Le milliardaire Charles Morse se rend en Alaska avec son épouse mannequin Mickey pour une séance photo organisée par Robert Green, un photographe de mode. Lorsque l'avion qui les transporte s'écrase dans la nature sauvage, Charles, Robert et l'assistant Stephen doivent traverser des kilomètres de forêt hostile pour espérer survivre. À la menace constante d'un ours Kodiak s'ajoute la tension grandissante entre les deux hommes, Charles soupçonnant Robert d'entretenir une liaison avec sa femme. La survie physique devient alors indissociable d'un duel psychologique entre les deux rivaux.
Le scénario original, signé David Mamet, portait le titre de travail Bookworm et avait d'abord été proposé à des acteurs comme Harrison Ford et Dustin Hoffman avant d'être confié à Alec Baldwin. Mamet, davantage connu pour ses dialogues urbains et ses récits de manipulation, y transpose ses thèmes de prédilection – la rivalité masculine, la duperie et le double jeu – dans un cadre de survie en pleine nature. Le réalisateur néo-zélandais Lee Tamahori, remarqué pour son film Once Were Warriors puis pour son premier long métrage américain Mulholland Falls, est choisi pour mettre en scène ce récit hybride entre thriller psychologique et film d'aventure. Le tournage démarre en août 1996 et se déroule principalement en Alberta, au Canada, dans des conditions climatiques extrêmes qui ont marqué toute l'équipe. Un ours Kodiak dressé, Bart the Bear, connu pour ses apparitions dans plusieurs productions hollywoodiennes, incarne le prédateur du film, dans l'un de ses derniers rôles marquants.
Le film a reçu un accueil critique plutôt positif, salué notamment pour l'écriture ciselée de David Mamet et pour les prestations d'Anthony Hopkins et d'Alec Baldwin. Certains critiques ont souligné l'habileté du scénario à éviter les excès d'action habituels du genre pour privilégier la tension psychologique entre les personnages. La fin du film a toutefois divisé, certains lui reprochant un dernier acte jugé trop abrupt après une intrigue globalement maîtrisée. Le public a plutôt bien accueilli le film à sa sortie, apprécié comme un thriller de survie efficace porté par un duo d'acteurs charismatiques. Le face-à-face entre Hopkins et Baldwin, ainsi que les scènes de confrontation avec l'ours, ont particulièrement marqué les spectateurs, qui ont souvent cité le film parmi les meilleurs représentants du genre. The Edge n'a pas été récompensé lors des grandes cérémonies mais a acquis au fil des années un statut de film culte auprès des amateurs de récits de survie, aux côtés d'œuvres comme The Grey ou Seul au monde.
Le tournage s'est déroulé en conditions hivernales extrêmes dans la région de l'Alberta, notamment dans le parc national de Banff et à Canmore, exposant l'équipe à un froid intense pendant plusieurs mois. Anthony Hopkins a connu un incident sérieux durant le tournage : sous traitement contre des douleurs cervicales, il est tombé dans une rivière glacée sans percevoir immédiatement la baisse de sa température corporelle, ce qui a nécessité une hospitalisation en urgence pour hypothermie. Elle Macpherson, alors davantage connue comme mannequin qu'actrice, a dû tourner une longue scène vêtue d'une tenue amérindienne en perles et daim par des températures glaciales, une expérience qu'elle a décrite comme particulièrement éprouvante. Le tournage du film est par ailleurs évoqué dans l'ouvrage du producteur Art Linson, What Just Happened?, qui reviendra sur les coulisses souvent tumultueuses de la production hollywoodienne.
The Edge explore la rivalité masculine et la manière dont la peur, la honte et l'orgueil peuvent devenir des obstacles plus redoutables que les dangers extérieurs. Le film interroge le rapport entre richesse matérielle et compétence réelle, opposant un milliardaire cultivé mais physiquement inexpérimenté à un photographe plus jeune et plus sûr de lui. La confiance, la trahison et la jalousie irriguent le récit, notamment à travers le soupçon d'infidélité qui pèse sur les deux hommes. Le film met également en scène la nature sauvage comme épreuve initiatique, capable de révéler la véritable nature de chacun au-delà des apparences sociales.
Au terme de leur traque par l'ours, Charles parvient à tuer l'animal grâce à une arme de fortune façonnée avec de la glace, démontrant que son intelligence et sa connaissance encyclopédique valent bien la force physique de ses compagnons. Robert, dont la trahison est confirmée, tente in extremis de tuer Charles pour s'assurer sa survie et peut-être hériter de sa fortune, mais renonce finalement à son geste, submergé par la culpabilité. Charles choisit de lui pardonner avant que Robert ne meure des suites de ses blessures, dans un dernier geste de rédemption. Le film se termine sur une note d'apaisement, suggérant que Charles a gagné bien plus qu'une simple survie physique : une forme de sagesse et de paix intérieure, ayant surmonté à la fois la nature et ses propres peurs.
Le titre The Edge, littéralement « le bord » ou « la limite », renvoie à la situation extrême dans laquelle se trouvent les personnages, livrés à eux-mêmes aux confins de la civilisation. Il évoque aussi la ligne ténue entre la survie et la mort, mais également entre la confiance et la trahison, qui structure la relation entre Charles et Robert tout au long du récit.
La partition de Jerry Goldsmith, conçue en étroite collaboration avec Lee Tamahori, a été saluée pour sa capacité à instaurer une tension psychologique constante tout en s'écartant des sonorités plus attendues du compositeur pour ce type de film.
The Grey, Seul au monde, The Revenant, Alive.