres graphiques du peintre Edward Hopper pour concevoir la solitude urbaine et la tristesse des décors intérieurs du film. Visuellement, l'utilisation d'un filtre de couleur vert-gris blafard visait à retransmettre fidèlement l'état d'épuisement mental et physique du protagoniste insomniaque. Anderson cite également le cinéma d'Alfred Hitchcock et de Roman Polanski comme des influences majeures pour l'installation d'un climat de paranoïa domestique. Chaque cadre a été pensé pour accentuer le vide existentiel entourant Trevor.
Bien que l'action soit censée se dérouler dans une ville industrielle américaine indéterminée, le tournage s'est intégralement déroulé à Barcelone, en Espagne. L'équipe a dû redoubler d'efforts pour masquer l'architecture européenne et transformer les rues catalanes en banlieues américaines crédibles. Cette contrainte géographique découlait directement de la nature du financement majoritairement espagnol du projet. Les acteurs américains ont dû s'adapter à des équipes techniques locales, ce qui s'est finalement déroulé dans une excellente synergie de travail.
La transformation physique de Christian Bale reste l'une des anecdotes de tournage les plus extrêmes et célèbres de l'histoire du cinéma moderne. Pour perdre près de 30 kilos et atteindre le poids alarmant de 54 kilos, l'acteur s'est astreint à un régime drastique composé uniquement d'une boîte de thon et d'une pomme par jour pendant plusieurs mois. Les producteurs et le réalisateur ont tenté à plusieurs reprises de le freiner par peur pour sa santé, mais son implication était totale. Sa perte de poids était telle que l'équipe médicale du tournage surveillait constamment ses fonctions vitales.
Le film est une étude clinique et philosophique de la culpabilité refoulée et des ravages psychosomatiques du déni sur l'esprit humain. Il explore l'aliénation sociale et la solitude urbaine extrême à travers le quotidien misérable de Trevor Reznik. La frontière poreuse entre la réalité objective et les hallucinations provoquées par la privation de sommeil est constamment interrogée. Enfin, la thématique de la rédemption montre que la punition mentale est souvent bien plus terrible que la justice des hommes.
Le dénouement révèle que Trevor Reznik a renversé et tué accidentellement un jeune garçon nommé Nicholas un an auparavant, avant de commettre un délit de fuite. Incapable de vivre avec cette réalité, son esprit a créé l'insomnie et le personnage imaginaire d'Ivan (qui représente sa conscience) pour masquer son crime. Le jeu du pendu menait au mot « KILLER » (tueur). À la fin, Trevor choisit d'assumer ses actes en se rendant à la police, ce qui lui permet enfin de retrouver le sommeil dans sa cellule.
Le titre fait référence à la profession de Trevor, qui travaille comme machiniste dans une usine de métallurgie, un métier répétitif et dangereux. Métaphoriquement, il décrit également le fonctionnement de son propre cerveau, devenu une machine déréglée qui tourne à vide. C'est le symbole de l'humain réduit à un engrenage froid détruit par le remords.
La musique de Roque Baños se distingue par l'utilisation exceptionnelle du thérémine, un instrument rare qui confère au film une ambiance hitchcockienne angoissante inspirée des partitions de Bernard Herrmann.
Le film est constamment pris pour exemple dans les universités de médecine et de cinéma pour illustrer de façon saisissante les troubles psychologiques majeurs et le dévouement extrême de la méthode de l'Actor's Studio.
Ce voyage au bout de la folie et de la culpabilité évoque de grands drames psychologiques tels que Fight Club, Memento, Shutter Island ou encore Spider de David Cronenberg.