Dans l'Amérique de l'après-guerre, le jeune Sammy Fabelman découvre le cinéma lors d'une séance familiale et développe une véritable obsession pour l'image en mouvement, qu'il ne va plus jamais quitter. Encouragé par sa mère Mitzi, pianiste sensible et artiste dans l'âme, mais considéré par son père Burt, ingénieur brillant, comme un simple passe-temps, Sammy devient peu à peu le documentariste officieux de sa propre famille. En visionnant l'un de ses films amateurs, il fait une découverte bouleversante concernant sa mère, qui va changer à jamais son regard sur ses parents et sur la vérité que seule une caméra peut parfois révéler. Ce récit d'apprentissage intime raconte comment le pouvoir du cinéma a permis à un adolescent solitaire de mieux comprendre sa famille et de trouver sa propre voie.
The Fabelmans n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original coécrit par Steven Spielberg lui-même avec Tony Kushner, son collaborateur de longue date sur Lincoln et Munich, directement inspiré de sa propre enfance et de l'histoire de sa famille. Le cinéaste raconte avoir été poussé à raconter cette histoire personnelle par la pandémie de Covid-19, qui l'a amené à réfléchir à ce qu'il souhaitait vraiment transmettre et à régler avec les figures de son père et de sa mère avant qu'il ne soit trop tard. Spielberg confie avoir longtemps hésité à porter cette histoire à l'écran, avant de se sentir enfin prêt à explorer ouvertement les racines familiales qui ont fait de lui le cinéaste qu'il est devenu. Le nom de famille fictif Fabelman, qui évoque directement le mot fable, souligne d'emblée la dimension romancée que le réalisateur assume pour ce récit largement autobiographique mais dont les noms et certains événements ont été volontairement fictionnalisés. Le compositeur John Williams signe avec ce film sa vingt-neuvième collaboration avec Spielberg en cinquante ans, une fidélité qui témoigne elle-même de la nature profondément personnelle de ce projet.
La critique a réservé un accueil quasi unanimement enthousiaste au film, obtenant quatre-vingt-douze pour cent d'avis positifs sur l'agrégateur Rotten Tomatoes, saluant à la fois la dimension intime du récit et sa réflexion plus large sur le pouvoir du cinéma. Les observateurs ont particulièrement salué les performances de Michelle Williams et Paul Dano dans les rôles des parents de Sammy, ainsi que l'apparition remarquée du réalisateur David Lynch dans le rôle du cinéaste John Ford. Plusieurs critiques ont souligné la capacité de Spielberg à éviter le sentimentalisme facile malgré la nature ouvertement autobiographique du projet, livrant un regard lucide et parfois sévère sur ses propres parents. D'autres ont toutefois noté certaines longueurs, en particulier durant la section consacrée au lycée du jeune Sammy, jugée moins captivante que le reste du récit.
Le public s'est montré plus réservé sur le plan commercial, le film connaissant le pire démarrage de la carrière de Steven Spielberg aux États-Unis selon Variety, ne rapportant qu'environ dix-sept millions de dollars sur le sol américain. En France, le film a néanmoins réalisé le meilleur premier jour d'exploitation de la filmographie récente de Spielberg, se plaçant en tête du box-office parmi les nouveautés de la semaine.
The Fabelmans a remporté le Prix du public au Festival International du Film de Toronto 2022, ainsi que les prix du meilleur film dramatique et du meilleur réalisateur aux Golden Globes 2023. Le film a également obtenu sept nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, confirmant sa reconnaissance par l'ensemble de la profession.
Steven Spielberg a confié avoir voulu, à travers ce projet ouvertement personnel, résoudre et transmettre quelque chose d'essentiel concernant ses parents avant qu'il ne soit trop tard, une réflexion née directement de l'isolement provoqué par la pandémie de Covid-19. Le réalisateur David Lynch a rejoint le casting en février 2022 pour incarner le légendaire cinéaste John Ford, un rôle particulièrement symbolique puisque Spielberg raconte lui-même avoir réellement rencontré Ford dans sa jeunesse, une expérience déterminante pour sa vocation. Le tournage a débuté en juillet 2021 à Los Angeles, avec des prises de vues supplémentaires à Malibu et dans les studios Universal, avant de s'achever à temps pour une sortie fin 2022. Une scène impliquant le grand-père de Sammy, initialement prévue avec l'acteur Jonathan Hadary, a finalement été entièrement coupée au montage final, un choix de Spielberg pour resserrer le récit. Le compositeur John Williams a signé sa vingt-neuvième collaboration avec Spielberg pour ce film, une fidélité artistique de cinquante ans qui souligne elle-même la dimension intime et personnelle de ce projet unique dans la carrière du cinéaste.
The Fabelmans explore avant tout le pouvoir du cinéma comme outil de compréhension de soi et de sa famille, Sammy découvrant à travers ses propres films amateurs des vérités que le quotidien lui dissimulait. Le film aborde aussi le conflit entre ambition artistique et responsabilité familiale, incarné par la tension entre la sensibilité créative de Mitzi et le pragmatisme scientifique de Burt. La judéité et l'expérience de l'antisémitisme scolaire occupent également une place importante dans le parcours initiatique de Sammy, confronté au harcèlement de certains camarades de classe. Enfin, le film questionne la possibilité même du bonheur familial, suggérant qu'il est parfois impossible de préserver l'harmonie du foyer sans faire souffrir l'un de ses membres.
Le film s'achève, avant même d'aborder la carrière hollywoodienne bien connue de Spielberg, sur la rencontre décisive de Sammy avec le réalisateur John Ford, incarné par David Lynch, qui lui livre une leçon de mise en scène aussi brève que définitive sur la composition de l'horizon dans un plan. Cette scène finale, aussi drôle qu'initiatique, referme le récit sur le moment précis où Sammy comprend intuitivement les règles fondamentales de son art, plutôt que sur un aboutissement narratif classique de sa vie personnelle. En choisissant de clore son film sur cette rencontre plutôt que sur la suite bien connue de sa carrière, Spielberg affirme que ce n'est pas le succès à venir qui importe, mais bien le moment de la révélation d'une vocation.
Le titre The Fabelmans désigne le nom de famille fictif donné par Steven Spielberg à sa propre famille pour les besoins de ce récit semi-autobiographique, un choix qui évoque directement le mot anglais fable, désignant un récit à visée souvent morale ou allégorique. Ce nom de famille inventé permet au réalisateur de revendiquer une part de fiction et de recomposition narrative dans une histoire par ailleurs très largement inspirée de faits réels, tout en évitant de figer son récit dans une exactitude biographique stricte. Le titre annonce ainsi la nature hybride du film, à la fois mémoire intime et œuvre de fiction assumée, cohérente avec la réflexion du film sur le pouvoir du cinéma à transformer et à éclairer le réel.
La musique du film, composée par John Williams pour sa vingt-neuvième collaboration avec Steven Spielberg en cinquante ans, se distingue par sa retenue et sa subtilité inhabituelles, privilégiant l'émotion et la nostalgie à l'ampleur symphonique plus spectaculaire habituellement associée au compositeur.
Après sa première mondiale au Festival International du Film de Toronto en septembre 2022, où il a remporté le Prix du public, The Fabelmans est sorti aux États-Unis le 23 novembre 2022 puis en France le 22 février 2023. Le film a obtenu sept nominations aux Oscars 2023, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, confirmant la reconnaissance de la profession pour ce projet le plus personnel de la carrière de Steven Spielberg.
Les amateurs de ce récit d'apprentissage cinéphile pourront se tourner vers Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, autre grande déclaration d'amour au septième art à travers le regard d'un enfant, ou vers Belfast de Kenneth Branagh, autre film semi-autobiographique sur une enfance marquée par les bouleversements familiaux, sorti la même année.